L’organisation

Laurent Combalbert · Chapitre 76 sur 88

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L’organisation

Chapitre 77

 

Région parisienne. 8 octobre 2023

 

Les gouttes de sang s’écrasent mollement sur le tapis de sol de la voiture. Épaisses, sombres, comme de l’encre qui sort d’une plume quand on presse sur la cartouche. La blessure est profonde. Moïse s’inquiète.

— Ça va ? Tu veux qu’on aille à l’hosto ?

— Roule. Regarde autour de nous, c’est un bordel monstre, on ne va pas aller aux urgences, et je te rappelle que je suis recherché par la police. Ça va aller, la balle a traversé le muscle. Quelques strips et c’est bon.

Tout en parlant, Stan compresse la plaie, pour essayer de poser les bandes autocollantes malgré les mouvements de la voiture. Sur la banquette arrière, Nathalie n’a pas prononcé un mot depuis qu’ils ont quitté Aubervilliers. Elle vient de tuer deux hommes. Il faut un peu de temps pour revenir à la normale. Si tant est qu’il y ait une normale, aujourd’hui.

Moïse roule vite. Il est agacé, tout chez lui l’indique. Il conduit nerveusement, il respire fort. Et surtout il ne parle pas. Ce qui est un signe particulièrement marquant chez l’Israélien. Stan perce l’abcès :

— Je croyais que les juifs ne se dénonçaient pas entre eux.

Moïse tourne la tête, sans ralentir.

— Ceux-là n’étaient pas du Mossad.

— Qu’est-ce qui te faire dire ça ?

— Leurs flingues : ils ont des numéros de série. Tu ne trouveras jamais un numéro sur les armes des tueurs du Mossad. Et leurs téléphones.

— Tu as les a récupérés ?

— Oui. Ils ne sont pas sécurisés comme ceux qu’on utilise au service. J’ai pu les déverrouiller sans problème.

Stan reste dubitatif. Les dernières heures lui ont rappelé qu’il fallait se méfier de tout le monde, et surtout de ces interprétations. L’Israélien sort un portable de sa poche, et le tend à Stan. Celui-ci s’en saisit ; l’appareil est déverrouillé sur la page d’accueil.

Stan fouille dans l’appareil, ouvre les applications. Moïse sourit et lâche :

— Regarde les photos.

Stan s’exécute. L’appli se lance, et apparaissent alors des photos d’une jeune femme, visiblement prises à Paris. La jeune femme que le négociateur a tuée. Moïse continue :

— Il y a des photos personnelles. Beaucoup. Aucun agent du Mossad ne travaille avec un téléphone plein de photos personnelles. C’est contre toutes les règles du service, et c’est même dangereux. Cette femme n’est pas un agent.

— Et l’autre téléphone ?

— Celui du gars ne contient pas de photos, mais son WhatsApp est rempli de messages, avec des noms et des numéros en clair. Ça non plus, ce n’est pas Mossad. Ils se sont montrés déterminés, mais ce ne sont pas des pros. Et si cela avait été des agents du service, nous serions morts tous les trois. Eh oui, moi aussi, siffle Moïse en réponse à la remarque précédente de son boss.

Tout en parlant, l’Israélien tend l’autre téléphone à Stan.

— Regarde le dernier message WhatsApp.

Le négociateur appuie sur l’icône verte de l’appli de messagerie, et la ligne du haut de la rubrique « Discussions » indique l’adresse de la rue Heurtault.

— Pour confirmer ce que je dis, aucun agent n’aurait gardé ces messages. Il les aurait effacés tout de suite, conclut l’Israélien.

Stan ouvre la discussion, et la ligne qui précède celle qui indique l’adresse de la maison dans laquelle étaient réfugiés les deux hommes et Nathalie est explicite : « Faites le ménage. » Alors que le négociateur s’apprête à regarder les autres fils de messages, le téléphone vibre et une phrase apparaît : « Le Duc veut savoir si c’est fait. »

— Tiens, on dirait que le Duc s’inquiète de notre sort.

Moïse tourne la tête, pour voir de ses yeux le message de celui qui semble avoir tout organisé. Stan répond, laconique : « C’est fait. » Puis lâche :

— Et voilà, mon ami. Tu viens de mourir. Comme moi.

Il aurait bien aimé sourire pour marquer encore plus l’effet de sa dernière phrase, mais la douleur est plus forte que son sens de l’humour. Moïse perçoit la grimace de son patron.

— Tu es sûr que tu ne veux pas voir un médecin ?

— Non, ça va aller. J’ai ce qu’il faut à la campagne pour me soigner.

— Et toi, Nath, ça va aller ?

La jeune femme répond oui de la tête. On dirait qu’elle a encaissé le coup. Elle se redresse pour se rapprocher de la banquette avant.

— Stan, tu ne crois pas que c’est risqué d’aller là-bas ? C’est ta base arrière. Elia va peut-être y envoyer du monde, non ? Ou les flics ?

Le négociateur esquisse un sourire malgré tout, pour rassurer son amie.

— La police a autre chose à faire que de nous courir après. Quant à Elia, je te rappelle que Moïse et moi sommes morts. Et elle ne sait même pas que tu es avec nous. Mais tu as raison, nous allons être prudents en arrivant sur place.

Sans attendre de réponse, Stan s’enfonce dans le siège, pour essayer de dormir un peu et oublier la douleur.

 

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