L’organisation

Laurent Combalbert · Chapitre 13 sur 88

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L’organisation

Chapitre 14

 

 

Paris, rue Saint-Guillaume. Septembre 2023

 

Lara est bien la fille de son père. Stan serait fier d’elle : il ne lui a pas fallu plus de trois minutes pour savoir qui, dans son groupe d’élèves, était digne de confiance et qui pipeautait tout le monde. À commencer par Antoine, trop imbu de lui-même pour être honnête. Trop bien habillé, aussi. On est à Sciences Po, c’est vrai, mais il a déjà la tenue du jeune politicien aux dents longues. Et le discours du même acabit : ampoulé, abscons, il parle pour ne rien dire en faisant croire qu’il comprend tout mieux que les autres. Sarah-Lou, elle, a la franchise accrochée aux lèvres. Cela se voit, s’entend. Elle est directe. Et n’a pas manqué de remettre à sa place Antoine. Ni Paul, d’ailleurs, qui la drague sans vergogne… après avoir fait les yeux doux à Lara, sans plus de succès. Il reste Mia, qui ne parle pas beaucoup. Certainement parce qu’elle est allemande, et que son français n’est pas parfait. Un groupe éclectique, qui va devoir se mettre en ordre de bataille pour répondre au sujet qui leur a été proposé par leur professeur de sciences politiques : « Existe-t-il une cause politique qui puisse justifier, à vos yeux, le recours à la violence ? »

Le débat s’est installé depuis de longues minutes. Antoine est partisan de l’ordre, ce qui implique pour lui que seul l’État peut avoir recours à la violence légitime. À l’inverse, Sarah-Lou et Mia affirment que c’est souvent face aux États totalitaires ou en voie de l’être que la violence peut se légitimer.

Antoine s’accroche :

— Arrêtez de penser que tous les États sont totalitaires, les filles. Il faut bien qu’il y ait des lois, et des forces de l’ordre pour les faire respecter !

Lara riposte :

— Et toi arrête de penser que c’est parce que tu fais partie des forces de l’ordre ou que tu agis au nom d’un pouvoir soi-disant démocratique que tu peux faire usage de la répression dès que quelqu’un s’oppose à tes idées !

Paul observe, amusé. Ou perdu.

Lara voit bien dans leurs discours qu’aucun d’entre eux n’a eu à affronter cette question dans la réalité. Lara, elle, a dû le faire. Il y a un peu plus d’un an. Elle a rencontré des militants, prêts à tuer pour des idées, pour une cause. Les EcoWarriors. L’écologie violente pour sauver la planète. Ou se sauver eux-mêmes. Elle n’en garde pas un bon souvenir. Même si elle était prête à partager leurs idées, leur engagement quasi fanatique a failli lui coûter la vie. Et celle de son père.

Sarah-Lou s’approche de Lara, qui semble ailleurs.

— Je crois que je t’ai déjà vue, en fait.

— Ah bon ? répond Lara.

— Oui. Tu n’étais pas sur les manifestations pour le climat en Italie, l’an dernier ?

Lara marque un temps d’arrêt. Stupéfaite. S’il y a des souvenirs qu’elle a voulu effacer de sa mémoire, les manifestations italiennes en font partie. Mais il faut croire que cette étape de sa vie ne souhaite pas se faire oublier. Sarah-Lou perçoit le malaise.

— T’inquiète, cela reste entre toi et moi. Je me suis fait arrêter, moi aussi. Mais c’était magique, non ?

Lara esquisse un sourire, discret, pour ne pas attirer l’attention des autres membres du groupe. Oui, elle a eu la trouille de sa vie. Mais c’était magique.

 

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