L’organisation

Laurent Combalbert · Chapitre 63 sur 88

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L’organisation

Chapitre 64

 

 

Paris. 7 octobre 2023

 

Stan entre dans le hall de son immeuble avec une appréhension inhabituelle. En traversant la rue, il a observé les passants, regardé les voitures en stationnement. Rien qui évoque un véhicule de police banalisé. Personne qui déambule devant le bâtiment, le nez au vent. Il monte les étages en silence, dans l’ombre. Il écoute. Pas de bruits particuliers, pas de chuchotements. Pas de signe d’une équipe qui l’attendrait. Arrivé devant sa porte, il glisse la clé dans la serrure puis ouvre en silence. À l’intérieur, la chaleur, qui contraste avec le froid du couloir. Un bruit de télévision, en fond. Et l’odeur de chez lui, familière, rassurante. Tout en enlevant son blouson, il entre dans le salon rapidement. Assise sur le canapé, Elia pousse un cri de surprise.

— Stan ! Tu m’as fait peur !

Elle se lève d’un bond et tombe dans les bras de son homme. L’étreinte est forte. Pour se donner de l’énergie. Du courage. Pour faire face. Elia recule d’un pas et interroge :

— Stan, qu’est-ce qui se passe ? Les médias ont dit qu’il y avait eu un mort, en plus d’Argenton. C’est Arthur, n’est-ce pas ?

Les yeux d’Elia sont remplis de larmes. Elle a déjà compris. Stan ne peut que confirmer :

— Je suis désolé, chérie. J’ai essayé, mais il n’a rien voulu entendre…

Elia accuse le coup, et s’assoit sur le grand canapé. Elle maîtrise sa respiration. Stan s’assoit à côté d’elle.

— Écoute, je vais devoir partir. Je suis recherché par la police, et je pense qu’elle ne va pas tarder à venir frapper à la porte.

— Mais qu’est-ce que tu as fait ? Les chaînes d’info ont cité ton nom, en disant que tu étais un proche de plusieurs personnes impliquées. Argenton, Jonchay. Ils disent que tu as reçu des sommes considérables. C’est vrai ?

Elia le fixe, et Stan entre dans ses yeux. Les émotions sont contenues. Les larmes retenues. Elle reprend :

— Que vas-tu faire ? Te rendre ?

— Me battre. Expliquer ce qui s’est passé. Que j’ai été piégé par le Duc. Par Arthur.

Elia se lève, pour faire quelques pas dans le salon. Stan relance :

— Elia, j’ai besoin de toi. Il va falloir que tu m’aides.

Elia se place devant Stan. Debout face à son homme, toujours assis, elle répond calmement :

— Je ne vais pas pouvoir, Stan. Pas cette fois.

Elia reprend sa déambulation dans le salon. Calmement, comme si de rien n’était. Elle saisit la télécommande de la télévision, et coupe le son. Puis se retourne encore une fois vers Stan.

— Je sais ce qui se passe, Stan. Et c’est pour cela que je ne peux pas t’aider.

— Je ne comprends pas.

— Je sais que tu as refusé l’offre de Teresa. Je m’en doutais, même si une part de moi continuait à espérer. La nuit dernière, j’ai failli venir te parler, quand tu étais sous la douche. Pour te convaincre, moi aussi. Mais c’était peine perdue.

Stan ne répond pas. Elia poursuit :

— Tu es donc contre nous, Stan.

Le négociateur sent toute la chaleur de son corps s’échapper. Des fourmis dans ses pieds, son souffle s’accélère. Contre sa volonté. Elia voit le trouble chez lui, chez celui qu’elle connaît si bien. Elle souffle, avec sa voix la plus douce :

— Stan, le Duc, c’est moi.

Un autre coup de poing atteint Stan. Violent. Impossible à parer. Impossible de riposter. De respirer. Il doit reprendre le cours des choses, reprendre la main sur la situation. Tout va très vite. Trop vite.

— Elia, qu’est-ce que c’est que cette histoire ?

— Nous avons tout organisé, Stan. Depuis des années. Nous avons placé nos pions, tranquillement, pour agir au bon moment. Et le bon moment, c’est maintenant.

