L’organisation

Laurent Combalbert · Chapitre 18 sur 88

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L’organisation

Chapitre 19

 

Paris, hôpital Necker. Septembre 2023

 

Le bruit de la roue n’a pas changé depuis trente ans. Comme si certains souvenirs étaient immuables. Inaltérables. Cette roue qui tourne, qui grince, la complainte répétitive qui rythme ses cauchemars.

Une alarme de monitoring, quelque part à l’étage, fait sortir Elia de ses pensées. Mais la voix résonne encore dans sa tête : « Hé ! Petite ! » Encore ce souvenir. Il faut le chasser, ce n’est pas le moment. Est-ce qu’elle parviendra un jour à réparer ? À ne plus vivre avec ses images ?

Elia respire, s’enfonce dans le fauteuil inconfortable de son bureau de l’hôpital Necker. Il est bientôt quinze heures, et elle n’a toujours pas mangé. Presque vingt consultations depuis ce matin, et juste une pause de quelques minutes. Le job de pédiatre n’est pas de tout repos. Aucun job ne l’est, d’ailleurs. Surtout quand on le pratique comme un sacerdoce.

 

Dans la salle d’attente, encore quelques gamins qui attendent. Des toux. Quelques pleurs. Toujours la hantise de la Covid. Et ces pluies qui chargent l’atmosphère d’humidité chaude. Avec la peur du médecin, tout ce qu’il faut pour que les petits braillent.

Elia sort une barre protéinée de son tiroir. Insipide, dure à mâcher, impossible à avaler, mais cela devrait la caler pour quelques heures. Tout en tentant de venir à bout de sa première bouchée, elle saisit son téléphone. Sur le fil WhatsApp qu’elle partage avec son mari, une photo de l’île Maurice : Stan à côté d’Arthur, son ami d’enfance, son complice, son grand frère. Certainement les deux hommes de sa vie. Elle répond avec un smiley en forme de baiser, avec un « Je vous aime » avant de jeter son téléphone sur son bureau. Elle s’enfonce encore plus profondément dans son siège. Plonge dans ses souvenirs. Ceux des années d’adolescence, quand Arthur venait la défendre à la sortie de l’école parce qu’une grande lui avait tiré les cheveux. Ou qu’il jouait les durs devant ses premiers amoureux.

Elia n’a jamais eu aucun doute sur le fait qu’Arthur et Stan s’entendraient bien. Dès le début. Dès qu’elle les a présentés. Alors, rien d’étonnant à ce qu’Arthur le sollicite pour accompagner Pascal Argenton.

Elia sort encore une fois de ses pensées, l’infirmière frappe à la porte.

— Docteur Monville ? J’ai Mme Azouzi pour sa fille. Je la fais entrer ?

Elia souffle, vide ses poumons, pour passer d’un monde à l’autre. Quitter sa peau de femme pour se glisser dans celle de la pédiatre.

— Oui, Aline, bien sûr…

 

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