Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)

James Patterson · Chapitre 86 sur 101

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Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)

Cinquième Partie - Arrêtez-Moi, Je Vous en Supplie

CINQUIÈME PARTIE

 

ARRÊTEZ-MOI, JE VOUS

 

EN SUPPLIE

 

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91.

 

Ce même dimanche, au coucher du soleil, Pablo Cruz, à l’aide de tenailles, plongea une épaisse aiguille à tricoter dans les flammes du brûleur d’une gazinière. Il regarda le métal devenir rouge incandescent.

Cruz n’avait laissé à Kristina Varjan aucune chance de prendre le dessus une fois dans l’Audi. Il lui avait arraché son Glock avant de l’obliger à conduire. Puis, à chaque stop ou feu rouge, il avait enfoncé dans son flanc le canon du pistolet tout en lui donnant des indications pour traverser la baie de Chesapeake et rejoindre l’Eastern Shore, côté Maryland de la péninsule.

À en croire les informations diffusées à la radio, ils avaient franchi le pont juste à temps. Aux dernières nouvelles, l’assassin du président Hobbs, qui se cachait dans une clinique vétérinaire, avait encore une fois réussi à échapper aux agents fédéraux.

Cela le fit sourire d’orgueil. Il était fier de garder toujours une longueur d’avance sur les chiens à ses trousses. De son point de vue, c’était tout un art, dans lequel il était passé maître.

Le choix de cette planque était tout aussi excellent. En remarquant depuis la route ce bungalow de plage fermé pour l’hiver, il avait ordonné à Varjan de garer la voiture derrière la remise attenante. Puis, après s’être assuré qu’il n’y avait pas de système d’alarme, il lui avait fait forcer la porte avec un pied-de-biche.

Dans la cuisine, Cruz se détourna de la gazinière, l’aiguille au bout brûlant pointée devant lui, et dévisagea sa prisonnière. Ligotée à une chaise, celle-ci le défiait du regard, prête à lui sauter à la gorge à la première occasion.

— Bien, je vais te reposer la question, lui dit-il. Qui t’a engagée pour me buter ?

Elle ricana.

— Et moi je vais te répondre la même chose : j’en sais rien. Un type qui se fait appeler Piotr.

— Il est russe ?

— Aucune idée.

— Je ne te crois pas, fit-il en approchant de sa joue l’aiguille rougie. Tu ne me racontes pas tout.

— Je n’ai pas à te dire quoi que ce soit.

Avec son aiguille, Cruz écarta le col du chemisier, qui brûla aussitôt. Puis la pointe toucha le cou, juste au-dessus de la carotide. Quand sa peau se mit à grésiller, la femme se contracta en serrant les dents.

Il recula l’aiguille.

— Une ou deux secondes de plus, et tu saignais à mort, Kristina.

L’expression de celle-ci passa instantanément de la souffrance à la hargne.

— Comment tu as su mon nom ?

— Je me fais un devoir de connaître mes rivaux dans le métier.

— Qui es-tu en fait ?

— Moi ? Personne, nulle part et hors du temps.

— C’est quoi, ce délire ?

Cruz ne daigna pas répondre. Il traversa la cuisine rustique et replongea l’aiguille à tricoter dans la flamme en déclarant :

— Je ne suis pas pressé de partir, Kristina. Je n’ai rien d’autre à faire que te torturer jusqu’à ce que tu finisses par cracher le morceau.

Quelques instants plus tard, il s’avançait vers Varjan qui redressa la tête avec arrogance.

Il stoppa net, hilare.

— Tu n’espères quand même pas pouvoir renverser la situation et me tuer, hein ma belle ? Alors, qui t’a embauchée ?

Varjan resta coite, se refusant à regarder l’aiguille incandescente qu’il approchait à nouveau de son cou.

Cruz immobilisa la pointe à deux centimètres de sa peau, afin de lui en faire sentir la chaleur. Puis il transperça le chemisier et le soutien-gorge jusqu’au sein.

Elle poussa un hurlement et l’invectiva en hongrois tandis qu’il retournait à la gazinière.

— Même si tu avais réussi à me descendre, Piotr ne t’aurait jamais payée. Le règlement du solde qui m’était dû après exécution du contrat a été retardé… Ce que j’interprète comme un refus. Réfléchis bien. Si je ne suis qu’un pion à sacrifier, c’est pareil pour toi.

Alors que Varjan demeurait silencieuse, quelque chose changea pourtant dans sa posture. Elle se détendait légèrement, une réaction infime, mais la preuve qu’il avait maintenant son attention.

— Réfléchis, répéta-t-il tout en surveillant l’aiguille qui recommençait à rougeoyer. Non seulement ils m’arnaquent mais ils essaient de m’éliminer ! Que crois-tu qu’ils vont faire avec toi ? Te verser ton fric ? Tu rêves ! Comme tu ne leur serviras plus à rien, ils te régleront ton compte de façon définitive. Dans notre profession, la confiance est… disons-le, stupide. Or je sais que tu ne l’es pas.

Varjan s’appliquait à ne montrer que du mépris. Il appuya à nouveau le bout incandescent sur le col de son chemisier, laissa l’odeur de brûlé monter à ses narines.

— Bon, ce sera où après ? la nargua-t-il.

Il étudia longuement son corps. Puis la regarda droit dans les yeux.

— Ça pourrait se passer différemment. Il y a un autre choix possible.

En la voyant tressaillir, il comprit qu’elle avait mordu à l’hameçon.

— Lequel ? demanda-t-elle.

Cruz fit un pas en arrière, posa l’aiguille sur la table.

— Je te propose d’unir nos forces pour découvrir qui a fomenté ce complot contre le gouvernement, et d’aller réclamer notre fric en personne. Ça marche ? Ou je continue à tricoter ?

Après avoir contemplé fixement l’aiguille, puis le sol, Varjan capitula.