L’organisation
Chapitre 46
Paris. 7 octobre 2023
L’horloge vient d’afficher neuf heures quinze. Et Jonchay n’est toujours pas là. La Défense n’est pas à côté de l’agence, et la circulation est chaotique, mais le temps commence à être long. Le négociateur va se faire couler un café, visiblement le dernier, car le stock est vide. Mauvaise journée.
Le téléphone vibre. Stan regarde, s’attendant à voir le nom de Jonchay, pour le prévenir qu’il est en bas. Mais c’est celui d’Arthur qui apparaît. Stan lui a envoyé un message au lever du jour, pour avoir des nouvelles, sans avoir reçu de réponse. Il décroche et met le haut-parleur, pour laisser l’appareil sur la table.
— Bonjour Arthur. Je ne te demande pas si tu as bien dormi…
Pas de réponse. Quelques secondes se passent. Le négociateur insiste :
— Arthur ?
La voix du chef de cabinet est étranglée :
— Argenton.
— Quoi, Argenton ?
— Il s’est suicidé !
Le négociateur sent sa respiration s’arrêter. Comme s’il avait pris un uppercut. Il lui faut quelques secondes pour retrouver ses esprits.
— Comment ça, suicidé ? Qu’est-ce qui s’est passé ?
— C’est une catastrophe. Il est mort, Stan.
Arthur ne répond pas. Stan doit reprendre la main sur la discussion, il lui faut des informations.
— Écoute, je comprends que tu sois bouleversé. Tu viens de perdre ton ami. Mais j’ai besoin que tu me dises ce qui s’est passé.
Au bout du fil, Stan sent la tension de son ami. La tension de l’évènement. Impossible. Inadmissible pour le directeur de cabinet. Inacceptable pour l’ami. Mais Stan a besoin de comprendre.
— Où est le corps ? Au ministère ? Tu as appelé les secours ?
— Non. Il est parti avec les pompiers. Mais il était mort avant.
— Qui l’a trouvé ?
— C’est moi. C’est moi qui l’ai trouvé, Stan ! Putain ! Pourquoi il a fait ça ?
Le choc a l’air d’avoir complètement bouleversé Arthur.
— Tu l’as trouvé comment ? Je suis désolé de te poser ces questions mais je dois savoir exactement comment ça s’est déroulé. Redis-moi ce que tu as fait depuis que tu es arrivé au ministère.
Arthur prend quelques secondes pour se ressaisir.
— Je suis arrivé au ministère vers sept heures trente. Je pensais trouver Pascal dans son bureau en train de dormir, mais le bureau était fermé. Je lui ai envoyé un message pour savoir s’il était rentré chez lui.
— Il t’a répondu ?
— Non, rien. Je suis descendu au bureau des huissiers, puis au service de sécurité. Personne n’avait vu Pascal, ni entrer ni sortir. J’ai attendu jusqu’à huit heures cinquante. Toujours pas de nouvelles. Je l’ai appelé sur son portable, et j’ai entendu la sonnerie dans son bureau. Je suis allé demander le double de la clé au service de sécurité.
— Tu n’as pas la clé de son bureau ?
— Celle de la serrure principale. Mais pas celle du verrou, seul Pascal avait la clé, avec un double dans le coffre-fort du service de sécurité.
— Pourquoi ce verrou ?
— Quand il avait besoin d’être tranquille.
— Donc, tu as fait ouvrir la porte.
— Oui. Nous sommes entrés avec un agent de sécurité. Pascal était assis dans son fauteuil, la tête posée sur le bureau. Nous nous sommes précipités, pour le redresser. Il était déjà froid. C’était horrible.
— Comment s’est-il suicidé ?
— Il y avait trois boîtes de Stilnox vides sur le bureau. Il a tout avalé.
— Vous avez essayé de prendre son pouls ?
— Il était tout froid, je te dis !
Difficile d’en vouloir à Arthur de s’emporter. Stan connaît ces réactions cycliques, entre colère et effondrement, quand on affronte la mort d’un proche.
— Vous avez appelé les secours ?
— Oui, les pompiers de la caserne Lemoine sont arrivés très vite. Ils n’ont rien pu faire.
Stan ne peut s’empêcher de penser à la phrase de Jonchay, sur Argenton, qui pourrait avoir caché des choses. Ce qui pourrait expliquer un suicide. Ou une mascarade de suicide.
— Arthur, le médecin des pompiers a constaté le décès ?
— Constaté quoi ?
— Est-ce que tu as entendu le médecin dire qu’il a constaté le décès de Pascal Argenton ? avec une heure ?
— Non, mais pourquoi ?
Doit-il faire part de ses doutes à Arthur ? Non, pas maintenant. Ce n’est pas le moment. Mais le négociateur doit en avoir le cœur net.
— Tu as prévenu la police ?
— Non. Je t’ai appelé dès que les pompiers ont emmené le corps.
— Bon, laisse-moi faire, je vais appeler mon ami Sofiane, le ministère est sur sa circonscription.
— Ok. Qu’est-ce que je fais ?
— Rien. Reste là. Tu veux que j’appelle Elia pour qu’elle vienne te rejoindre ? Elle pourrait te donner un ou deux calmants.
— Non, ne lui dis rien. Je vais bien. Je suis sous le choc, mais ça va aller…
— Ok. Je te tiens au courant dès que j’ai eu Sofiane.
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