L’organisation
Chapitre 70
Le Bourget. 7 octobre 2023
La nuit est tombée depuis deux heures quand les trois véhicules de police entrent en trombe sur le tarmac du Bourget. Le trajet depuis le centre de Paris n’a pas été de tout repos. Entre les embouteillages qu’il a fallu forcer au gyro et les jets de projectiles des manifestants dispersés, le petit cortège a failli ne jamais arriver. Un des motards de l’escorte n’a d’ailleurs pas eu la chance de terminer sa mission, il est tombé après avoir été heurté par un véhicule. Les autres n’ont pas eu le temps de s’arrêter pour lui prêter main-forte, le risque était trop grand de ne pas pouvoir repartir. Il ne fait pas bon être policier depuis la fusillade de la Bastille.
Dans la voiture de tête, Sofiane coordonne l’exfiltration. Il vient d’envoyer son dernier message pour la soirée à Matthias et Astana. Les amants diaboliques, comme il les appelle. Il ne lui reste plus qu’à mettre en sécurité les quelques VIP qu’il faut éloigner de Paris. Parmi eux, Elia, Julie – sa femme – et Lara occupent la dernière voiture.
La jeune fille a passé le trajet à poser des questions sur ce que la presse raconte sur son père, sur ce qu’on lui reproche. Ce pour quoi la police cherche à l’interpeller. Ce qu’il risque. Elia a tenté de la rassurer mais arrivée au Bourget, Lara n’en a pas fini :
— Je ne peux pas partir sans mon père. Au moins sans avoir eu de ses nouvelles.
Julie, la femme de Sofiane, assise sur la banquette arrière à côté de la jeune fille, tente de l’apaiser :
— Lara, tu connais ton père. Il s’en sort toujours. Ne te fais pas de soucis.
— Il peut se sortir de tout, mais il n’a jamais été traqué par la police en France. Par ses anciens collègues. Alors, si, je me fais du souci. Quand j’appelle sur son téléphone, je tombe sur sa messagerie.
Elia intervient :
— Lara, si nous savons tous que ton père est innocent, il faut qu’il se mette à l’abri. Et avec ce qui s’est passé à la Bastille, je ne sais plus si nous pouvons faire confiance à la police. Il a dû couper tous ses moyens de communication pour ne pas être tracé.
Sofiane s’est approché et frappe du revers de la main à la fenêtre.
— On y va, c’est bon, confirme Elia en ouvrant la porte.
Un vent glacial s’engouffre dans la voiture. Lara s’en extrait après Julie, et se retrouve sur le tarmac de cet aéroport très particulier, réservé principalement à l’aviation d’affaires. Seuls quelques jets sont stationnés sur les pistes. À l’arrière de la voiture, deux policiers sortent des valises du coffre. Lara s’étonne.
— Vous avez eu le temps de faire de si grosses valises ? Et pourquoi vous partez avec nous ?
Sofiane entend la question, et se rapproche de la fille de Stan.
— Nous sommes dans la ligne de mire de la police, comme tous les amis de ton père. Je préfère qu’on se mette à l’abri en attendant que ça se calme.
— Mais tu es flic, toi. Tu ne peux pas leur dire que mon père n’a rien fait ?
— Je leur ai expliqué mais ils doutent aussi de moi. Ne t’inquiète pas, on va trouver une solution.
Tout en marchant dans le vent glacial qui souffle sur le tarmac, Lara voit des personnes qu’elle ne connaît pas embarquer dans un gros jet.
— Et eux, pourquoi ils partent ?
— Ce sont des amis. Ils sont inquiets de la situation. Allez, dépêche-toi ! On va rater notre créneau de décollage, insiste Sofiane.
— On va où ?
— Tu verras. Allez, embarque !
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