L’organisation

Laurent Combalbert · Chapitre 78 sur 88

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L’organisation

Chapitre 79

 

Bourgogne. 8 octobre 2023

 

Stan fait glisser les doigts le long de son écran de portable pour activer son système de vidéosurveillance. Encore une fois. À côté de lui, Moïse s’impatiente :

— Alors ? Tout va bien ?

Le négociateur ne répond pas. Il sait que cela a le don d’énerver l’Israélien. Et surtout, il veut être sûr. Nathalie s’est endormie sur la banquette arrière, elle émerge doucement. Stan passe d’une caméra à une autre. Observe.

— Non, c’est bon. On peut avancer.

La voiture se remet en mouvement doucement sur le chemin de campagne le long duquel les deux hommes s’étaient arrêtés. Encore quelques kilomètres avant de se poser. En sécurité. Mais Moïse n’est pas rassuré.

— Tu es sûr qu’il n’y a pas de surprise ?

— Tu veux dire comme des tueurs du Mossad ?

— Stan ! Je t’ai dit que…

— Oui, je sais. Au point où nous en sommes, il ne nous reste que l’humour. Et ma maison. Rien ne bouge sur les caméras. Et s’il y avait un comité d’accueil, ils auraient déclenché les alarmes silencieuses.

Au loin, sur les hauts d’un promontoire, une forêt se dessine au fur et à mesure que la voiture approche. Nathalie n’est pas rassurée. Elle est déjà venue plusieurs fois dans cette maison ancienne qui sert de refuge à son patron. C’était il y a longtemps. Mais jamais elle n’avait eu à se méfier en arrivant. Autour, le calme verdoyant de la campagne contraste avec le chaos qu’ils ont laissé à Paris. Comme si la vie ici n’avait pas encore été informée des fusillades. Des bateaux en perdition. Des morts.

 

Stan passe la main sur sa cuisse. La douleur est encore là mais elle se dissipe peu à peu. Un regard à gauche, puis à droite. Au cas où. Moïse tourne vers la droite, pour s’engager dans l’impasse qui mène chez le négociateur.

Stan prend son portable et tape un code sur l’appli activant son portail. Tandis que les battants s’ouvrent lentement sur une allée boisée et laissent deviner les murs d’une maison à une centaine de mètres, un e-mail de notification. LinkedIn. Et un nom : Douglas Morton. Le négociateur interroge :

— Douglas Morton ? Ça vous parle ?

— Douglas ? Ce n’est pas le jeune chez Oct’Oil ? Le responsable des services informatiques ? interroge Nathalie.

— Possible.

— Qu’est-ce qu’il veut ?

— Je ne sais pas. Il a envoyé un message sur mon profil LinkedIn. Et les notifications arrivent sur mon adresse e-mail anonyme.

— Tu t’es reconnecté à tes profils ? demande Moise.

— Non. Juste Discord et mon adresse anonyme.

Moïse jette un regard suspicieux à son boss. Il sait à quel point il est facile de remonter quelqu’un qui surfe sur les réseaux. Stan tente de le rassurer.

— Cette adresse e-mail est sur une messagerie cryptée, avec un faux nom. Et puis on nous croit morts, je te rappelle.

— Mouais, grommelle l’ours israélien.

En quelques clics, Stan est sur la messagerie du réseau social professionnel. Et effectivement, le message confirme la première impression de Moïse :

« Monsieur Monville, je suis Douglas de chez Oct’Oil. Nous avons perdu le contrôle de plusieurs bâtiments dans le golfe de Guinée. Les dégâts sont importants. L’attaque est identique à celle de votre exercice. Appelez-moi, j’ai besoin de comprendre ce qui se passe. J’ai trouvé Vanessa. »

Et un numéro de téléphone.

Tandis que la voiture se range sous le carport devant la grande bâtisse en pierres, Stan appelle le numéro indiqué sur le message LinkedIn. Quelques sonneries et une voix, reconnaissable à son accent :

— Allo ?

— Douglas ?

— Oui.

— Stanislas Monville. Tu m’as envoyé un message.

Un silence, qui laisse imaginer la surprise du Nigérian. Ou la peur.

— Je ne sais pas si j’ai bien fait de vous contacter.

— Douglas, ce qui se passe est plus grave que ce que tu imagines. Dis-moi pourquoi tu voulais me parler.

Encore un silence. Décidément, l’ingénieur n’est pas rapide. Il finit par lâcher :

— J’ai identifié l’attaque.

— Attends, je mets le haut-parleur, je suis avec Moïse et Nathalie que tu as rencontrés chez Oct’Oil. Dis-nous ce que tu as trouvé.

— La dernière fois, Moïse m’a parlé d’une Vanessa. Vous m’avez dit que votre hacker était le meilleur, et que sa Vanessa était très forte.

— Eh bien ? insiste Stan.

— Je l’ai retrouvée. Dans le fichier qui a servi à prendre le contrôle des systèmes de géopositionnement de nos navires, il y a ce prénom mentionné dans le code. Une seule fois. Votre hacker a voulu signer son attaque. Et il a écrit « Vanessa » dans une ligne de code.

Stan sourit. Comme il ne l’avait pas fait depuis les dernières heures. Moïse reprend la main :

— Tu as identifié son protocole ? Cela veut dire que tu peux l’arrêter ?

— Oui. Et non. Je peux arrêter le brouillage des points de géopositionnement et reprendre le contrôle des navires. On n’arrêtera pas les marées noires mais on pourra éviter la propagation.

— Alors, où est le problème ?

— Les fichiers se dissimulent en permanence, l’attaque ne s’arrête pas. Je sais que je cherche un fichier avec le mot « Vanessa », mais il me file entre les doigts. Toutes les secondes, il change d’emplacement dans le système. Si j’arrivais à le trouver et à le supprimer, il serait réinjecté immédiatement. Le truc est trop fort pour moi : je l’ai trouvé une fois, mais maintenant impossible de le trouver encore pour le détruire. Pour remettre les systèmes en marche, il faut arrêter l’attaque depuis l’endroit où elle est lancée.

La joie a été de courte durée. Mais c’est une avancée malgré tout. Stan reprend un peu le contrôle des évènements.

— Douglas, garde ton téléphone avec toi. Je vais voir ce que je peux trouver. Ne donne le numéro avec lequel je t’appelle à personne, ok ?

— Ok.

— Je reviens vers toi vite. Bien joué.

La nuit commence à assombrir la forêt qui entoure le lieu. Les deux hommes se regardent. Un air de sérénité sur le visage de l’Israélien. Le négociateur interroge :

— Ton avis technique ?

— C’est bien d’avoir identifié le malware. Maintenant, il faut arrêter l’attaque pour rétablir les systèmes.

— Et tu penses qu’on peut trouver d’où elle est produite ?

— Je ne sais pas.

— Si tu devais mener une telle opération, tu te mettrais où ?

— Dans le monde entier. Il suffit d’avoir un lieu tranquille avec de la place. Beaucoup d’électricité. Et un très bon réseau satellite.

— Et par ces biais-là, on ne peut rien trouver ?

— Non, il y a trop de lieux potentiels. Rien qu’en Europe, tu as tous les data-centers, les banques, les universités, les start-up de la tech. Il faut connaître le pays, la ville. Sinon, on va courir après des fantômes.

Stan fait la moue. La moue caractéristique qu’il affiche quand il est embarrassé mais que son cerveau s’active à plein régime. Jusqu’à trouver une idée. Un moyen d’avancer.

— Ok. Je sais à qui je vais demander. Et je vais réactiver mes contacts

auprès du COS . 1

 

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