L’organisation

Laurent Combalbert · Chapitre 29 sur 88

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L’organisation

Chapitre 30

 

Paris. Septembre 2023

 

Bien que les rues soient presque désertes à cette heure de la soirée, la voiture de Stan et Elia roule à allure modérée. Les feux rouges s’enchaînent, et Stan profite de ces arrêts forcés pour mettre à jour sa messagerie. Pas vraiment prudent, mais gain de temps assuré quand vous avez du décalage horaire à rattraper et que vous espérez vous coucher en arrivant chez vous.

— Alors, Maurice ? C’était bien ?

Stan tourne doucement la tête pour regarder Elia en souriant.

— Intéressant.

Le ton du négociateur est grave. Plus que d’habitude. Sa préoccupation est palpable. Elia renchérit :

— Et tu crois vraiment que tu vas t’en sortir comme ça ? Je vous ai vus, avec Sofiane. Je n’ai pas entendu votre conversation mais je te connais suffisamment pour savoir quand tu es inquiet.

Un silence de quelques secondes, pour que Stan reprenne la discussion.

— Je réalise que, depuis que je suis rentré, je ne t’ai même pas demandé si tout allait bien à l’hôpital.

Stan adresse un sourire à sa passagère. Mais sans succès. Elia ne se laisse pas endormir. Il poursuit :

— Argenton m’a missionné pour négocier en secret un accord avec Moscou. Il veut avoir accès aux stocks de pétrole russe qui sont sous embargo, c’est pour lui indispensable pour éviter un embrasement social en France.

— Et c’est ça qui t’inquiète ? Tu as fait bien pire, et bien plus dangereux.

— Non, ce qui m’inquiète, c’est que j’ai revu à Maurice quelqu’un qui était à la manœuvre quand… Enfin, tu sais.

— Quand vous avez failli y laisser votre peau avec Lara ?

— Oui. Une personne dont je doute qu’elle ait changé, et qui se trouve être très proche d’Argenton.

— Tu en as parlé à Arthur ?

— Non. C’est prématuré pour l’instant. Argenton a évoqué plusieurs fois un jeu dangereux. C’était son expression. Je me demande jusqu’à quel point il est impliqué dans ce jeu.

— Tu doutes d’Argenton ?

— J’ai un sentiment bizarre.

— Il faut que tu préviennes Arthur. C’est important.

— Non. Et s’il te plaît, ne lui dis rien. Je vais aller à la pêche aux informations avant.

Le feu vient de repasser au vert, et Stan redémarre sans bruit.

— Tu as eu des nouvelles de Nathalie ? interroge Elia.

— Pourquoi tu me demandes ça ?

— Parce que tu vas la mettre sur cette mission, non ?

— Je ne sais pas encore. Qu’est-ce qui t’inquiète ?

— Rien.

Un rien qui veut dire son contraire. Stan sait quand Elia n’est pas à l’aise. Il enfonce le clou :

— Elia. Nathalie et moi, c’est du passé. C’était il y a longtemps. Bien avant toi.

— Oui, je sais. Mais bon, je tiens à toi, alors…

— Alors ne t’inquiète pas.

Silence. Stan n’insiste pas. Dans les rues, des passants se promènent. À moins qu’ils ne sortent d’une soirée. Elia souffle. Assez fort pour que son mari l’entende.

— Tu penses encore à Nathalie ?

— Non. Je pense à tout ça. Ces gens. Ce monde. Ce monde de dingues.

Elia se tourne vers Stan, et pose sa main sur la cuisse de son mari.

— Chéri, tu te rappelles notre discussion, au sujet de notre projet. La maison de campagne. Partir là-bas. S’y installer, en attendant que les choses se calment.

Stan marque un temps d’arrêt.

— Tu veux dire partir pour de bon ?

— Oui.

— Tu serais prête à tout lâcher ? L’hôpital ? Tes patients ? Pour aller te cacher à la campagne.

— Oui. J’y pense depuis pas mal de temps, et je crois que c’est le moment.

Stan ne s’attendait pas à une réponse aussi directe.

— Mais l’hôpital, c’est ta vie. Tes gamins malades.

— Ma vie, c’est toi. Et Lara.

— Tu penses emmener Lara à la campagne, en lui expliquant qu’il faut se mettre à l’abri en attendant que tout pète ? Tu peux t’accrocher. Parce que c’est bien de cela que nous parlons, n’est-ce pas ? C’est ce dont nous sommes en train de discuter : que fait-on si tout ce monde de dingue, comme tu dis, explose ?

Stan s’emporte, encore. Ses muscles se crispent, Elia sent la cuisse de son homme se durcir, comme de la pierre. Il insiste :

— Elia. C’est bien de cela que nous parlons ?

Un nouveau feu rouge. De quoi laisser à Stan le temps de tourner la tête vers sa femme, de sonder son regard, sa détermination. Il sent la tension dans les yeux d’Elia. Il masque sa surprise. Son inquiétude. Mais dans les yeux de sa femme, il n’y a aucune hésitation. Aucun doute.

 

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