Stan ne peut empêcher l’expression de la surprise qui saisit son visage.

— Mais qui est ce « nous » ? Les Kuzuka ?

— Je sais que tu as été ébranlé par ce qui s’est passé avec les Kuzuka. Moi aussi… J’ai failli tout arrêter, mais je ne l’ai pas fait. Les enjeux sont trop forts, trop importants. Bien plus importants que toi et moi.

— Je croyais que rien n’était plus important que toi et moi.

Elia ne peut retenir son rire. Celui que Stan aime tellement. Ce rire qui illuminait sa journée. Aujourd’hui, ce rire le glace. Qui est-elle vraiment ?

— Arrête d’être utopiste ! Tu es aussi naïf que l’était ton ami Argenton. Reviens sur terre ! Regarde les choses comme elles sont, pas comme tu voudrais qu’elles soient. Les Kuzuka financent, mais ceux qui veulent renverser le système vont bien au-delà des Kuzuka. Bradley Adams, par exemple. Il est un des premiers à avoir vu la nécessité d’arrêter ce gâchis. Oulianoff aussi. Puisque les dirigeants de ce monde ne sont pas capables de prendre les décisions qui s’imposent, nous avons placé nos pions. Partout où il y a du pouvoir, nous sommes derrière.

— Mais tu vas enfin me dire qui est ce « nous » ?

— Nous, Stan. Ceux qui veulent survivre ! Ceux qui veulent sauver ce qui peut encore l’être ! Les Kuzuka paient, nous sommes leur bras armé. Tu crois que les gens vont accepter de renoncer à leur surconsommation, comme ça, juste parce qu’on va leur demander de le faire ? Non ! Il leur faut une catastrophe pour les forcer à renoncer.

Stan ressent ce sentiment d’impuissance qu’il déteste. Cette incapacité à maîtriser les éléments, cette incapacité qu’il fuit depuis des années en construisant à chaque fois des hypothèses, pour anticiper le pire des scénarios.

Il lui faut des réponses.

— Pourquoi tu as fait tout ça ? Pourquoi ? Comment peux-tu renier tes valeurs, Elia ? Tu oublies ton serment d’Hippocrate ? Primum non nocere. Avant tout ne pas nuire. Comment t’arranges-tu avec ça ?

Elia laisse s’échapper un rire.

— Mais je ne nuis à personne, Stan. Les gens se nuisent à eux-mêmes, tout seuls. Ils décident seuls de tout saccager, de tout annihiler. Pour consommer, toujours plus, jusqu’à en vomir.

— Je n’aurais jamais imaginé t’entendre dire ce genre de chose, Elia. Je ne te reconnais plus.

— Peut-être que tu ne m’as jamais vraiment connue, Stan ?

Depuis de longues minutes, plus aucun mot tendre. Plus aucune attention entre Stan et Elia. Chérie. Mon amour. Mon homme. Plus aucun de ces mots ne vient naturellement. Comme si les masques étaient tombés.

— Nous sommes victimes de notre propre succès. Tout est devenu trop facile : plus besoin de se battre pour manger, pour se protéger, pour se déplacer. C’est la facilité qui a affaibli les foules, qui en a fait des enfants gâtés, des « jamais contents ». Il faut remettre de l’adversité dans tout cela.

— De l’adversité, dis-tu ?

— Oui, exactement. Parce que les gens ont trop confiance. Dans leurs acquis. Dans leurs droits. Ils critiquent les hommes politiques, mais ils leur font confiance pour sortir de la crise quand ça va mal. Ils détestent la police mais ils lui font confiance pour les protéger. Il y a trop de confiance. Alors, nous allons devoir la tuer.

— Arthur m’a dit la même chose, qu’il fallait tuer la confiance.

 

À l’évocation du nom d’Arthur, Elia semble marquer un temps d’arrêt. Mais Stan ne perçoit aucune fuite émotionnelle. Plus rien ne lui rappelle la femme qu’il aime. C’est une étrangère qui s’adresse à lui. Même son ton de voix ne lui est plus familier.

