Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)

James Patterson · Chapitre 72 sur 101

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Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)

Chapitre 76

Mais l’instant d’après, tandis que s’ouvrait la porte de l’avion et que l’on dépliait l’échelle, je visualisai une déflagration nucléaire, une boule de feu et un souffle dévastateur réduisant en ruines fumantes tout ce qui comptait dans ma vie.

La démonstration de force du Président Larkin était-elle judicieuse ? Ou sa provocation pousserait-elle nos ennemis à commettre l’impensable ?

J’en revenais toujours à ces interrogations : Larkin n’était-il pas trop risque-tout pour rester le leader du monde libre ? Quel espoir aurait-il eu d’occuper un jour le Bureau ovale si le président Hobbs, le président de la Chambre des représentants ainsi que trois ministres n’avaient été écartés du chemin ?

Des agents du SWAT descendirent du jet en encadrant un homme menotté, tout de jean vêtu, au teint brûlé par le soleil : Morris Franks, le père de l’assassin de la ministre des Finances. Le sexagénaire ressemblait à un grizzly avec ses cheveux argentés et sa barbe hirsute. Il n’était nullement impressionné par les forces déployées autour de lui. Ni même en colère.

De fait, quand nos yeux se croisèrent pour la première fois, les siens étaient totalement dépourvus d’affect, au point que j’eus l’impression d’avoir devant moi un être sans émotions, mort à l’intérieur. Ned me tapota l’épaule.

— On y va, Alex ? Le directeur nous charge de l’interroger.

Nous marchions vers le hangar lorsqu’une vibration de mon téléphone me signala la réception d’un SMS.

Il provenait d’un numéro inconnu, mais le message était clair :

Dr Cross, il faut que je vous parle. Nina Davis.

Je lui répondis que je n’étais pas disponible dans l’immédiat en raison de l’enquête sur les assassinats.

Après avoir pressé la touche d’envoi, je me dépêchai de rejoindre Ned.

 

76.

Les agents du FBI qui avaient investi la propriété de Morris Franks en Arizona nous firent un rapide briefing et nous fournirent la liste des pièces à conviction saisies sur place. Puis je suivis Ned dans un local faisant office de salle d’interrogatoire.

Le militant anarchiste n’était plus menotté mais entravé par un ceinturon et des fers aux pieds ; des chaînes reliaient le tout à un bureau métallique boulonné au sol en béton. Franks sirotait un soda Dr Pepper et fumait une cigarette sans filtre.

Mon portable vibra à nouveau dans ma poche.

Je le sortis. Il s’agissait encore d’un SMS de Nina Davis :

C’est important ! Vraiment urgent !

Désolé, je ne peux pas. Ici aussi nous avons une urgence, écrivis-je tout en soupirant. Puis je refoulai mon sentiment de culpabilité à négliger une patiente et me concentrai sur l’audition en cours. Dès que Ned eut fait les présentations, je commençai :

— Tout va bien, monsieur Franks ?

Il tira une bouffée de sa cigarette, recracha la fumée, but une gorgée et rota bruyamment.

— J’ai connu pire, j’ai connu mieux. Un truc à bouffer serait pas de refus. Oh, et vous avez intérêt à me lire mes droits si vous voulez pas avoir

l’ACLU aux fesses. Et il me faut un avocat fissa. 1

— Vous n’êtes donc pas au courant, mon vieux ? intervint Ned. La loi martiale a été instaurée. Les droits dont jouissent les suspects, tels que l’habeas corpus et la présence d’un avocat, sont tous suspendus, comme les autres garanties d’un pays libre.

Franks cilla et me regarda, désarçonné.

— Ironique, pas vrai ? renchéris-je avec un hochement de tête.

— Comment ça ?

— La tyrannie et l’oppression gouvernementale que vous avez toujours prédites se réalisent, et vous savez quoi ? Vous en êtes l’une des premières victimes.

Hormis un léger tic à la commissure des lèvres, il ne manifesta aucune réaction.

— Qu’est-ce que je fiche ici ? maugréa-t-il. Personne me dit rien.

