L’organisation

Laurent Combalbert · Chapitre 53 sur 88

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L’organisation

Chapitre 54

 

 

Paris. 7 octobre 2023

 

La chaleur monte dans la salle de réunion de l’agence. Voilà plusieurs heures que Moïse et Matthias cherchent des informations sur ce que les médias appellent désormais « l’affaire Argenton ». Nathalie est arrivée aussi rapidement qu’elle a pu. Mais pour Stan, elle n’hésite jamais. D’abord surprise par l’ampleur de ce qui se passe, elle a rapidement repris son rôle de psy, en essayant de rester la plus objective possible.

Devant eux, plusieurs écrans sont allumés, relayant le flux d’information autour du « scandale du siècle », d’après un commentateur. Sur les chaînes d’info, les plateaux se remplissent d’experts autoproclamés, qui viennent pour donner leur avis sans rien savoir, ni rien connaître. Voilà des lustres que la présomption d’innocence a été balayée par le « devoir » d’information, comme disent ceux qui informent plus vite qu’ils ne vérifient. La vérité n’existe plus, elle n’existera plus jamais.

Matthias est affairé sur son clavier.

— Sur les réseaux complotistes, y a des gars qui veulent aller mettre le feu à la tour Oct’Oil. Et au ministère de la Transition écologique.

— Qu’est-ce que ça dit ? demande l’Israélien.

— Il n’y a que des commentaires très agressifs. Avec des instructions explicites. La mayonnaise monte vite, on dirait.

— Oui, confirme Nathalie. De mon côté, je n’ai pas mieux. Les appels à la violence se multiplient. Je ne suis pas sûre que nous puissions sortir de l’agence, si ça continue.

Moïse lit les résultats d’une recherche qu’il vient de recevoir.

— Je pense que c’est la merde, dit-il. Je me suis connecté sur le compte mail du journaliste qui a prévenu Stan. Il y a des listes de comptes en banque qui sortent, notamment à la Humbert Schwartz à Luxembourg. Hans Schuller, Marc du Jonchay, Pascal Argenton. Ils ont tous de l’argent là-bas. Et pas des petites sommes.

Nathalie, les yeux dans le vague, réfléchit à voix haute :

— Il faut trouver le point commun entre toutes ces personnes impliquées, c’est ce que nous a demandé Stan. Si on trouve le dénominateur commun, on trouvera qui tire les ficelles.

Matthias lève la tête de ses écrans, et se tourne lentement vers la psychologue, puis vers l’Israélien. Il sourit, en penchant légèrement la tête sur le côté.

— Nathalie. Moïse. Ne me dites pas que vous n’avez pas compris ?

— Quoi ? demande l’expert du renseignement.

— Le point commun, qui relie tout le monde…

Matthias joue avec les nerfs et la patience de l’équipe. Moïse s’énerve :

— Mais tu vas le dire, oui ?

Le jeune hacker savoure son plaisir, puis lâche :

— Le point commun, c’est Stan.

— Quoi, Stan ? interroge Nathalie.

— Ben oui. Qui était à Maurice avec Argenton, Jonchay et Schuller ? Qui était dans la salle quand l’enregistrement de la voix d’Argenton a été fait ? Qui connaît Arthur Lamarre depuis des années ? C’est Stan, non ?

L’ancien du Mossad est abasourdi. Matthias a sorti ses arguments avec un tel calme et un tel aplomb qu’il ne sait pas quoi répondre. Nathalie n’a pas plus de répondant. Matthias poursuit :

— Moi, je pense que toute cette affaire est vraie. Les pots-de-vin, les versements à Argenton et toute la clique. Et quand Stan s’en est aperçu, il a fait sortir les infos à la presse. Tout est trop bien organisé, c’est fait par un pro qui tire les ficelles. Franchement, je suis sûr que c’est Stan. Et si c’est lui, chapeau. Si cela peut mettre un grand coup de pied dans la fourmilière, c’est bien joué. S’il se présente aux élections présidentielles, je vote pour lui !

La respiration de Moïse s’emballe. Celle de Nathalie se bloque. La peur. Le stress. Parce que Matthias a raison : Stan connaissait chacune des parties prenantes de cet imbroglio. Il conseillait Marc du Jonchay, Pascal Argenton. Il a côtoyé Schuller et Oulianoff à Maurice. Et c’est un ami d’Arthur Lamarre.

— Tu dis n’importe quoi, gamin, objecte l’Israélien. Je connais Stan, ce n’est pas son genre de pousser les gens au suicide.

— Tu m’as dit toi-même qu’il avait été ébranlé par la grosse opération que vous avez gérée. À mon avis, les écolos dingos lui ont fait prendre conscience de la nécessité de faire place nette. Ou alors, il s’est fait retourner la tête par la famille japonaise dont tu m’as parlé.

— Les Kuzuka.

— Oui, les Kuzuka.

 

Moïse ne parvient pas à se donner une contenance. Il ne croit pas un mot de ce que vient de dire Matthias. Il ne veut pas y croire. Il croise le regard de Nathalie. Interdite. La psychologue non plus ne peut croire à ce qu’elle vient d’entendre.

— Écoutez, je suis vraiment désolé si je vous mets le doute, mais c’est plausible en tout cas.

Devant le silence des deux membres de l’équipe de Stan, Matthias propose, presque pour s’excuser :

— Je vais chercher un truc à manger, je meurs de faim. Je vous rapporte quelque chose ?

Nathalie, agacée par ce qu’il vient de suggérer, s’abstient de répondre pour ne pas être grossière. Pas dans ses habitudes de laisser paraître ses émotions. Elle sait les contrôler. Mais on ne touche pas à Stan ni à son équipe.

 

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