Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)

James Patterson · Chapitre 2 sur 101

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Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)

Chapitre 2

— Ils quittent le Capitole, annonçai-je. Ils ne devraient pas tarder.

L’hymne présidentiel se termina rapidement et l’assistance frigorifiée se tut.

Une voix masculine s’éleva :

— Présentez… armes !

Une deuxième voix relaya le commandement. Puis une troisième. Un par un, les soldats postés tous les cinquante mètres sur la route du cortège portèrent leur fusil à l’épaule droite et se mirent au garde-à-vous, raides comme des piquets.

Les tambours au loin reprirent en une lente cadence, un son étouffé et lugubre à cette distance.

Cent cadets de West Point apparurent au sommet de Capitol Hill, en uniforme gris, marchant au pas. Des contingents d’autres académies militaires – U.S. Naval, Air Force, Coast Gard – les suivaient, défilant avec la même rigueur, menton haut, yeux fixés droit devant eux tandis qu’ils passaient près de nous.

Sur la colline, le battement solennel des instruments continuait, de plus en plus fort à mesure qu’approchait la fanfare. Un porte-drapeau la précédait, brandissant haut la hampe de la bannière étoilée.

J’entendis le claquement de leurs sabots avant même de voir les sept chevaux à la robe gris perle qui descendaient Capitol Hill au petit trot : six en formation par paires, le septième à la tête de la colonne de gauche.

Bien que tous sellés, seuls ceux de gauche et celui de devant étaient montés par des officiers de la U.S. Army Old Guard. Les six pur-sang attelés tiraient le caisson noir vieux d’un siècle contenant un cercueil recouvert du drapeau américain, dans lequel reposait feue la présidente des États-Unis.

 

2.

Le clip-clop lent et régulier des chevaux se rapprochait, accompagnant le funèbre battement des tambours.

Derrière le caisson, un étalon noir sans cavalier, caparaçonné, secouait la tête et s’agitait entre les rênes tenues par un membre de la Old Guard.

Les bottes d’équitation de la défunte présidente étaient insérées dans les étriers, pointes tournées vers l’arrière.

— Pourquoi font-ils ça ? demanda doucement Ali.

— C’est un rituel militaire qui symbolise la mort d’un commandant en chef, chuchota Nana. Ils ont procédé de même aux funérailles du président Kennedy, il y a près de soixante ans.

— Tu y étais aussi ?

— Exactement là où nous sommes, mon poussin, répondit-elle tout en s’essuyant les yeux avec un mouchoir. Je m’en souviens comme si c’était hier, la même tragédie qu’aujourd’hui.

Je n’étais pas né à l’époque du mandat de JFK, mais Nana Mama m’avait raconté que la nation connaissait alors une période d’espoir immense grâce au jeune leader ; la nouvelle de son assassinat lui avait fait l’effet d’un coup de poing dans le ventre.

J’ai ressenti la même chose quand Bree m’a annoncé par téléphone que Catherine Grant s’était effondrée dans le Bureau ovale. Décédée à l’âge de quarante-sept ans, elle laissait derrière elle un mari, des jumelles de dix ans, et un peuple aussi affligé qu’abasourdi.

La présidente Grant faisait partie de l’espèce la plus rare en politique aux États-Unis, car elle parvenait à rassembler au nom de l’intérêt national les camps opposés, et ce par la seule force de sa personnalité empathique, la fulgurance de son esprit et sa propension à l’autodérision.

Ancienne sénatrice du Texas, Grant avait remporté aux élections une victoire écrasante qui insuffla à la population un véritable optimisme, la certitude que le pays allait sortir de son impasse, que les politiciens des deux bords allaient enfin mettre leurs divergences de côté et travailler ensemble pour le bien commun.

Ce qu’ils firent, durant trois cent soixante-huit jours.

Soixante-douze heures après avoir célébré sa première année en poste, la présidente consultait ses conseillers militaires lorsque, soudain, elle se plaignit de vertiges, l’air désorientée, puis s’écroula sur le sol derrière son bureau. Elle mourut en quelques instants.

Ses médecins n’y comprenaient rien. La défunte était en excellente condition physique, comme l’indiquaient les résultats d’un bilan de santé fait à peine deux mois plus tôt.

Néanmoins, selon les pathologistes de l’hôpital militaire Walter Reed , 2 elle avait succombé à une tumeur foudroyante qui avait comprimé sa carotide interne, stoppant l’afflux du sang vers le cerveau. Personne n’aurait pu la sauver.

Aussi régnait-il une atmosphère de perte et d’espoir brisé le matin de ses funérailles. Tandis que le convoi arrivait, les gens en deuil massés des deux côtés de Constitution Avenue firent tristement silence.

Damon aida Nana Mama à se lever de sa chaise. Comme Bree, je me mis au garde-à-vous, et luttai contre l’émotion qui me serra la gorge au passage du cercueil puis du cheval noir sans cavalier qui caracolait et se cabrait dans le froid mordant.

Mais ce fut la vision de la limousine derrière l’étalon qui me toucha le plus. Je savais que, cachés par les vitres teintées, le mari et les filles de la présidente étaient à bord.

Cela me rappelait ce que j’avais éprouvé à la mort tragique de ma première épouse, combien j’étais perdu, en colère, seul avec un enfant en bas âge et un bébé dont il fallait s’occuper. Ce fut la pire période de ma vie, ces jours où je croyais ne jamais me remettre.

Mon cœur saigna pour la Première famille quand le corbillard roula devant nous. Je refoulai mes larmes pour regarder défiler les tambours qui martelaient le rythme funèbre sans jamais faiblir.

— On peut partir, maintenant ? s’impatienta Ali. Je sens plus mes genoux !

— Mais avant, tenons-nous par la main et disons ensemble une prière pour notre pays et pour l’âme de cette excellente femme, décréta Nana Mama qui tendait déjà vers nous ses doigts gantés.

 

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1. Le Metropolitan Police Department du District of Columbia. (Toutes les notes sont de la traductrice.)

 

2. Nom officiel du Bethesda Naval Hospital.

 

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