Ned poussa une photographie vers lui.

— Voici Abigail Bowman, ministre des Finances. Ou plutôt son cadavre, par terre sous la pluie.

L’anarchiste étudia le cliché, haussa les épaules.

— Ah ouais ? Et en quoi ça me concerne ?

— C’est votre fils, Martin, qui l’a assassinée. Abattue froidement.

Il nous dévisagea à tour de rôle avant de protester :

— C’est un ramassis de conneries !

— Pas du tout, dis-je en lui présentant une autre photographie. Il a tué Bowman et deux gardes du corps, et en a blessé un autre qui a tout de même eu le temps de le toucher d’une balle. Une jeune policière lui a tiré dessus en légitime défense alors qu’il cherchait à s’enfuir de Manhattan.

Franks contempla l’image de son fils gisant sur un trottoir détrempé. Sa lèvre inférieure fut parcourue d’un tremblement, puis il fit une moue écœurée.

— Il vous fallait un bouc émissaire et vous avez choisi mon gamin, lâcha-t-il d’une voix suintant le mépris.

— Votre gamin était un tueur à gages, insista Ned. On a retrouvé sur lui un badge et un insigne d’agent du ministère des Finances, tous les deux faux.

— Des preuves fabriquées par vous, les flics.

— Nous n’avons pas eu besoin de nous donner cette peine.

Je tentai une approche différente.

— Parlez-nous de Martin. Où vivait-il ?

— Pas de commentaire. Et virez cette photo. Je veux pas la voir.

La laissant où elle était, je poursuivis :

— Votre fils est mort, monsieur Franks. Je vous conseille vivement de répondre à nos questions, sinon nous allons croire que vous étiez son complice.

— Je sais rien de rien. J’ai eu aucun contact avec Martin depuis… ça doit bien faire deux ans.

— Pas une seule visite ?

— Nada.

— Tiens, c’est curieux, fit Ned. D’après le rapport de perquisition, votre maison est équipée de panneaux solaires dernier cri, d’appareils électroménagers flambant neufs et d’une antenne parabolique. On y a aussi découvert des liasses de billets.

— Et alors ? Je fais pas confiance aux banques, j’ai touché un héritage et un gars qui me devait du fric m’a remboursé.

Je poussai un soupir de lassitude.

— L’argent était dans des enveloppes avec des adresses d’expéditeur fictives, et trois d’entre elles contenaient des lettres signées de la main de votre fils. Dans l’une d’elles, il promet que vous vous reverrez bientôt.

— Une phrase toute faite, me rétorqua Franks. Le liquide, c’était juste pour dépanner son vieux. À part ça, comme j’ai dit, il donnait pas de nouvelles.

— D’où lui venaient ces fonds ?

— Aucune idée. Mais à sa dernière visite, après son départ des Marines il y a deux ans, il m’a raconté qu’il allait bosser dans la sécurité à l’étranger. Paraît que ça paye bien de nos jours.

— Vous avez déclaré ces sommes au fisc ? demanda Ned.

— À votre avis ? ricana Franks en sortant une nouvelle cigarette.

Je la lui allumai, le laissai prendre plusieurs bouffées.

— Martin était-il politisé ?

Il eut un reniflement de dédain.

— Oh que non ! Je vous jure que je l’ai jamais entendu exprimer une opinion politique, sauf quand je le provoquais. Et encore, il changeait vite de sujet.

— De quoi vous parlait-il ? s’enquit Ned.

— De tout et de rien. Par exemple de ses missions, quand il était dans l’armée. Il aimait causer de ça.

Une affirmation contredite par mon expérience, à savoir que les anciens combattants évoquent rarement leurs faits d’armes. D’un autre côté, Martin avait été révoqué discrètement à cause de tendances psychopathes décelées par ses supérieurs.

Mon portable me signala l’arrivée d’un nouveau SMS. Je me mordillai les lèvres, embêté car il devait s’agir encore une fois de Nina Davis. Je sortis néanmoins mon téléphone et constatai que c’était un message de Bree :