Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)

James Patterson · Chapitre 74 sur 101

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Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)

Chapitre 78

Le vent hululait à l’extérieur. La température ressentie devait être inférieure à moins quarante.

Le cou rentré dans les épaules, il alla à l’arrière du van, l’ouvrit et en fit sortir les bêtes, qu’il attacha à un arbre abrité par la maison.

Une rafale plus forte le cueillit comme il tournait à l’angle de la véranda pour aller refermer le van. Se protégeant les yeux et le visage avec un bras, il ne remarqua pas immédiatement la femme âgée en fauteuil roulant, statue immobile sur la véranda. Emmitouflée dans des lainages et des plaids en patchwork, elle portait des lunettes de ski et pointait sur lui une carabine à levier.

Dès qu’il la vit, il leva les mains en l’air.

— Ne tirez pas ! cria-t-il.

Elle secoua la tête pour dégager sa figure de l’écharpe qui l’entourait, dévoilant une peau flasque et grise et un tuyau à oxygène relié à ses narines. Le regard venimeux, elle jura d’une voix frêle mais acrimonieuse :

— Merde alors, c’est mon pick-up ! Et mon van !

 

78.

 

Potter haussa davantage les mains et inventa à la seconde une histoire.

— Voyons, madame Linney, je suis envoyé par les rangers du Montana. Le pick-up et le van ont été trouvés abandonnés au fond de la vallée Bitterroot. Ils ne vous ont pas prévenue que je les rapportais ?

Sans se départir de son air hargneux, la vieille dame détacha malgré tout ses yeux de la mire et lâcha :

— Le téléphone est coupé à cause de la tempête. L’électricité et le chauffage aussi.

— J’en suis désolé, madame. Vous n’avez personne pour vous aider ?

— Mon fils est en route, il va m’emmener chez lui.

— Pourriez-vous écarter votre arme, madame Linney ? Ça me rend nerveux.

— Vous avez des papiers ? Un insigne ? demanda-t-elle, sa carabine toujours braquée sur lui.

— Juste une pièce d’identité, répondit-il en laissant retomber ses bras. Pas d’insigne. Je suis employé par un sous-traitant qui se charge du transport pour le compte de l’État. J’ai d’ailleurs un document à vous faire signer. On ne serait pas mieux à l’intérieur par ce temps ?

Mme Linney hésitait quand une bourrasque glaciale les enveloppa. Avec une grimace, elle désigna du canon la porte d’entrée.

— Vous d’abord.

— Merci bien, madame.

Le front baissé pour affronter le vent sifflant et cinglant, il avança.

Quelle vieille bourrique ! pesta-t-il dans sa barbe, tout en lui adressant un sourire hypocrite tandis qu’elle suivait ses gestes du canon de la carabine, dont elle savait certainement se servir à en juger par sa façon de la manipuler. Il tourna la poignée, poussa la porte et pénétra dans un couloir au sol revêtu d’un parquet ancien.

Au bout, une cuisine moderne. À droite, une pièce avec un téléviseur, et à gauche un salon d’une époque révolue. Tout était propre et en ordre.

Il se retourna vers la maîtresse des lieux, laquelle pilotait son fauteuil électrique de sa main libre. Elle agrippait toujours l’arme, mais celle-ci reposait à présent sur ses genoux. C’était une amélioration.

— Je vais fermer la porte pour vous, proposa-t-il.

— Pas besoin.

Elle enclencha la marche arrière et repoussa le battant, qui claqua. Elle dévisagea Potter un instant, puis abaissa son écharpe en laine. Sa respiration se condensait dans l’air. Même à l’intérieur, il devait faire moins vingt.

— Vos canalisations ont gelé ? s’enquit-il.

— Je les ai purgées et j’ai versé de l’antigel. Je sais comment survivre par ici.

— Je n’en doute pas une seconde.

Elle roula vers lui et s’arrêta à une distance prudente.

— Montrez-moi votre pièce d’identité et le document, lui intima-t-elle.

Il lui sourit, descendit la fermeture éclair de sa doudoune et prit son portefeuille. Il en sortit son faux permis de conduire tout en esquissant un pas, mais se pétrifia devant l’arme que Mme Linney pointait sur lui.

— Vous n’avez qu’à me le tendre d’où vous êtes.

Potter obtempéra.

— Votre permis a été délivré dans le Wyoming ?

— Nous couvrons le Wyoming, le Montana et l’Idaho. Je continue d’habiter Cheyenne parce qu’il n’y a pas d’impôt sur le revenu.

— Alors que le Montana me pique dix pour cent de ce qui m’appartient ! ronchonna-t-elle. Bon, et ce document ?

Il palpa ses poches, feignit la confusion.

— Mince, je l’ai oublié dans le pick-up. Je peux aller le chercher ?

Méfiante, elle le mit à nouveau en joue.

— D’accord, mais pas d’entourloupes.

Elle remonta son écharpe, fit rouler son fauteuil en arrière et attrapa la poignée à tâtons. La porte s’ouvrit brutalement sous la poussée du vent. La vieille femme avança pour la laisser se rabattre contre le mur, puis recula jusqu’à la véranda.

Potter commençait à regretter de lui avoir emprunté son pick-up et son van pour convoyer leurs chevaux jusqu’au Texas. Mais elle était censée passer l’hiver à Tucson !

Les roues du fauteuil n’avaient pas encore franchi le seuil que Mary surgissait dans le dos de la vieille bique, lui arrachait son tube à oxygène et lui plaquait une moufle en cuir sur la bouche et le nez.

Au lieu de hurler et se débattre, Mme Linney visa Potter à l’aveuglette et pressa la détente. Il y eut une déflagration et des éclats de plâtre volèrent du mur derrière lui.

Elle tenta d’actionner le levier de la carabine. Deux longues enjambées suffirent à Potter pour la rejoindre et lui arracher l’arme. Elle ne montrait nulle terreur à se retrouver ainsi piégée et étouffée. Tout en le fusillant du regard, elle émettait des borborygmes haineux.

— La pauvre, susurra Mary sans relâcher la pression de sa main. La batterie de son fauteuil est tombée à plat pendant qu’elle était dehors. La bouteille d’oxygène s’est vidée.