L’organisation
Chapitre 10
Golfe de Guinée. Mars 2023
Mac vient de raccrocher le téléphone satellite qui le relie à la Smart Room. Il garde le silence, malgré les regards interrogateurs de Bash et de son collègue. Le capitaine écossais semble dubitatif. Bash ne tient plus :
— Bon, tu vas nous dire ce qui se passe ?
Mac a l’air ailleurs. Le regard fixe. Mais il finit par répondre :
— Big Mama a subi une panne des systèmes. Tout vient de rentrer dans l’ordre. On se remet au travail comme si de rien n’était.
— Quoi ? Une panne ?
— C’est ce qu’ils ont dit.
— Comme ça, sans plus d’explications ? Tu déconnes ?
— Non. Et tu en sais autant que moi.
— Panne, mon cul ! Comment tu expliques ces données incohérentes remontées avec des phases séquentielles, et qui passent d’un groupe de puits à un autre, trois par trois, comme à la parade ?
— Je ne me l’explique pas. En tout cas, c’est terminé. Tu peux passer la main à l’équipe de jour.
Les deux hommes sortent de la CCR rapidement. En quelques pas, ils ont traversé la coursive jusqu’à la lourde porte donnant sur la passerelle bâbord. Au pas de course. Pour aller chercher de la lumière. De l’air frais. Le soleil est déjà haut sur l’horizon, et le faible vent du large atténue à peine la chaleur qui commence à monter et qui se combine à la moiteur lourde générée par les machines qui ne s’arrêtent jamais. Le capitaine en second tend son paquet de Marlboro à son collègue puis lui propose un briquet pour allumer sa cigarette.
— Ton avis ? Franchement.
— C’est tout sauf une panne. Big Mama nous prend pour des lapins de six semaines. L’ingénieur-contrôle qui panique, ils sont dans le brouillard pendant des heures, et après tout s’arrange. D’un coup. Je n’y crois pas une seconde.
— Oui, je suis d’accord. Tu dirais quoi ?
— Une attaque informatique. Un hacker. Je pense qu’à Paris, ils ont dû passer une très mauvaise nuit. Et ce n’est pas fini, à mon avis.
— Tu crois que ça continue et qu’ils nous le cachent ?
— Non, sinon on ne nous aurait pas dit d’aller voir ailleurs. Mais je pense qu’on va droit vers des nuits compliquées. Imagine qu’un hacker
arrive à prendre le contrôle des quicklatch1 des têtes de puits. Et qu’il les déconnecte ? Tu imagines la marée noire ? Trente-neuf tuyaux qui pissent du pétrole à gros débit.
— Tu penses que c’est possible ?
— C’est géré par des systèmes informatiques. Alors oui, c’est possible. Probable, même. Et si un pirate s’attaque au geopositioning du FPSO ? S’il nous fait dériver ? S’il déconnecte les ancres ? On arrache tous les risers et on se retrouve au milieu d’un gros bordel.
— Tu es rassurant…
— Je suis réaliste. Et je crois que toi et moi, on n’a pas fini de fumer des clopes sur cette putain de coursive en croisant les doigts pour que ce gros bordel n’arrive jamais.
OceanofPDF.com