L’organisation

Laurent Combalbert · Chapitre 66 sur 88

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L’organisation

Chapitre 67

 

Paris. 7 octobre 2023

 

La clameur est montée d’un coup. Comme dans un concert, quand la star arrive sur scène. Les hourras des fans, qui ont tant attendu. Et tout le monde n’a pas immédiatement perçu que le bruit sourd, tout au début, était un coup de feu. Mais maintenant, les choses sont claires. Il y a des tirs en tête du cortège. Des hurlements de peur. Et la vague. Comme un tsunami qui se déplace sans que rien puisse l’arrêter.

Lara et Sarah-Lou se sont hissées sur la pointe de leurs pieds, pour voir ce qui se passait. Et la foule les a renversées. Sans qu’elles puissent rien y faire. Heureusement, Lara a réussi à se relever pour suivre le mouvement. Mais Sarah-Lou n’a pas eu cette chance. Lara a juste eu le temps de la voir se faire piétiner par les gens, fous, apeurés, enragés de survivre. Le petit groupe a explosé quand la foule a commencé à bouger.

Prise dans le mouvement, elle s’est rappelé les réflexes de survie que son père lui avait enseignés en cas de mouvement de foule : rentrer la tête dans les épaules, serrer les dents, mettre les bras en avant pour ne pas se faire écraser contre ceux qui avancent moins vite, et ne pas tomber. Surtout ne pas tomber. Autour d’elle, des hurlements. Personne ne sait ce qui se passe, mais la terreur est contagieuse, et elle gonfle à chaque seconde. Prise par le stress, Lara sait qu’il est un allié. Elle ne sent pas la douleur de son bassin pourtant meurtri quand elle est tombée avec Sarah-Lou. Elle trouve aussi la force de pousser sur ses bras, pour préserver son espace vital. Maintenant, elle doit s’éloigner du centre de la vague, pour s’échapper par les rues adjacentes. En quelques minutes, elle arrive à hauteur de la rue Mornay. Autour d’elle, tout le monde court. Elle parvient à rejoindre le boulevard Morland, et à retrouver un peu d’espace autour d’elle. La panique est générale, mais Lara maîtrise. Elle vérifie que son téléphone est bien dans sa poche, parce qu’il va falloir prévenir ses proches qu’elle va bien. Déjà trois messages d’Elia. À l’abri sous le porche d’un garage, Lara la rappelle. Sa belle-mère répond immédiatement :

— Lara ! Dis-moi que tu vas bien.

— Je vais bien, je vais bien.

— Tu étais à la manif ?

— Oui, mais j’ai réussi à m’échapper. Qu’est-ce qui s’est passé ?

— La télé dit que des policiers ont tiré sur les syndicalistes et sur la foule. Il y a des dizaines de morts.

Lara ne parvient pas à réaliser ce que lui dit Elia. Comment la police peut-elle tirer sur les manifestants ? En France ? Elia reprend :

— Lara, c’est très grave. Vraiment. Et ton père est impliqué.

— Quoi ?

— Oui, on dit qu’il a organisé tout ça. Le financement d’Argenton, les pots-de-vin payés par Oct’Oil. Il aurait fait partie de tout ça.

La jeune fille est désemparée. Son père au cœur de tout ça. Impossible.

— Mais ce n’est pas vrai, n’est-ce pas ?

— Ton père est passé à l’appartement, il est recherché par la police. Ils ont défoncé la porte d’entrée.

— Ils l’ont attrapé ?

— Non, il s’est enfui. Mais il m’a demandé de m’occuper de toi, Lara. Il faut que tu me rejoignes, le plus vite possible. Et ne réponds à aucun appel désormais. Même pas de ton père, les flics ont certainement mis son téléphone sur écoute. Viens à l’appartement, je t’attends.

Autour d’elle, les gens continuent à courir. Certains sont blessés, d’autres se soutiennent, se portent. Une personne crie :

— Les flics ! ils nous tirent dessus ! Barrez-vous, vite !

Le chaos semble vouloir s’installer. Sarah-Lou avait dit que ce serait spécial. Elle n’avait pas tort.

 

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