L’organisation
Chapitre 12
Paris. Septembre 2023
La petite fille est assise au bord de la route. Presque prostrée. Elle n’a pas l’air d’avoir froid, malgré la température matinale de ce début d’automne. Devant elle, un champ blanchi par la rosée qui n’a pas encore séché au soleil, levé il y a peu. Aucun bruit. Si ce n’est celui de la roue de la voiture. Elle n’en finit pas de tourner, avec un drôle de grincement. Comme une complainte répétitive. Derrière elle, une grosse voix, celle de l’automobiliste qui vient de s’arrêter :
— Hé ! Petite !
Elia s’éveille en sursaut. Le corps en sueur. Depuis plusieurs mois que ses cauchemars sont revenus hanter ses nuits, elle ressent la même crispation dans tout son corps. Elle s’enroule sur elle-même et saisit ses genoux avec ses mains puis serre ses bras, du plus fort qu’elle peut, pour étirer son dos. En boule sous la couette, elle reprend son souffle. Tente de se réchauffer. Son mari est en mission depuis hier, mais c’est comme s’il y était depuis un mois. Le lit est trop froid. Trop grand. Trop vide de Stan.
Elle a toujours su qu’en épousant un négociateur de crise, elle devrait accepter son métier. Son rythme. Ses risques. Elle a longtemps espéré que Stan raccroche. Mais il a la négociation dans le sang. Dans les tripes. On ne commande pas aux tripes. Stan ne va plus sur les terrains « chauds », comme il dit. Mais il continue à partir. Un peu. Un peu trop. Et cela tombe mal, parce qu’elle se pose des questions. Pas sur eux, non. Eux, c’est une certitude. Mais sur tout le reste. Pourquoi fournir tant d’efforts à essayer d’humaniser le monde alors que finalement, tout le monde s’en fout ? Il manque un scanner à l’unité pédiatrique de Necker. Pas de budget. Pendant ce temps, on envoie des cons de touristes dans l’espace pour faire des selfies. Où est la vérité ? Qu’est-ce qui est juste ? Elia aimerait pouvoir dire à Stan ce qui la hante, ce qui la rend à la fois folle et forte. Mais il n’est pas là quand elle en aurait besoin. Et quand il est contre elle, il l’apaise tant qu’elle n’a pas le courage de vider son âme. À nouveau ses larmes de tristesse et d’impuissance qui montent. Pas question de pleurer. À la douche !
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