Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)

James Patterson · Chapitre 96 sur 101

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Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)

Chapitre 101

— Vous nettoyez pour qui, Kristina ?

— Vous avez bien vu, rétorqua-t-elle, encore plus en colère, avant de jeter un coup d’œil méfiant alentour.

— Vu quoi exactement, Kristina ? demandai-je en martelant chaque syllabe de son prénom.

Elle agita son pistolet sous mon nez.

— Cessez votre petit jeu, sinon je vous tue.

Dans le ciel, l’hélicoptère entamait sa descente. Sur Michigan Avenue, des voitures de patrouille pilèrent avec des grincements de freins, leurs gyrophares bleus continuant à clignoter. J’entendis derrière moi dans le parc des crissements de pneus et des sirènes se taire brusquement.

— C’est terminé, Kristina. Il faut vous rendre.

Elle regarda la plage et l’eau du coin de l’œil.

— Inutile, ils iront vous repêcher. Sauvez votre vie. Donnez-moi votre arme.

— Je ne me rendrai qu’à la CIA. Personne d’autre ne me récupère.

— Je ne peux pas vous le promettre.

Elle réfléchit à ma réponse, puis toute la tension dans ses épaules sembla s’envoler, comme si elle était parvenue à une décision et se résignait à son sort.

— Alors je reprends ma parole, déclara-t-elle d’une voix sans intonation. Vous allez mourir avant moi, Cross. Vous me précéderez en enfer.

— Non… ! eus-je le temps de crier au moment où elle pressait la détente.

Sa balle me percuta vingt centimètres sous la pomme d’Adam. La violence de l’impact me projeta en arrière. J’atterris brutalement sur le sol, le souffle coupé, voyant tout tournoyer dans un brouillard. J’entendis un autre coup de feu, suivi d’un troisième. Puis un barrage de tirs, qui fut mon dernier souvenir. Le monde sombra dans les ténèbres.

101.

 

Potter s’éloignait du Boardwalk Hall d’un pas vif et régulier, tâchant de dégager une assurance tranquille, sans montrer plus qu’un intérêt machinal aux voitures de police qui le dépassaient à toute vitesse, sirènes hurlantes.

Après avoir quitté la loge, sa part du boulot accomplie, il s’était esquivé par une entrée de service. Dans la rue, un camion-poubelle était en train de reculer vers une benne remplie à ras bord. Il y avait jeté son chapeau de cowboy, son manteau et l’ordinateur de Sydney Bronson juste avant que les bras articulés la soulèvent pour la vider dans le camion.

Toutes ces choses compromettantes – son déguisement et la bécane du geek – étaient déjà hors du quartier lorsque Potter arriva à l’hôtel-casino Ceasars et s’engouffra à l’intérieur. Il déambula jusqu’à une boutique de souvenirs qu’il avait repérée plus tôt ce jour-là, et s’y procura un sweat-shirt à capuche arborant le logo de l’établissement.

Il rabattit la capuche et sortit au moment où retentissaient des coups de feu au nord-est, du côté de la plage : trois groupés, puis trois autres en succession rapide. Après un silence d’une minute, il y eut une nouvelle détonation, aussitôt suivie d’une fusillade nourrie.

Depuis lors, tandis que Potter marchait vers l’ouest de la ville, on n’entendait que des sirènes. Voyant un bus sur le point de partir, il courut pour l’attraper. Il choisit un siège au fond, bâilla et ferma les yeux.

Dix arrêts plus loin, il descendit du bus, se rendit dans une supérette pour y acheter une grande cannette de bière Budweiser. Il la but sur le chemin de la gare située à quelques rues, où il prit un billet pour Newark Penn Station.

Onze minutes s’écoulèrent. Son train commença à rouler. À la troisième station, il sauta sur le quai. Observa les autres passagers descendus en même temps que lui, jusqu’à avoir la certitude de ne pas être filé. Au guichet il demanda un aller simple, cette fois pour Hoboken, toujours dans le New Jersey.

Pendant qu’il attendait le train, Potter alla tout au bout du quai, à l’écart des oreilles indiscrètes. Ensuite seulement il sortit le téléphone jetable et composa le numéro d’un autre appareil non identifiable.

— Paul ? dit Mary, employant le nom de code dont ils avaient convenu.

— C’est moi, Sal. Tout se passe bien. Sors-le immédiatement de ce mouroir.

Il l’entendit fondre en larmes.

— Allons, ne pleure plus. J’ai besoin que tu sois forte. On a réussi.

— Ne t’inquiète pas, je suis juste tellement soulagée et pleine d’espoir.

Cela le fit sourire.

— Moi aussi, mon cœur.

— Tu nous retrouves sur place ? demanda-t-elle.

— J’arrive aussi vite que possible. Mais ne m’attends pas pour mettre en route la thérapie.

— Comment on fait pour le paiement ?

— J’ai le fric. Occupe-toi du reste.

— D’accord. Je t’aime.

— Et moi encore plus.

Potter raccrocha et brisa le téléphone en deux morceaux avant de le jeter dans une poubelle. Puis il sortit de sa poche une clé USB, la contempla en imaginant son fils guéri, debout, capable de marcher.

Ça vaut tous les risques, songea-t-il. Jesse compte plus que tout.

Il pouvait même accepter le fait que, tôt ou tard, les fédéraux remonteraient jusqu’à lui. À ce moment-là, il lui faudrait les convaincre qu’il avait exécuté seul le contrat au Texas, que sa femme ne se doutait pas qu’il avait assassiné le président de la Chambre des représentants et le ministre des Affaires étrangères en se servant de deux carabines installées côte à côte sur des bipieds.

Mary n’avait pas la moindre idée du coût de ce traitement sur cellules souches. C’était lui qui était allé au Panama pour se renseigner. Sa femme n’était mêlée à rien de tout ça.

Voilà ce qu’il leur raconterait, puis il mourrait d’une façon ou d’une autre, soit de la main d’un policier, soit par suicide pour mettre un terme à l’enquête et laisser Mary libre d’élever Jesse.

Lorsque son train entra en gare, Potter était en paix avec son destin. Il rangea soigneusement la clé USB et monta à bord. Il visualisait dans son esprit Jesse en train de courir, et cette image valait tous les châtiments qu’il pourrait avoir à subir.