L’organisation

Laurent Combalbert · Chapitre 32 sur 88

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L’organisation

Chapitre 33

 

Tallinn. Octobre 2023

 

Voilà maintenant des jours qu’Astana s’affaire. Plus de nouvelles de ce porc de Vlakan, si ce n’est un entrefilet dans le journal de Tallinn. Dealer de MDMA. Le Duc fait bien les choses… Ici, rue Heina, l’organisation se met en place. Un ou deux camions par jour, livrent les œuvres d’art qui rempliront cette immense salle, autrefois un des temples de la spéculation et de l’argent creux. Du moins c’est ce que les voisins doivent croire.

Astana est éreintée. Elle commence à sentir la fatigue se diffuser le long de son dos. Elle n’a pas eu à décharger les dizaines de caisses qui sont arrivées depuis qu’elle a pris possession des lieux. Mais les contorsions qu’elle a dû faire pour rétablir les réseaux Internet et Intranet de la salle et de l’immeuble ont eu raison de ses muscles et vertèbres. Depuis qu’elle a terminé ses études d’ingénieur réseaux à l’université de Budapest, c’est la première fois qu’elle voit autant de câbles et de serveurs dans une même pièce. Heureusement, Bogdan est arrivé d’Ukraine pour lui prêter main-forte.

— Astana, tu fais encore une pause ? plaisante Bogdan.

— Va te faire foutre, répond la jeune femme en faisant un geste de la main qui ne laisse aucun doute à son collègue, qui éclate de rire.

— Toujours aussi aimable, je vois.

Astana sourit. Bogdan sait qu’elle n’est pas sérieuse. Ils ont passé leur spécialisation de cryptologie ensemble. Ils se connaissent presque par cœur. L’homme poursuit :

— On va se boire une bière ?

Lui aussi est rincé. Il est à Tallinn depuis deux jours, mais il a l’impression d’être arrivé il y a un mois. Les caisses en bois s’entassent, et les vider n’est pas une mince affaire. Toutes contiennent du matériel informatique emballé comme s’il s’agissait de pièces d’orfèvrerie. Des serveurs, des calculateurs, des systèmes de refroidissement, des terminaux. Sans parler des trois immenses frigos qu’Astana et lui ont eu un mal fou à déballer. Bogdan s’arrête devant le seul qu’ils ont branché, et qui fait un bruit incessant.

— C’est dommage d’avoir un frigo vide, non ? On pourrait le remplir de bières, ça nous éviterait de devoir sortir ?

— Je t’ai dit que je voulais qu’on aille au contact des voisins. S’ils se posent des questions – et tu peux être sûr qu’ils s’en posent en voyant les livraisons qui s’enchaînent –, on peut répondre à leurs interrogations et éviter qu’ils n’imaginent n’importe quoi.

— C’est pour cela que je mange du poisson tous les jours, je te rappelle. Si au moins il y avait un kebab à côté d’ici. Mais non, que des restos pour touristes qui veulent manger du poisson.

Astana tape sur le ventre de Bogdan.

— Au moins, c’est bon pour ta ligne. Et dans quelques jours, nous serons une vingtaine dans cette salle. À ce moment-là, on aura rempli les frigos de canettes et de bouffe. Tu pourras te faire autant de kebabs que tu veux…

— J’en rêve ! Vivement que le reste de la bande débarque. C’est qui, d’ailleurs, je les connais ?

— Non, tu n’en connais aucun. Nous les sélectionnons depuis des mois, ils viennent de toute l’Europe.

— Donne-moi au moins leurs profils !

— Comme nous. Ingénieurs, crypto, programmeurs, développeurs.

Bogdan sourit, tout en remontant les manches de sa chemise épaisse. Quelques tatouages sur ses avant-bras rappellent une jeunesse tumultueuse. Il aurait pu être mannequin, avec sa gueule de beau gosse slave et ses cheveux blonds. Il a préféré les maths et l’informatique. Meilleur choix sur le long terme.

 

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