Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)

James Patterson · Chapitre 55 sur 101

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Cible : Alex Cross (Thrillers) (French Edition)

Chapitre 58

— Où ça en est ? demandai-je à Nana Mama.

— La police du Capitole a ordonné aux représentants et aux sénateurs de rester dans leurs cabinets le temps que des chiens renifleurs inspectent tous les bâtiments fédéraux.

À la télévision, Blitzer faisait diffuser un direct de la Maison Blanche, où les médias en effervescence bombardaient de questions Dolores St. Mary, la porte-parole, clairement émue et déstabilisée.

— Quel est l’état de santé du Président ? cria un journaliste.

— Qui est aux commandes, Dolores ? hurla un autre.

— Oui, qui dirige le pays ? exigea de savoir un troisième.

 

58.

 

La porte-parole de la Maison Blanche leva les mains. « S’il vous plaît, nous allons répondre de notre mieux aux questions, mais les événements d’aujourd’hui sont sans précédent et la situation évolue vite. Nous n’avons pas encore de pronostic médical concernant le Président, toutefois il est en vie, de même que le ministre de la Défense. Aussi, nous attendons et prions comme tout le monde. »

Elle prit une profonde inspiration. « Je vais à présent laisser la parole au ministre de la Justice, Samuel Larkin, au chef d’état-major des armées, le général Alan Hayes, et au directeur du FBI, Derek Sanford. »

Les trois hommes semblaient sortir d’une fusillade quand ils montèrent sur l’estrade. Larkin s’approcha le premier du pupitre.

Ce quinquagénaire d’une stature imposante n’était pas étranger à la controverse, ni au conflit. Sa réputation de carriériste et d’arriviste datait de l’époque où il était procureur général à Manhattan, on l’accusait souvent alors de se mettre sous les feux des projecteurs. C’était la défunte présidente, Catherine Grant, qui l’avait placé à son poste actuel, et il avait dû survivre à une nomination critiquée en faisant ses preuves.

Or, depuis qu’il était ministre, sa cote de popularité connaissait une hausse remarquable, à tel point que James Hobbs l’avait gardé dans son gouvernement après avoir prêté serment devant la nation.

Ce jour-là, Larkin était extrêmement sombre en chaussant ses lunettes pour parcourir rapidement les notes de son allocution ; puis il regarda droit dans les caméras.

« Ce matin, le Président James B. Hobbs a reçu une balle tirée par un assaillant non identifié. Immédiatement après lui, c’est le ministre de la Défense, Harold Murphy, qui a été grièvement blessé. Quelques secondes avant ces deux attentats, la ministre des Finances, Abigail Bowman, a été abattue de sang-froid à New York. »

Il marqua une pause, baissa les yeux comme s’il n’arrivait toujours pas à croire à ce qu’il était sur le point de dire, puis releva le menton et déclara sur un ton impérieux : « En vertu des e xx et e xxv amendements de la Constitution des États-Unis et conformément à la loi de succession de 1947, en cas d’incapacité du Président et de vacance de la vice-présidence, la fonction est provisoirement exercée par le président de la Chambre des représentants ; si celui-ci est empêché à son tour, par le président pro tempore du Sénat, et en cas de vacance, par le ministre des Affaires étrangères. En cas d’incapacité du précédent, c’est le ministre des Finances qui est investi. Enfin, en cas d’empêchement de ce dernier, le ministre de la Défense devient Président. »

Larkin déglutit puis serra les mâchoires. « J’ai malheureusement la très triste tâche d’informer la nation qu’Arthur Jones, sénateur de la Virginie-Occidentale et président pro tempore du Sénat, est décédé d’une crise cardiaque à l’hôpital George Washington tôt ce matin. »

Il leva les mains et aboya : « Laissez-moi continuer ! »

L’assistance se calma aussitôt.

Larkin reprit : « Je suis également au regret d’informer la nation que, il y a environ une heure, dans un lodge de chasse au Texas, le président de la Chambre des représentants, Matthew Guilford, et le ministre des Affaires étrangères, Aaron Deeds, ont été assassinés simultanément par des snipers. Nous venons juste de l’apprendre. »

Des hoquets de stupeur s’élevèrent parmi les reporters, sous le choc.

— C’est un putsch ! m’écriai-je, abasourdi et horrifié. Une tentative de coup d’État contre le gouvernement des…

« Qu’est-ce que cela signifie ? cria un reporter. Qui va exercer les fonctions présidentielles ? »

Le ministre de la Justice répondit : « Selon l’ordre de succession, le ministre de la Défense étant dans l’incapacité de le faire, c’est moi. »

D’autres clameurs s’élevèrent : « Vous assumez donc la charge de Président ?

— Oui, confirma Larkin. Je n’ai pas voulu ce rôle, mais nous sommes attaqués. Ne vous y trompez pas, ce n’est pas seulement notre nation, mais notre Constitution et notre mode de vie qui sont en péril. Raison pour laquelle je vais prêter serment, et en tant que Président par intérim je travaillerai en collaboration étroite avec le général Hayes et le directeur du FBI, monsieur Sanford, à la meilleure défense de notre pays. »

Avant que les reporters ne puissent hurler d’autres questions, Larkin conclut : « À cette fin, dès mon investiture aujourd’hui, je donnerai toute autorité au FBI en la personne de M. Sanford pour mettre en œuvre le plan d’urgence en cas d’assassinat politique, ainsi que pour mener l’enquête sur ces attentats coordonnés contre notre démocratie et découvrir qui a ourdi un tel complot. Je signerai par ailleurs l’ordre instaurant la loi martiale aux États-Unis durant les cent prochaines heures. »

— Quoi ?! m’écriai-je. Nom de… est-ce que c’est déjà arrivé ?

— Non, absolument jamais, affirma Nana Mama.

Larkin ignora les reporters déchaînés et quitta la salle de conférence de presse.

Le chef d’état-major des armées, le général Hayes, s’approcha du micro : « Toute traversée de l’espace aérien des États-Unis sera suspendue pour la durée de la loi martiale. Les avions ayant décollé de New York, de Washington et du Texas ont reçu l’ordre d’atterrir et resteront consignés au sol. Les autres sont autorisés à poursuivre leur vol jusqu’à destination. Tout le système de transports publics sera interrompu. Déplacez-vous en voiture si nécessaire, mais sachez que tout véhicule, en particulier dans la capitale et à sa périphérie, sera susceptible d’être fouillé. Nous allons trouver les coupables de ces assassinats, et nous les… »