Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)
Chapitre 98
Mon oreillette crachota.
— Alex, redonne la localisation. Ta voix est brouillée, dit Ned.
Varjan en avait vu suffisamment. Elle fit volte-face et s’éloigna de la baie en vitesse. Avant de la suivre, Gabriel assena un coup sur le crâne de Bronson avec la crosse de son pistolet. Le geek s’écroula comme une masse.
— Cross ? fit Carstensen. Répétez.
Je fourrai les jumelles dans la poche de mon manteau et me précipitai vers la sortie du poulailler. Une fois dans le couloir circulaire, j’hésitai, conscient que j’atteindrais plus rapidement les loges en prenant à gauche. Au lieu de quoi, je partis à droite au pas de course, me faufilant entre les grappes de gamers tout en pressant la touche de mon micro.
— Ici Cross. Je répète : deux, peut-être trois des assassins que nous traquons se trouvent en ce moment dans le complexe. Le tueur de Hobbs et Varjan. Celle-ci m’a repéré. Ils ont quitté la loge. Il faut chercher une femme au look punk glamour, un cowboy avec un chapeau noir et un long manteau marron, un ange en robe blanche qui porte un masque en latex. Son aile gauche est pendante comme le bras de l’homme-grenouille, et il est armé. Les autres le sont certainement aussi.
— Bien reçu, répondit Ned. Je me dirige vers la sortie la plus proche des loges.
Carstensen prit le relais :
— Je fais bloquer toutes les issues du bâtiment par le SWAT.
J’aperçus enfin un escalier et voulus le dévaler mais trop de gens montaient. Je dus me frayer un passage à contre-courant, ce qui me fit perdre de précieuses minutes.
Arrivé au niveau des loges, je décidai de descendre jusqu’au hall. Pour moi, il ne faisait pas le moindre doute qu’ils essaieraient à tout prix de filer.
Varjan m’a reconnu. Elle m’avait déjà vu au motel, puis à Atlantic City le premier jour du championnat d’e-sports. Elle sait que je travaille avec le FBI. Ils sont désormais tous les trois en alerte maximale.
J’atteignis le rez-de-chaussée et faillis foncer vers l’entrée ouest, là où Ned était allé car c’était le chemin le plus court pour sortir depuis les loges. Mais une intuition me souffla l’inverse : faire demi-tour et me diriger vers l’est.
Tout en courant aussi vite que me le permettait la foule, je gardais une main sur mon arme de service, prêt à dégainer, et tournais la tête de tous côtés pour passer en revue les visages et les déguisements.
Je croisai dans le couloir plusieurs Celes Chere, puis deux cowboys avec un chapeau noir mais sans manteau ramasse-poussière, et…
Une alarme se déclencha.
Diversion, compris-je aussitôt. Comme au tournoi Victorious.
Les fans se figèrent sur place, ne sachant que faire. Nombre d’entre eux furent pris de panique, j’entendis demander s’il y avait le feu. Puis un hurlement retentit non loin.
Je brandis mon insigne et mon pistolet en criant :
— FBI ! Tout le monde à terre !
Au lieu de m’obéir et de se baisser, des jeunes s’éparpillèrent dans toutes les directions, mais cette débandade ouvrit un passage dans lequel je m’engouffrai. À un angle du couloir, un bloc lumineux rouge en hauteur indiquait une issue de secours. Un vigile baignait dans une flaque de sang devant la porte entrebâillée.
— Tenez bon, on va vous aider ! lui assurai-je.
Puis je l’enjambai, notant que son holster était délesté de son arme, avant de pousser d’un coup d’épaule le battant, qui rebondit contre le mur d’une cage d’escalier. Du palier métallique descendait une courte volée de marches menant à une aire de livraison couverte, où stationnait une ambulance.
La porte basculante était relevée. Je me précipitai dessous au moment où deux secouristes apparaissaient avec des cafés à emporter.
— FBI ! Avez-vous vu des gens sortir ?
— Oui, un mec déguisé en ange et une nana avec un manteau pailleté, me confirma l’un d’eux en pointant son gobelet. Ils cavalaient comme des malades en direction de l’océan.