L’organisation

Laurent Combalbert · Chapitre 72 sur 88

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L’organisation

Chapitre 73

 

 

Océan Indien. 8 octobre 2023

 

Les roues du jet viennent de toucher le tarmac quand Lara se réveille. À l’intérieur de l’avion, les passagers se lèvent lentement, et la porte s’ouvre. Chacun sort à son rythme. Il y a là une dizaine de personnes, en plus de Julie, de Sofiane et d’Elia.

À peine a-t-elle passé la porte que la jeune femme est frappée par le soleil et la chaleur. Elle jette un œil à sa montre : sept heures du matin. Mais le soleil est déjà haut, Lara en déduit qu’ils ont voyagé vers l’est. Une dizaine d’heures de vol. En tournant sur elle-même, elle sait exactement où elle est. L’avion est stationné loin du terminal principal mais elle n’a pas besoin de lire le nom de l’aéroport pour savoir. Le relief. L’odeur. Elle est à Maurice.

 

À une vingtaine de mètres de l’avion, six voitures patientent. Des SUV noirs, aux vitres teintées. Des voitures de VIP. Et c’est d’ailleurs ce à quoi ressemblent les autres passagers du jet que Lara n’avait jamais vus auparavant. Elia s’approche d’elle.

— Ça va, Lara ? Pas trop fatiguée ?

— Non, ça va. Je suis juste inquiète pour mon père.

— Je comprends, moi aussi je suis morte d’inquiétude. Mais pour le moment nous devons faire profil bas et surtout ne passer aucun appel.

Sofiane, qui a entendu l’échange, arrive à la hauteur de Lara et Elia.

— Elia a raison, Lara. Nous sommes ici en sécurité. Mais il faut surtout que personne ne sache où nous sommes. Ne t’inquiète pas, nous allons sortir ton père de ce mauvais pas.

La jeune fille lâche, en s’éloignant :

— Mon père a toujours su se sortir des mauvais pas. C’est sa spécialité.

Sofiane et Elia se regardent. Elle a du caractère, la petite. La même force que Stan dans le regard. Julie les rejoint. Sofiane indique à voix basse :

— Astana a confirmé le succès du protocole Vanessa. On ne connaît pas encore l’ampleur des dégâts, mais le FPSO d’Oct’Oil est à l’arrêt. D’autres navires ont peut-être aussi été touchés dans la zone. Ça fonctionne. Nous pouvons préparer la suite. Si nous lançons la poursuite de l’attaque d’ici à deux jours, dans trois semaines, au plus tard, il n’y aura plus une goutte d’essence en Europe. J’ai eu aussi eu les confirmations d’Adams et Oulianoff : le président américain va annoncer sous peu le blocage de tous les stocks de carburant pour l’export. Idem pour les Russes.

Elia demande, toujours à voix basse :

— Tu as eu des infos sur Stan ?

— Non, rien. La DGSI l’a perdu. C’était une erreur de le voir une dernière fois, Elia. On lui a donné un peu d’avance en l’envoyant chez toi, et il est malin. Son téléphone ne borne plus. Je pense qu’il a trouvé refuge chez des proches.

— Moïse, confirme Elia. Tu peux être sûr qu’il est avec lui.

— Le Mossad ne collaborera pas avec la DGSI. Mais Stan va devoir rester terré, il ne pourra plus se bouger.

Elia sourit, longuement, avant de compléter :

— On dirait que tu ne connais pas Stan. Rien ne l’arrêtera.

— C’est un problème. Il peut être dangereux.

— Je sais, soupire tristement Elia.

— Tu sais ce que ça veut dire ?

Elia ne répond pas. Sofiane insiste :

— Elia, tu sais ce que ça veut dire ?

— Oui. Je ne veux pas savoir ce qui va se passer.

— Ok, lâche froidement Sofiane avant de s’éloigner.

Julie et Elia restent seules.

— Comment vas-tu ? demande la femme de Sofiane.

— Mal dormi.

— Tu penses à Stan ?

— Oui. Je ne peux m’empêcher de penser qu’il aurait dû être avec nous.

— Tu as essayé, Teresa a essayé, il n’a pas voulu nous suivre.

— Je comptais tellement sur lui.

— Je sais. Moi aussi, je suis triste qu’il ne soit pas avec nous. C’est comme ça, ce n’est pas ta faute. Allez viens, on va aller mettre les bagages dans les 4 x 4.

 

Elia vient d’arriver sur le complexe de villas où elle et Lara vont passer quelque temps. Elle sort un téléphone satellite de son sac, et met l’appareil sous tension. En attendant que la connexion soit faite, Elia regarde par la fenêtre. Malgré la température chaude de l’été dans l’hémisphère Sud, Elia est gelée. La chaleur de Stan lui manque. Lui le feu et elle la glace. Peut-être ne l’aimait-il pas suffisamment pour la suivre… Pas autant qu’il lui laissait croire. Les larmes montent, mais elle doit les retenir. La dernière phrase de Sofiane au sujet de Stan était un arrêt de mort. Comment ont-ils pu en arriver là ? Le bip de la connexion satellite l’arrache à sa tristesse. Elia compose un numéro sur le terminal. Quelques sonneries, puis une voix :

— Oui.

— C’est moi. Comment vas-tu ?

— Je vais bien. Et toi ?

— Ça va.

Les échanges sont courts. Elia continue :

— Astana va bien ? Tu es avec elle ?

— Oui. Elle est à côté de moi. Tu veux lui parler ?

— Non. Tu la féliciteras pour moi. Vous avez cartonné, avec ton protocole, Noé.

— Maman, s’il te plaît. Appelle-moi Matthias, tu sais que je n’aime pas quand tu m’appelles Noé.

Elia sourit. Son fils est aussi fort que tout le monde le dit.

— Ton protocole Vanessa va mettre Oct’Oil à genoux. Jusqu’à la mort. Ta grand-mère serait fière que tu ais donné son prénom à ton programme.

— J’aime bien l’idée qu’elle revienne comme ça, d’entre les morts.

— Tu lui as redonné vie, Noé. Et ce n’est qu’un début. Astana et toi êtes prêts pour la phase suivante ?

— Oui. Dès que le Duc nous donnera le feu vert.

 

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