L’organisation

Laurent Combalbert · Chapitre 43 sur 88

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L’organisation

Chapitre 44

 

Berlin. 7 octobre 2023

 

La lourde BMW s’arrête sur le pont Oberbaum, au centre de l’ouvrage qui enjambe la Spree, reliant les deux rives de Berlin. Ce pont à double étage, entièrement construit en briques à la fin du XIXe, est peu emprunté à cette heure matinale. Une ou deux voitures roulent à vive allure pour traverser la ville, et sur l’étage supérieur, un métro se fait entendre, certainement l’un des premiers de la journée.

Allmeister coupe le contact, ainsi que les feux de position. Il jette un œil dans les rétroviseurs, puis se retourne vers la banquette arrière.

— Vas-y, Kurt, personne pour l’instant.

Le pont est encore plongé dans l’obscurité, la mairie ayant décidé ne plus éclairer ses monuments pendant la nuit, et le jour est encore loin de se lever. Avant d’ouvrir la porte, le garde du corps, assis à côté de son ministre, prend le soin d’éteindre le plafonnier. Il se penche vers Hans Schuller, encore assommé par les coups de taser reçus quelques minutes plus tôt. Le ministre tente de balbutier quelques mots, pour appeler au secours, supplier celui qui le protège depuis tant d’années de l’aider. Kurt s’approche de son oreille.

— Désolé, monsieur. Il se prépare quelque chose qui nous dépasse, vous et moi. Je suis vraiment désolé.

Sans plus réfléchir, Kurt Meyer enfonce son taser dans la poitrine du ministre. Schuller se crispe, tout son corps se tend. La décharge du pistolet électrique est longue, douloureuse, comme si on enfonçait un fer rouge dans son torse. Il sent ses mâchoires se crisper, ses dents vont exploser tant la pression est forte. Aucun son ne peut sortir de sa bouche.

Le bourreau cesse enfin. Il sort rapidement de la voiture par la droite, puis tire sur la veste de costume du ministre pour l’extirper de la BMW. À peine extrait du véhicule, Schuller sent qu’il est saisi par les bras de Kurt Meyer. Soulevé de terre, il ne peut réagir, son corps est complètement tétanisé par les chocs électriques répétés. Le garde du corps s’approche du parapet du pont, pose le corps de Schuller sur le rebord en pierre, et le fait basculer dans la Spree. Le silence, pendant quelques instant, et puis un bruit d’eau.

Hans Schuller vient de toucher la surface de la Spree. Un terrible choc, une chute de plusieurs mètres. L’eau est glaciale, mais le ministre ne sent pas la température. Son corps est trop crispé, presque insensibilisé. Mais l’absence d’air, Schuller la perçoit tout de suite. Il vient d’avaler de l’eau en voulant respirer. Le froid envahit l’intérieur de son corps, il tente de respirer une nouvelle fois. Toujours de l’eau. Et son corps qui est aussi lourd qu’une pierre. Schuller essaie de lever la tête, pour voir au-dessus, voir la surface, apercevoir le plongeon de quelqu’un qui viendrait à son secours. Mais rien. La surface reste intacte. Seule la légère lueur du ciel fait se détacher la silhouette du pont Oberbaum. Lentement, Schuller se sent couler au fond de la rivière. Une dernière vaine tentative pour respirer, avant que l’obscurité n’enveloppe complètement le ministre.

Sur le pont, Kurt Meyer remonte dans la BMW, à la place du passager avant. Son collègue se tourne vers lui.

— Alors ?

— Il a coulé. Dommage. C’était quelqu’un de bien.

— Tu regrettes ?

— Nous ne pouvons plus reculer. Tu appelles le central ?

Dietrich prend la radio du véhicule et annonce :

— Central ! Central ! Ici le véhicule BW01, véhicule BW01 ! Le ministre Schuller vient de se jeter dans la Spree, à la hauteur du pont Oberbaum ! Le ministre vient de se jeter dans la Spree !

Pendant que Allmeister contacte leur autorité, Meyer tape un message sur son portable :

« Prévenez le Duc. Schuller a quitté la scène. »

Alors que la radio du véhicule se met à cracher les demandes du central pour essayer de comprendre ce qui s’est passé, Dietrich se tourne vers son collègue.

— Tu ne penses pas que les traces de taser sur le corps de Schuller vont faire douter de l’hypothèse de la noyade ?

— Le temps qu’on le repêche, et qu’un légiste se penche sur les marques sur le corps, l’opération sera largement entamée. À ce moment-là, personne ne s’intéressera plus aux traces de taser sur le corps du ministre.

 

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