— Arthur. Sais-tu qu’il avait compris, depuis toujours, que le premier pilier à abattre était la confiance du peuple dans ses dirigeants ? Nous sommes des animaux de meute, disait-il. Sans chef, sans leader que nous reconnaissons comme capable de nous guider, nous ne serons que bons à nous entre-dévorer.

— C’est pour cela qu’il a poussé Argenton au sommet ? Pour que les gens lui fassent confiance jusqu’à ce qu’Arthur décide de le jeter à bas ?

— Oui. Une idée de génie, non ? Tu construis un personnage inoxydable, vertueux dans tous ses actes. Tu le laisses monter à la force du poignet, tu l’engages dans des combats tous plus valorisants les uns que les autres. Tu lui permets d’obtenir le ministère le plus en vue, la transition écologique, en pleine crise climatique et dans la tourmente du prix du pétrole toujours plus haut. Et patatras ! Tu déclenches un scandale et tu montres aux gens que celui qu’ils prenaient pour le plus honnête était en fait le pire de tous. Amusant, non ?

— Et pourquoi Jonchay ? Pourquoi Schuller ?

— Jonchay parce qu’il était le leader du pétrole. Facile. Normal qu’il arrose tout le monde. Et Schuller, parce que l’expérience ne va pas juste toucher la France. L’objectif, c’est l’Europe.

Stan tourne le dos à Elia, il commence à faire les cent pas dans le salon, pour réfléchir. Son cerveau en ébullition commence à mettre bout à bout les morceaux de cette histoire. Il revient rapidement pour se camper devant sa femme.

— Elia, je n’arrive pas à croire ce que j’entends. Tu es prête à semer le chaos pour une… expérience ?

— Oui, Stan, une expérience. Nous allons bien voir ce qui va advenir de ce vieux continent quand chacun devra se débrouiller tout seul. La solidarité ? Tu crois ? Ou la compétition pour survivre ?

— Comment as-tu pu en arriver là ?

Elia rompt le contact visuel, elle se met à marcher dans le salon, à son tour. Un jeu entre eux s’est mis en place. Chacun prend la main sur le tempo. Mais aucun ne souhaite vraiment danser avec l’autre.

— Je ne t’ai jamais parlé de mes parents, je crois ?

— Non.

— Que sais-tu d’eux, Stan ?

— Ton père était médecin. Pédiatre, c’est ce qui t’a donné ta vocation. Ta mère était médecin aussi. Je crois…

— Sais-tu comment ils sont morts, Stan ?

— Non.

— Nous avons eu un accident de voiture. Un terrible accident. J’étais petite, à peine huit ans. Je dormais sur la banquette arrière quand la voiture a quitté la route et que nous avons fait plusieurs tonneaux.

— Je ne savais pas.

— Peu de gens savent. J’ai été éjectée. Mes parents sont morts sur le coup.

Elia parle en marchant. Ses mots sont calmes. Posés. Ce sujet devrait laisser apparaître des touches d’émotion dans sa voix, mais rien. Stan ne perçoit rien d’autre qu’une histoire sans âme. Une histoire d’une âme morte.

— Ce qui a tué mes parents, Stan, ce n’est pas l’accident. Ce qui les a tués, c’est la confiance. Ils ont fait confiance. Mon père était un spécialiste des maladies respiratoires chez l’enfant. Ma mère était pneumologue. Avec mon père, ils sont les premiers médecins en Europe à avoir fait le lien entre le plomb contenu dans l’essence des véhicules et le développement des morts par cancer du poumon, asthme, bronchites chroniques. En leur âme et conscience de médecins, ils ont alerté leurs collègues, puis l’Académie de médecine, sur cette corrélation. On leur a dit de ne pas communiquer leurs résultats, que les autorités allaient se saisir du problème pour le régler. On les a même remerciés. Et ils ont fait confiance.

— Mais rien ne s’est passé, répond laconiquement le négociateur.

