Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)

James Patterson · Chapitre 64 sur 101

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Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)

Chapitre 68

Un groupe de quatre ou cinq personnes, certaines en imperméable, d’autres abritées sous des parapluies, se hâtaient devant lui sur le trottoir ; du personnel médical, d’après leur conversation. Leur préoccupation majeure était de trouver un moyen de regagner leur domicile puisque les transports publics étaient interrompus.

Au bout du pâté de maisons, une voiture de police barrait le carrefour, gyrophare allumé. Le tueur à gages rattrapa les soignants.

En arrivant à l’intersection avec H Street, il agrippa les bords de sa capuche et se tourna brièvement vers le véhicule, comme par curiosité. Juste le temps de montrer qu’il n’avait pas de pansement au visage, mais trop rapidement pour qu’on puisse remarquer qu’il portait un masque en peau humaine.

Cruz traversa sans qu’on l’interpelle. Sous les trombes d’eau, il s’efforçait de se coller aux gens qui le précédaient. L’alerte n’avait toujours pas été donnée.

Ce ne fut qu’une bonne centaine de mètres plus loin qu’il entendit un concert de sirènes, toutes se dirigeant en fanfare vers l’hôpital d’où venait de s’évaporer l’assassin du président.

 

68.

 

Décoller de la base d’Andrews à bord d’un chasseur F-15E Strike Eagle fut l’une des expériences les plus époustouflantes, les plus mémorables, de ma vie.

Un second avion avait embarqué Ned Mahoney. Dans l’espace aérien désormais désert, les pilotes pouvaient pousser leur appareil au maximum, soit à près de deux mille neuf cents kilomètres-heure. À cette vitesse fulgurante, cela nous prit moins de cinquante-cinq minutes pour parcourir les deux mille six cents kilomètres jusqu’à la base de l’US Air Force à l’ouest de San Antonio.

Peu avant l’atterrissage, Sanford, le directeur du FBI, avisa Ned par radio que Kasimov n’était jamais arrivé à Londres. L’agent spécial me transmit la nouvelle à son tour.

— Où s’est-il rendu ? lui demandai-je.

— Il faisait cap sur l’Afrique du Nord. Avant de disparaître des radars.

— Sérieux ?

— Ouais. Son jet a été repéré au-dessus de Majorque, puis plus rien.

Fallait-il donc voir un acte de guerre dans ces attaques ? Que le Russe aurait orchestrées depuis sa suite au Mandarin Oriental ?

Un hélicoptère Apache de la Texas National Guard nous emmena ensuite au Garand Ranch, un lodge prisé des chasseurs de cailles, situé à une bonne demi-heure.

Nous survolâmes un paysage aride et accidenté, parsemé de broussailles, jusqu’à une vallée morcelée en terres agricoles. Des cerfs jaillirent de la végétation et détalèrent quand l’appareil descendit pour atterrir à proximité d’une écurie et d’une hacienda.

La police locale nous attendait, ainsi qu’une équipe scientifique du FBI dépêchée par l’antenne de Dallas. Quelle ne fut pas ma surprise de reconnaître un visage parmi les autres personnes présentes : Sheldon Lee, de la police du Capitole. J’allai lui serrer la main. Il accusait le coup.

— Qu’est-ce qui vous amène, lieutenant ?

Il secoua la tête, encore abasourdi.

— J’ai été désigné pour escorter le président de la Chambre parce que son garde du corps habituel, Bill Johnston, est malade. Monsieur Guilford et le ministre étaient venus pour une partie de chasse, un petit break bien mérité. D’abord Betsy Walker, et maintenant Guilford, tous deux sous ma responsabilité ? Je… ça donne l’impression que je…

— Monsieur Cross ?

Je me tournai vers Terrance Crown, l’agent assigné à la protection du ministre des Affaires étrangères, Aaron Deeds, et de son épouse, Eliza.

— Je suis rassuré de vous voir ici, me confia-t-il, lui aussi sous le choc. J’ai entendu dire que vous êtes le meilleur et c’est ce qu’il nous faut en ce moment.

Un grand Texas ranger quadragénaire, à la fine moustache cirée, en jean, bottes et chapeau de cowboy blanc, se tenait à l’écart. Il s’appelait Eldon Pritchard, d’après son insigne, et ne paraissait nullement impressionné par notre arrivée.

On nous emmena à la terrasse du lodge. Recouverts de bâches en plastique transparent, les corps gisaient encore là où ils s’étaient écroulés, heureusement à l’ombre car il faisait chaud au soleil. Quant à Eliza Deeds, elle avait été héliportée vers un hôpital de Dallas.

— J’ai veillé à ce qu’on ne touche à rien, assura le lieutenant Lee. Le personnel attend d’être interrogé.

— Racontez-nous tout, exigea Ned.

Il nous fut expliqué que c’était la tradition au Garand Ranch, même en plein hiver, de prendre le petit déjeuner à l’extérieur. On nous décrivit des bruits sourds et lointains, Guilford qui s’effondrait en premier et Deeds un peu après, d’abord blessé avant d’être achevé par une seconde balle.

— Quelle heure était-il environ ? s’enquit Ned.

Lee et Crown s’accordaient pour estimer le dernier tir à 7 h 28, avec une marge d’erreur de trente secondes.

— Comment se fait-il que Washington ait été alerté si tard ? m’étonnai-je.

— Nous sommes dans une zone blanche pour les téléphones portables, expliqua Lee. Il y a normalement une couverture satellite, mais ça ne captait pas mieux. Nous avons dû rouler trente bornes sur une piste pour avoir du réseau.

Ned fit remarquer :

— Le temps pour les autres assassins d’agir sur la côte Est.

— Une incroyable coordination, ajoutai-je.

— Qui savait que Guilford et Deeds viendraient ici ? demanda Ned.

Lee répondit que la femme du président de la Chambre était au courant, bien sûr, de même que ses deux fils, son directeur de cabinet et son assistante personnelle. En dehors de ce cercle restreint, il ne faisait pas étalage de sa passion pour la chasse.