L’organisation

Laurent Combalbert · Chapitre 17 sur 88

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L’organisation

Chapitre 18

 

Île Maurice, hôtel Labourdonnais. Septembre 2023

 

— Je ne suis pas en train de vous demander de le crier haut et fort ! Ni une déclaration écrite ! Mais j’ai besoin de votre engagement à nous livrer du pétrole. Vous pouvez même nous le vendre au prix fort !

Cette phrase d’Argenton résonne dans la tête du négociateur. S’il n’avait pas été prévenu, il aurait été estomaqué par l’énergie déployée par le ministre français de la Transition écologique pour acheter du pétrole russe. Sous embargo. Le ministre poursuit :

— Une crise sociale majeure en Europe n’est pas dans les intérêts de la Russie. Vous avez besoin de notre argent pour soutenir l’économie de votre pays, qui est exsangue. Vos opérations militaires vous coûtent une fortune, nous le savons tous. Nous avons besoin de votre pétrole pour juguler la crise sociale, vous avez besoin de notre argent pour rester à flot. Bref, nous devons nous serrer les coudes. Laissons la politique court-termiste de côté, et soyons pragmatiques.

Autour de la table, une douzaine de personnes. Presque uniquement des hommes. Le Texan Bradley Adams. D’après la fiche qu’Arthur a donnée à Stan, il a fait toute sa carrière dans l’or noir. Millionnaire. Et maintenant conseiller à l’énergie du président américain. Le russe Vladimir Oulianoff, ami personnel du président russe, devenu son conseiller spécial. Un élément-clé de la négociation. À Argenton de le convaincre. Seule exception à la règle de la masculinité : Teresa Cadiz. Banquière espagnole, brillante, fine, brune, Stan l’a tout de suite reconnue. Elle aussi, d’ailleurs. Mais tous deux ont fait mine de ne s’être jamais rencontrés. Marc du Jonchay est lui aussi présent, et il n’a pas pris de précaution particulière quant à la teneur de la relation qu’il entretient avec Stan : il s’est immédiatement dirigé vers le négociateur.

Hans Schuller, ministre de la Transition écologique et de l’Énergie allemand, arrivé en retard à la réunion, prend à son tour la parole.

— Madame, messieurs, excusez mon retard, je raccroche à l’instant d’avec le chancelier, qui m’a demandé de vous saluer et de vous rappeler l’importance de cette rencontre. Je n’ai entendu que la fin de l’introduction faite par mon collègue Argenton, et je ne peux qu’y souscrire. Il y a ce que nous voulons montrer aux médias, et il y a la réalité de la crise majeure qui gronde dans nos pays. Nous sommes prêts à mettre gros sur la table pour que vous ouvriez à nouveau les vannes. Et pour que cela ne se sache pas.

Deux ministres européens qui proposent la botte à la Russie pour briser un embargo international, sous le regard des Américains. Stan ne peut s’empêcher de se pencher vers Arthur, et de lui souffler à l’oreille :

— Nous sommes peu de chose. Tout cela n’est qu’un grand théâtre, et je sais déjà qui va perdre à la fin.

Car Stan a un mauvais pressentiment : derrière les discussions, derrière les sourires de façade, il y a quelque chose d’étrange. Quelque chose qui lui échappe. Pour l’instant.

 

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