— Non. Au contraire. Mes parents constataient l’augmentation du nombre de cas, et rien. Pas de réponse des autorités. Alors mon père a voulu s’adresser à la presse. Il a fait des dossiers, qu’il a fait parvenir aux grands patrons des rédactions. Mais voilà, dans ces années-là, la France sort de deux chocs pétroliers, un premier en 1973 avec l’OPEP, un second à cause de l’Iran en 1979. Il lui faut construire un champion du pétrole. C’est la création du groupe Oct’Oil. Alors, tu te doutes bien qu’il n’est pas question que deux pauvres médecins viennent sonner l’alarme sur l’utilisation de l’essence au plomb alors qu’on essaie de bâtir le premier géant français du secteur. Trop d’intérêts en jeu. Et pas uniquement pour le positionnement stratégique de la France dans le pétrole. Des proches du pouvoir ont mis beaucoup d’argent dans le projet Oct’Oil. Des fortunes vont se faire. Colossales. Alors, des gens qui crachent leurs poumons à cause de l’essence distribuée par leur champion, ce n’est pas important.

Au fur et à mesure qu’Elia raconte son histoire, Stan a l’impression de retrouver dans ses mots quelques touches de la femme qu’il connaît. Des intonations familières. Le ton de leurs confidences. Elia n’est peut-être pas si loin. Elle continue :

— Un matin de 1982, alors que l’on roule sur une route de campagne, la voiture de mes parents sort de la route et fait plusieurs tonneaux. Je m’en sors par miracle, mais pas eux. Fin de l’affaire. Jusqu’en 1997.

— Qu’est-ce qui se passe en 1997 ?

— Les parents d’Arthur et les miens étaient très proches, tu le sais. Ils se sont occupés de moi, et j’ai aussi fait médecine parce que le père d’Arthur était un des élèves de mon père. En 1997, Arthur entre au cabinet du directeur du renseignement de la DGSE. Il fait quelques recherches. En cherchant « Eisenberg », le nom de mes parents, il tombe sur un dossier.

Elia laisse passer quelques fuites émotionnelles. Furtives. C’est la première fois qu’elle raconte à son mari l’histoire de ses parents. Cette histoire qui hante ses souvenirs, ses nuits, quand Stan la sent se réveiller en sursaut. Il aimerait la prendre dans ses bras, la réchauffer, lui montrer qu’il est là, qu’ils sont toujours un binôme. Prêts à tout affronter à deux. Mais Elia reprend son récit, sa voix s’est posée encore une fois :

— Arthur a vu le dossier. Mes parents ont été tués sur ordre. Pour l’intérêt de la France. C’est ce qui était écrit. Ils ont voulu sauver des vies, ils ont fait confiance, et on les a tués. Ils ont été poussés hors de la route par un camion conduit par des agents français des services secrets.

— Et toi aussi, tu étais dans la voiture.

— C’est vrai, mais je n’ai été que la spectatrice. Je dormais à l’arrière, et quand je me suis réveillée, j’étais à plusieurs mètres de la voiture. Bizarrement, je n’avais pas froid. J’ai attendu de longues minutes de voir la main de ma mère bouger. Parce qu’elle ne pouvait pas être morte. Une maman, ça ne meurt pas, surtout quand elle a une petite fille de huit ans.

Stan s’est approché d’Elia. Les yeux de sa femme se sont remplis de larmes. Sa voix est froide mais ses yeux expriment douleur et colère.

— Elia, mon amour. Je t’en prie, ne laisse pas parler ta colère.

— C’est toi qui me dis ça ? Toi qui fais de ta colère ta principale force ?

Elia s’est reculée, elle parle plus fort :

— Ma colère est ma force, à moi aussi ! Et je la mets au service d’un avenir différent. Nous sommes des milliers à penser qu’il faut prendre des décisions radicales.

— Et tu crois que cela justifie de tuer Argenton, Jonchay, Arthur ? Pour te venger d’Oct’Oil ?

— Arrête avec ça ! Il n’est pas question de vengeance mais de salut !

— Elia. Tu m’as aimé ou tu m’as utilisé ?

Un sourire apparaît sur le visage d’Elia.

