Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)

James Patterson · Chapitre 73 sur 101

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Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)

Chapitre 77

Scotland Yard nous a enfin filé le dossier de Carl Thomas ! Appelle-moi dès que possible !

— Votre fils aurait-il mentionné des voyages en Russie ? demanda soudain Ned. En Chine ? En Corée du Nord ?

Franks plissa le front et tira sur sa cigarette.

— Jamais. Vous savez, plus j’y réfléchis, plus je me dis que mon garçon avait fini par adopter le point de vue de son paternel. À mon sens, Martin est mort pour nous libérer de la tyrannie. Il s’est sacrifié pour les idéaux de sa nation et je salue sa bravoure. Je vous prédis qu’il restera dans l’histoire comme un patriote au même titre que les milices de Minutemen de la Guerre d’Indépendance.

— Désolé de jouer les rabat-joie, cher monsieur, déclarai-je en me levant pour sortir, mais j’ai l’absolue certitude que votre fils passera à la postérité comme lâche et traître à son pays. Et vous aussi, je le pressens.

 

77.

 

Pour les longs trajets, Dana et Mary Potter préféraient rouler en continu, l’un dormant pendant que l’autre était au volant. Ils se relayaient toutes les deux heures et faisaient le plein d’essence au bout de quatre, ce qui leur permettait de parcourir près de deux mille cinq cents kilomètres en une seule journée.

Ils s’étaient évidemment dépêchés de quitter le Texas, aussi vite qu’ils l’osaient avec le van en remorque, gagnant le Nouveau-Mexique par des routes secondaires avant que la nouvelle des meurtres parvienne à Washington, à New York ou même au comté d’El Paso.

Vers 17 heures cependant, lorsqu’ils franchirent la limite du Colorado, on ne parlait déjà plus que des assassinats aux actualités. Des rebondissements effarants tombaient au fil des minutes, mais quasiment rien ne filtrait du Texas, au grand soulagement des Potter.

Les conditions de circulation étaient idéales. Ils roulaient à bonne allure. Le Wyoming fut atteint et traversé avant minuit. Puis le temps se dégrada au sud de Billings dans le Montana. La neige, le vent et le froid glacial rendirent encore plus pénibles les longues heures précédant l’aube.

Au point du jour le samedi matin, la tempête était telle qu’on ne voyait plus à un mètre. Un couple prudent se serait arrêté à Lewistown ou Malta pour attendre une accalmie. Mais Mary avait trop hâte de rentrer ; et pour son mari, leur fuite était l’unique priorité. Tout compte fait, ces intempéries jouaient en leur faveur.

Personne n’irait chercher deux assassins au milieu du blizzard sur la Hi-Line en lacets longeant la voie ferrée. On peut y croiser un tueur en série sans s’en apercevoir, trop occupé que l’on est à ne pas quitter des yeux la route périlleuse.

Les Potter poursuivirent donc en direction de Glasgow, dans le nord-est du Montana. Grâce à leur radio par satellite, ils ne perdaient rien des dernières nouvelles et furent sidérés d’apprendre que le Président Larkin avait ordonné une cyberattaque en riposte contre les trois pays supposés ennemis.

— Pourvu qu’on soit à la maison avant que le monde nous pète à la gueule ! dit Mary d’une voix fébrile. Mon Dieu, Dana, qu’avons-nous fait ?

— On a accepté une mission pour sauver la vie de notre fils. Voilà ce qu’on a fait ! s’énerva-t-il.

Elle haussa le ton :

— Ils nous accusent d’avoir contribué au déclenchement de la Troisième Guerre mondiale !

— Je suis un professionnel. Toi aussi. Nous avons tous deux rempli notre contrat. Et nous avons agi pour une noble cause.

Renonçant à argumenter, Mary éteignit le poste d’un geste brusque.

— Je veux appeler la maison.

— Pas question d’utiliser le téléphone satellite, dit-il fermement. Silence radio jusqu’à ce qu’on arrive à…

L’écran du GPS de bord affichait l’embranchement menant à leur destination. Potter freina et, comme le van ballottait un peu à l’arrière, marqua un arrêt complet avant de bifurquer dans Frenchman’s Creek Road.

La route gravillonnée n’avait pas été déneigée. Les roues dérapèrent dans vingt centimètres de poudreuse et la remorque faillit se mettre en travers. Mais Potter parvint à redresser, évitant le fossé de justesse.

Il attendit d’avoir parcouru deux kilomètres pour se ranger à l’abri du vent. Sa femme et lui enfilèrent un bonnet en laine, une doudoune Carhartt et de solides moufles en cuir doublées de mouton. Ils avaient déjà profité de la dernière halte dans une station-service pour mettre une combinaison molletonnée et des bottes.

Pendant que Mary nourrissait les chevaux et les sellait, Dana fixa des chaînes sur les roues puis remplaça les plaques volées du Wyoming par celles du pick-up, immatriculé dans le Montana. Malgré leurs vêtements épais, ils étaient gelés jusqu’aux os quand ils remontèrent dans la cabine et repartirent vers le nord.

Une heure plus tard, ils négociaient un virage en épingle à cheveux et descendaient à la rivière qui donne son nom à la route. Les vagues contours d’un ranch et d’une grange se dessinèrent derrière les tourbillons blancs.

Potter s’arrêta pour vérifier avec ses jumelles s’il y avait de la lumière aux fenêtres.

— Elle est toujours en Arizona, confirma-t-il après quelques minutes. Normal à cette époque de l’année.

— Alors grouillons-nous ! dit Mary. Il nous reste un long trajet à cheval dans le froid.

Ils roulèrent lentement dans la cour. Potter n’y repéra aucune trace de pneus. Il se gara près d’une remise nichée entre les deux bâtiments.

— Là, ça ira bien. Nettoie tout à fond, je me charge des chevaux. Ensuite, je range le pick-up et le van où on les a pris, et on se tire d’ici. Ni vu ni connu.

Sa femme acquiesça distraitement tout en enfilant des gants en caoutchouc. Elle commença par asperger l’habitacle de détergent avant d’essuyer chaque surface. Les vitres étaient déjà couvertes de givre quand Potter sauta du marchepied.