Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)

James Patterson · Chapitre 53 sur 101

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Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)

Chapitre 56

 

La fanfare du corps des Marines arriva sur l’estrade en jouant Hail to the Chief.

Des agents du Secret Service sortirent de derrière les rideaux près de la scène, suivis par le Président Hobbs, en exercice depuis maintenant moins de deux semaines. Il marchait à grandes enjambées, agitant le bras et souriant à la façon de n’importe quel bon politicien assuré d’avoir le soutien du public.

De haute taille, les cheveux gris argent, le visage buriné mais séduisant, Hobbs avait grandi au milieu du bétail dans un ranch du Wyoming. Cet ancien sénateur avait une réputation d’intégrité et de cordialité, traits de caractère qui avaient plu à la défunte présidente, Catherine Grant.

En théorie, on ne peut pas demander mieux que lui pour diriger la nation, pensa Cruz.

Pourtant, à mesure que le Président longeait la barricade de sécurité en serrant des mains tendues, Cruz remarqua que cette parade le mettait mal à l’aise, ou du moins la manière dont ses gardes du corps se collaient à lui en formant un bouclier protecteur et compact sur trois côtés.

Deux agents fermaient la marche, chacun avec une main posée sur le dos de Hobbs et l’autre prête à dégainer. Deux autres hommes du Secret Service avançaient parallèlement à son épaule gauche. Enfin, un binôme le précédait. Le garde du corps le plus en avant semblait être le chef et scrutait la foule.

L’assassin se força à les ignorer lui et son coéquipier, à ne fixer que le Président en arborant un sourire radieux, comme s’il vivait l’un des moments les plus importants de son existence.

Puis il pressa discrètement sa fausse prothèse auditive durant dix secondes, avant de la couper. Il observait la caméra de télévision la plus proche, à vingt-cinq mètres environ sur sa droite. Elle filmait le Président. La diode verte sur l’appareil clignota puis s’éteignit. Le cameraman releva brusquement la tête, l’air perplexe.

Cruz jeta un coup d’œil à la ronde pour s’assurer que les autres cameramen réagissaient de même.

Pendant que Hobbs et son escorte approchaient, il se haussa sur la pointe des pieds et se mit à applaudir frénétiquement, accrochant le regard excité d’un jeune après l’autre avec des mimiques enthousiastes, articulant en silence : N’est-ce pas incroyable ?

Toujours sur la pointe des pieds, toujours en train d’applaudir, Cruz vit que le chef des agents ne s’intéressait pas à lui, et que son coéquipier indiquait à chaque personne quand elle pouvait serrer la main de Hobbs. À cet instant seulement, il s’autorisa à observer discrètement l’homme raide comme un piquet qui suivait le groupe.

Maintien militaire. Coupe en brosse. Costume strict gris.

Des éléments qui s’enregistrèrent automatiquement dans l’esprit de Cruz avant qu’il reporte son attention sur Hobbs, maintenant à moins de deux mètres, si près qu’il l’entendait dire aux uns et aux autres :

— Ravi de faire votre connaissance. Enchanté. Quel plaisir de vous rencontrer, mesdemoiselles.

Les trois adolescentes devant Cruz s’avancèrent. Il les imita tandis que le chef de l’escorte réfrénait leur impatience. Sans cesser d’applaudir, Cruz lui fit un sourire complice, et haussa un sourcil interrogateur.

L’agent du Secret Service leva l’index pour le faire patienter. Cruz opina, regarda Hobbs saluer une fille d’une quinzaine d’années et poser pour un selfie avec un garçon boutonneux avant d’arriver devant lui.

Les trois gamines qui les séparaient encore eurent droit elles aussi à leur poignée de main et à quelques mots, puis le leader du monde libre fixa Cruz droit dans les yeux. Celui-ci manifestait rien moins qu’une admiration sincère en lui tendant la main par-dessus la tête des adolescentes.

Hobbs la saisit, la serra avec un clin d’œil. Dès qu’il lui relâcha les doigts, le tueur à gages les étira brusquement en arrière et sentit le déclenchement du mini-pistolet à air comprimé, la vibration dans son avant-bras, sans aucun bruit perceptible dans un tel brouhaha.

La balle en graphite frappa le Président en pleine poitrine. Hobbs vacilla, le regard empli de terreur, ne comprenant pas ce qui lui arrivait, et tomba à la renverse dans les bras de ses agents.

Cruz réagit aussitôt de façon ostentatoire par un haut-le-corps et une exclamation exagérée pendant qu’on allongeait le Président par terre. Des jeunes se mirent à crier.

L’assassin observait la scène, bouche bée de stupéfaction. Puis il porta son attention à gauche tout en se tenant la tête, comme incertain de ce qu’il avait vu. La foule autour de lui eut un mouvement de panique lorsque d’autres forces de l’ordre et un médecin se précipitèrent vers le Président gravement blessé.

À trois mètres de Cruz, l’homme au maintien militaire, à la coupe en brosse et au costume gris avait l’air aussi incrédule que sous le choc. Il se tenait de côté par rapport à l’assassin, ne lui présentant qu’un profil étroit, angle moins idéal que souhaité, mais Cruz avait pour credo de saisir la première occasion d’éliminer sa cible.

Il dressa donc son bras gauche, arqua son poignet. Cette fois aussi, il sentit le coup partir sans entendre la détonation étouffée. Sous l’impact de la balle, l’homme se cambra, tourna sur lui-même, avant de trébucher et de s’écrouler sur le sol en béton.

Les personnes près de lui se mirent à hurler en se baissant pour se protéger. De plus en plus de gens essayaient de s’éloigner des barrières. Cruz se joignit à eux.

Puis des secouristes arrivèrent au pas de course. Aussi rapidement qu’elle était montée, la panique redescendit et finit par se calmer dans l’auditorium. Seuls des pleurs d’enfants s’élevaient encore autour de l’assassin tandis qu’il battait lentement en retraite, affectant de son mieux l’effroi et le bouleversement.

Quinze secondes plus tard, lorsqu’il se fut frayé un chemin jusqu’à un accès dégagé vers la sortie, il pressa trois fois le bouton de sa prothèse auditive.

Au bout de douze secondes, toutes les lumières dans la salle tremblotèrent, diminuèrent, puis s’éteignirent d’un coup.