L’organisation

Laurent Combalbert · Chapitre 12 sur 88

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L’organisation

Chapitre 13

 

Île Maurice, aéroport Seewoosagur-Ramgoolam. Septembre 2023.

 

Stan a quitté la fin de l’été pour retrouver la fin de l’hiver, en moins de onze heures de vol. De l’hémisphère Nord à l’hémisphère Sud. De Paris à Maurice. Mais de l’autre côté de la planète, en plein océan Indien, l’hiver n’en est pas vraiment un.

Le négociateur n’a pas eu à passer les longues files de contrôles fastidieux réservés aux non-résidents, ni les contrôles sanitaires anti-Covid. Il ne lui a fallu que quelques minutes pour s’extraire de l’aéroport Seewoosagur-Ramgoolam. En accompagnant une délégation diplomatique, on évite pas mal de contraintes. Et le mal de dos classique de ces voyages long-courriers : un siège à cent quatre-vingts degrés dans un des avions de la République française, cela change des vols traditionnels. Quelques inspirations profondes pour laisser la chaleur lourde de l’île Maurice remplir ses poumons, et le retour à la réalité.

— Mon cher monsieur Stanislas Monville, voulez-vous monter dans mon véhicule ?

Le négociateur n’a pas besoin de se retourner pour identifier son interlocuteur. Pascal Argenton, le ministre de la Transition écologique français, a une voix particulièrement reconnaissable.

— Avec plaisir, monsieur le ministre. Arthur est-il des nôtres ?

— Bien sûr ! Je ne peux pas me passer de mon dircab, comme tout bon ministre incapable de lacer tout seul ses chaussures !

Stan aurait pu juger cette phrase sarcastique s’il n’avait pas constaté, lors du voyage en avion, l’estime que portait le ministre à son directeur de cabinet. Celui-ci apparaît brusquement, devant le capot du van noir.

— On parle de moi, j’ai les oreilles qui sifflent.

— Mon cher Arthur, tu as toujours les oreilles qui sifflent. Allez, montons, on va crever de chaud, termine le ministre.

L’officier de sécurité prend place sur le siège avant : le convoi peut faire route vers Port-Louis et l’hôtel Labourdonnais. Dans l’habitacle, un froid polaire. Pascal Argenton ne rate pas l’occasion :

— Messieurs, je crois que pour montrer notre engagement vers l’inéluctable transition énergétique, nous devrions commencer par couper cette clim infernale.

Sans attendre, l’officier de sécurité s’exécute et remonte la température de l’air climatisé de seize degrés à vingt et un. Le ministre poursuit :

— Mon cher Stanislas, je suis très touché de l’assistance que vous allez nous apporter lors de cette phase de négociation. Vous participez au rayonnement et à la grandeur de notre pays, ne l’oubliez pas.

Arthur, assis sur la banquette tournant le dos à la route, fait mine de jouer du violon avec ses bras.

— Pascal, ne perds pas ton temps en flatteries. Stan a été fonctionnaire pendant dix ans, il connaît toutes les roucoulades et les discours sucrés des hauts fonctionnaires. Il y est imperméable, et je dirais même réfractaire. Je crois que tu as cassé la gueule d’un énarque, il y a quelques années, non ?

Stan lâche un sourire, en niant :

— Je ne vois pas du tout de quoi tu parles.

Le ministre intervient immédiatement en faveur du négociateur :

— Il devait l’avoir mérité. Si je comprends bien, vous vous connaissez depuis longtemps, tous les deux ?

Arthur choisit de répondre le premier.

— Plus de dix ans. C’est Elia, l’épouse de Stanislas, qui nous a présentés. C’est une amie d’enfance. À vrai dire, elle est plus qu’une amie. Ma petite sœur, en quelque sorte. Nos pères étaient médecins dans le même hôpital. Quand les parents d’Elia sont décédés dans un accident de voiture, elle a grandi chez nous. Quand Stan l’a demandée en mariage, j’ai dû donner mon autorisation.

Stan ne peut s’empêcher de rire.

— Vous voyez, monsieur le ministre, moi non plus je ne peux rien faire sans Arthur.

— Laissez tomber les « monsieur le ministre ». Appelez-moi Pascal et je vous appelle Stanislas, c’est plus simple. D’autant que nous sommes presque incognito, ici.

— Vu le dispositif de sécurité à l’aéroport et les avions officiels posés sur le tarmac, cela va être difficile de rester incognito.

— Je m’entends : nous venons représenter la France pour une réunion sur l’accélération de la transition écologique. Mais c’est du flan. Ce n’est pas le fond de notre mission ici. Ni le fond de la mission que je vais vous confier, si vous êtes d’accord.

Argenton se penche au plus près de Stan.

— J’ai besoin de vous pour maintenir la paix sociale. Ça vous dit ?

Le rire d’Arthur vient accompagner la surprise de Stan. Le ministre poursuit :

— Depuis le début de la crise ukrainienne, le prix du pétrole flambe. Le pétrole russe sous embargo nous pénalise fortement, et si les prix à la pompe continuent à monter, nous ne pourrons pas empêcher une crise sociale majeure.

— J’habite à Paris. Autant vous dire que je vis les manifestations en direct. J’ai l’impression que la crise sociale est déjà là.

Pascal Argenton sourit. Malicieux, le ministre. Il fixe Stan dans les yeux, profondément, pour aiguiser sa curiosité. Avant de poursuivre :

— Nous avons besoin de vous pour nous aider à négocier avec les Russes la livraison de pétrole dans la plus grande discrétion. Je dirais même le plus grand secret. Avec l’aval des Américains, cela va sans dire.

— Rien que ça ?

— Voilà. C’est pour cela qu’Arthur a pensé à vous. Vous êtes de la partie ?

 

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