Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)

James Patterson · Chapitre 33 sur 101

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Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)

Chapitre 34

Mary fit un signe affirmatif. Il mit sa montre sur le mode chronomètre et le démarra.

— Go !

Les cavaliers éperonnèrent leurs chevaux et rebroussèrent chemin, poussant à fond leurs montures sans même ralentir aux passages dangereux, au risque de faire une chute.

Alors qu’il leur avait fallu soixante-neuf minutes pour effectuer l’aller, vingt-huit seulement s’étaient écoulées quand ils atteignirent le pick-up et le van. Et cinq de plus le temps de rejoindre la route secondaire.

À quinze kilomètres au nord, Potter franchit un autre portail de la réserve, ouvert celui-là, et se gara hors de vue à l’abri d’un escarpement surplombant une vaste plaine poussiéreuse. Mary et lui donnèrent de l’eau aux chevaux avant de descendre dans la plaine avec deux bidons de lait remplis d’un cocktail maison.

Ils en placèrent un à cinq cent douze mètres et l’autre à cinq cent vingt-six, en se servant des télémètres.

Puis ils retournèrent au pick-up prendre leurs carabines ultra légères en pièces détachées, les assembler et pour finir y fixer des bipieds ainsi que des silencieux d’un noir mat.

Une fois en position au sommet de l’escarpement, ils installèrent les armes sur leurs béquilles et se mirent à plat ventre derrière. Chacun choisit sa cible. Potter aligna le réticule de sa lunette de visée télescopique sur le bidon le plus éloigné.

— Vert ? demanda-t-il à Mary.

— Vert, confirma-t-elle. Cinq, quatre, trois, deux…

Les deux carabines tirèrent à l’unisson avec un bruit sourd, les balles percutèrent les bidons : ils explosèrent en de minces tourbillons de flammes.

 

34.

Dans un spacieux box de stockage à Fairfax en Virginie, l’homme qui se faisait appeler Pablo Cruz sourit en entendant une sonnerie. Il souleva le capot de l’imprimante 3D et récupéra un objet en résine translucide évoquant une toile d’araignée, de vingt-cinq centimètres de long sur quinze de large.

De forme cylindrique, il ne se refermait pas complètement, laissant un espace de cinq centimètres entre ses bords. La maille en résine était tiède au toucher, solide mais encore malléable en tous sens. Lorsqu’elle fut un peu refroidie, Cruz en écarta davantage les bords pour l’enfiler sur son avant-bras droit, puis les resserra. Elle l’enveloppait du coude au poignet, s’adaptant parfaitement comme une manchette taillée pour lui, ce qui était d’ailleurs le cas.

Il l’enleva et la posa à côté de sa jumelle sur un établi qu’il avait apporté la semaine précédente. Sur cette table de travail se trouvaient également deux petits crochets transparents fabriqués en nylon renforcé de Kevlar, un matériau plus résistant que l’aluminium massif et indécelable par un détecteur de métaux.

Soudée à la base de chaque crochet, une douille contenant des billes était reliée à une minuscule valve en forme de T. L’ensemble se fixait à la partie inférieure de la manchette en résine.

Cruz chaussa ses lunettes de lecture pour attacher à la valve un petit tuyau translucide en fibre de carbone. Avec seulement deux centimètres et demi de longueur et neuf millimètres de diamètre, le tuyau pouvait résister à une pression aussi soudaine qu’extrême.

Il prit ensuite une balle en graphite équivalente à une munition de calibre .25, puis plaça le projectile dans la chambre d’un canon transparent de sept centimètres qu’il vissa à la valve. Enfin, l’autre bout du tuyau fut relié à un réservoir en fibre de carbone, de la taille d’un briquet, qui s’insérait dans la manchette.

Son téléphone jetable se mit à vibrer. Dès qu’il décrocha, l’homme qu’il connaissait sous le prénom de Piotr lui demanda en russe :

— Tout va bien, Gabriel ?

Cruz lui répondit dans la même langue :

— En fait, il y a un problème, je veux une compensation.

Un silence glacial s’installa. Cruz patienta sans presser son interlocuteur.

— Nous avions un accord, objecta Piotr.

— Jusqu’à ce que je sache qui est la cible.

— Je croyais que vous étiez le meilleur.

— Je le suis. C’est pour ça que vous avez fait appel à moi.

Une autre longue pause.

— Combien ?

— Trente-cinq millions. Dix maintenant, vingt-cinq quand le boulot sera fait.

— Je ne suis pas habilité à autoriser une telle somme.

— Alors obtenez l’autorisation. Et tout de suite.

— Une minute, dit Piotr sur un ton furieux.

Cruz activa le haut-parleur et posa l’appareil sur l’établi. Pendant qu’il attendait, il enfila les deux manchettes et inséra les bouches des canons dans les mailles sous ses poignets.

Piotr revint en ligne.

— Marché conclu. Paiement du solde une fois la mission accomplie.

Cruz raccrocha. Puis il prit une profonde inspiration avant de saisir un marteau et de mettre le téléphone en pièces.

Son attention se porta ensuite sur le mannequin de couture qu’il avait positionné au fond du box. Il s’en approcha à moins de trois mètres, leva la main droite et l’étira brusquement en arrière, les doigts arqués vers son avant-bras.

Il sentit la manchette maillée se tendre. Une bille pivota dans la douille et percuta une gâchette dans la valve qui, avec un bruit étouffé, libéra un puissant jet de l’hélium à haute pression que contenait le réservoir en carbone.

Le gaz propulsa la balle en graphite hors du canon à une vitesse de quatre cents mètres par seconde. Le projectile toucha le mannequin à la poitrine, traversa la mousse et se désintégra en fragments qui ricochèrent sur la paroi métallique du box.

Un sourire satisfait aux lèvres, Cruz réitéra l’exercice, cette fois avec le bras gauche, déclenchant le second de ses minipistolets hybrides indétectables. La balle frappa le mannequin à l’arête du nez et ressortit par l’arrière du crâne en explosant.