Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)

James Patterson · Chapitre 35 sur 101

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Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)

Chapitre 37

 

Je quittai mon bureau au crépuscule, l’esprit encore focalisé sur Nina Davis.

J’avais connu peu de femmes à la beauté aussi ravageuse. Elle exsudait la sensualité et chacun de ses gestes était une invitation à transgresser l’interdit. En outre, c’était une prédatrice par essence. Elle traquait ses proies sexuelles.

D’ailleurs, qu’en est-il du Docteur Winters ? Elle a sous-entendu l’avoir déjà pris dans ses filets. Mais qu’a-t-elle raconté d’autre sur lui ? Qu’il s’adonne aux pratiques SM, selon la rumeur ? Ne devrait-elle pas le savoir par expérience personnelle ?

Je gravis l’escalier, les narines chatouillées par les arômes de la dernière prouesse culinaire de Nana Mama qui embaumaient toute la maison, sans parvenir à calmer une appréhension grandissante. Nina Davis me rendait nerveux. Pourtant, j’étais le thérapeute. J’étais censé me distancier de mes patients, de sorte à pouvoir observer objectivement leur vie intérieure.

Or depuis son départ, près de quatre heures auparavant, je ne cessais de penser à Nina, l’imaginant me tendre une embuscade, m’acculer jusqu’à ce que je prenne une décision.

C’est à l’homme de jouer le dernier coup dans son petit jeu. Elle a bien dit ça ?

Je me sentais coupable rien qu’à considérer cette possibilité. Non seulement j’étais marié et heureux en ménage, mais ma profession m’interdisait toute implication émotionnelle.

Sauf que sommeillaient en moi des pulsions charnelles, et Nina était… comment l’avait-elle formulé ? Totalement libre…

De l’autre côté de la porte du sous-sol, le bruit d’une spatule cognant contre une casserole me ramena dans un sursaut à la réalité. Je pénétrai dans la cuisine et poussai un soupir de soulagement devant la vision rassurante de Nana Mama à ses fourneaux.

— Quelle délicieuse odeur ! m’exclamai-je.

— Je prépare vite fait un ragoût d’agneau, annonça-t-elle.

— À quelle heure dîne-t-on ?

Elle jeta un coup d’œil à la pendule murale.

— Dans quarante minutes ?

— Je vais aller marcher un peu, dis-je. Pour m’éclaircir les idées.

— Ne va pas te casser une jambe !

Hilare, je lui plantai un baiser sur la joue.

— Je ferai attention, promis.

J’attrapai un manteau, un bonnet et des gants. Je finissais de m’emmitoufler quand Bree s’engouffra dans le vestibule, l’air complètement groggy.

— Tu vas faire une balade ? demanda-t-elle. J’en ai bien besoin.

Après l’avoir prise dans mes bras et embrassée, je répondis :

— Alors accompagne-moi, mon amour.

Avec un soupir d’aise, elle se blottit un moment contre ma poitrine, puis nous sortîmes dans l’air glacial, nous dirigeant vers Pennsylvania Avenue. Au cours de notre promenade, elle me parla de sa frustration de ne parvenir à aucune avancée dans le meurtre de Betsy Walker, surtout que Michaels l’appelait deux fois par jour pour s’informer de ses progrès.

— Je ne sais pas ce que cache cette pression qu’il me met !

— Possible qu’il brigue un poste plus important, ou qu’il ait des ambitions politiques.

Bree médita sur ma suggestion.

— Donc, il lui faut un coup d’éclat, et il compte sur moi pour lui en donner l’opportunité ?

— Je me trompe peut-être. C’est seulement une interprétation.

Elle se frotta les tempes, puis stoppa net et m’étreignit avec force.

— Allons ! dis-je en lui tapotant le dos.

— J’ai juste envie d’un câlin, c’est tout.

— Je t’aime. Et tu peux avoir autant de câlins que tu veux.

— Merci, mon cœur, chuchota-t-elle. Moi aussi je t’aime.

Quelqu’un cria derrière nous :

— Hé, vous deux, trouvez-vous une chambre !

Nous nous retournâmes, surpris. C’était John Sampson, qui se hâtait pour nous rattraper. Cela faisait un bout de temps que je n’avais pas vu mon ami de jeunesse et ancien coéquipier au MPD.

— Quand êtes-vous rentrés de vacances ? lui demandai-je en lui serrant chaleureusement la main.

— Il y a quatre heures.

— C’était chouette, ce voyage ? s’enquit Bree.

— Le meilleur de tous ! Je pensais reprendre le boulot demain matin, après une bonne nuit de sommeil, mais je m’y remets plus tôt que prévu, malheureusement.

Comme ma femme, je haussai un sourcil perplexe.

— Je viens de recevoir un appel d’un pote de la police d’État de Virginie, s’expliqua-t-il. Une de nos relations communes, le sergent Nick Moon…

— Je le connais ! l’interrompit Bree.

— Moi aussi, dis-je. Il est intervenant extérieur à Quantico pour les techniques de soumission dans les arts martiaux.

— C’est bien lui, confirma John. Un chic type. Et il est mort.

— Quoi ?! s’exclama ma femme. Comment ? En service ?

— En tout cas, il était en uniforme. Un couple d’ados l’a découvert gisant près de sa voiture de patrouille, dont le moteur tournait encore.

— On lui a tiré dessus ?

John fit non de la tête.

— Apparemment, il y a eu une violente bagarre. Il a trois doigts cassés à la main droite. Le larynx écrasé. Les phalanges de sa main gauche sont ouvertes et en sang. Son crâne présente des fractures dues à des coups de pied et il a la nuque brisée.

— Pauvre vieux ! fis-je. Et son arme ?

— Bien rangée dans son holster.

— Donc, il a été attaqué par surprise, supputa Bree. On l’a frappé sans prévenir.

— Tout de même, l’homme dont je me souviens était une machine de combat, objectai-je. Il aurait fallu un sacré guerrier pour le tuer.

— C’est exactement ce que dit mon pote. Selon lui, le meurtrier est un pro.

Songeant au sniper qui avait abattu la sénatrice Walker, puis à Kristina Varjan, la tueuse à gages hongroise repérée à l’aéroport de Washington, j’insistai :

— Un professionnel de l’assassinat ?

— Mon copain pense plutôt aux brutes des forces spéciales, mais oui c’est aussi le profil.

Bree intervint :

— Personne n’a vu l’agression ?

— Non, c’est arrivé dans un trou paumé. Mais la police d’État tient peut-être une piste.

— Raconte, le pressai-je.

— La main gauche de Moon, celle aux phalanges blessées. Il a dû cogner super dur. Il y a sur les lieux des traces d’un sang qui n’est pas le sien.

— Et vraisemblablement de l’ADN sur ses phalanges, renchérit Bree. Ça va aider.

Tout cela serait en effet utile, mais quelque chose me tordait les tripes, une sensation de plus en plus forte à mesure que j’additionnais l’expertise de l’assassin de la sénatrice, l’inquiétude manifestée par la CIA au sujet de Kristina Varjan, et le fait qu’un policier, pourtant maître en self-défense, avait été découvert près de sa voiture de fonction battu à mort dans un style qui portait la marque d’un professionnel.

— Alex ? dit ma femme. Qu’est-ce qu’il y a ? Tu as une idée ?

Je passai la langue sur mes lèvres sèches avant de les regarder fixement, John et elle.

— Je trouve très étrange cette soudaine présence dans la région de deux, voire trois tueurs pros, et j’ai comme un pressentiment qu’ils sont tous ici pour une raison précise en plus des meurtres de la sénatrice Walker et du sergent Moon.