— Je t’ai choisi parce que tu étais le meilleur, parce que tu pouvais m’aider. Quand je t’ai présenté à Arthur, il m’a dit que tu étais le choix idéal pour nous, et que si je parvenais à te retourner, tu pourrais nous aider à monter ce projet ; mais voilà, tu as été plus fort que moi. Tu as été le seul moment heureux de ma vie. Tu as failli me faire perdre le sens de ma mission. Ils ont voulu te tuer, tu sais ?

— Tu n’as pas répondu à ma question, Elia.

— Je t’aime toujours, Stan. Je t’aimerai toujours. Mais les enjeux nous dépassent, dépassent ce que je peux ressentir pour toi. Il nous faut faire des sacrifices, des renoncements, Stan. Et mon sacrifice, c’est toi.

Les mots frappent comme des couteaux. Tranchent. Lacèrent. Stan se sent transpercé. Il sait reconnaître la détermination quand quelqu’un s’exprime. Elia est plus déterminée que jamais.

— Ce qui se passe n’est qu’un début. Nous avons cassé la confiance des gens envers leurs politiques. Ils vont devoir agir sans eux, décider par eux-mêmes. Nous allons aussi casser la confiance que les gens ont envers ceux qui sont censés les protéger. Pour qu’ils redeviennent acteurs de leur propre sécurité. Pour les rendre plus forts. Et tant pis pour les plus faibles.

— Tu peux tout arrêter, Elia. Il est encore temps. Si tu es le Duc, je suis certain que tu peux mettre un terme à tout ça, pour qu’il n’y ait pas de conséquences plus graves encore.

— Non, Stan, je ne m’arrêterai pas.

— Moi, je peux t’arrêter.

— Si tu m’arrêtes, quelqu’un d’autre prendra ma place. Duc, c’est le terme que les gens ont retenu. Le terme exact est Dux. Comme Dux Bellorum. Les chefs de guerre que les Romains déployaient dans toute l’Europe pour organiser leurs actions. Il y a des Dux dans toute l’Europe, Stan. Nous sommes organisés, je te l’ai dit. Joshua en était un. Tu te rappelles ?

— Comment oublier celui qui a failli nous tuer tous ?

Stan a changé de ton, lui aussi. Elia le sent. Mais il n’y a pas de peur sur son visage. De l’autre côté de la porte d’entrée, des bruits se font entendre. Stan tourne la tête, pour mieux écouter. Quelques légers bruits de frottement, de ceux qu’une équipe d’intervention peut faire en se mettant en place dans un couloir. On chuchote. Visiblement, l’équipe d’intervention de la DGSI a fait vite pour retrouver le négociateur. Elia lâche :

— Tiens, on dirait qu’ils sont là. Toi qui aimes avoir le choix, tu n’en as plus guère. Soit tu te rends à la police, et il y a suffisamment de preuves contre toi pour que personne ne te croie innocent, soit tu fuis et tu accrédites le fait que tu es coupable.

Stan doit décider. Et il n’est pas du genre à se laisser enfermer dans une cage.

— Il faut qu’on parte. Vite ! Viens avec moi, Elia !

— Je n’ai rien fait, moi. Je suis une femme abasourdie, qui découvre ce que son mari a fait. Tu penses que si tu leur dis que je suis le Duc, ils vont te croire ? Pour eux, pour tout le monde, c’est toi, le Duc. Tu ferais mieux de t’enfuir tant que tu peux encore. Adieu, Stan.

Les bruits s’intensifient dans le couloir. Dans quelques secondes, le bélier va défoncer la porte. Il lui faudra peut-être quelques coups, mais ils vont rentrer. Stan se dirige rapidement vers le fond de l’appartement. La porte de service. Ce serait le diable que les policiers de la DGSI y aient pensé. Il tire le lourd rideau qui isole l’appartement de la vieille porte en bois, tourne les deux verrous, et ouvre d’un coup sec. Personne. L’escalier de service poussiéreux et qui sert de débarras à tous les appartements de l’immeuble va certainement lui sauver la vie. Le négociateur a à peine le temps de refermer le rideau et la porte de service qu’il entend un énorme bruit sourd. Puis des cris : « Police ! Police ! »

 

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