L’organisation
Chapitre 82
Bourgogne. 8 octobre 2023
— Tu penses que c’est quoi, la suite ?
Nathalie est installée dans le canapé du salon. Sa question reste sans réponse. Stan, assis dans un fauteuil, est absorbé par ses pensées. Sa peur. Colossale. Qu’il doit garder pour lui. Debout derrière eux, l’Israélien croit bon de rajouter :
— Gonflé d’avoir impliqué Lara là-dedans, quand même.
Parfait pour culpabiliser un peu plus Stan.
— Je sais, mais maintenant, nous avons quelqu’un dans la place.
— Oui, c’est une chance, ponctue Moïse en s’apercevant de sa maladresse. Et tu en penses quoi, de la suite dont Elia a parlé à Lara ?
— Je ne sais pas. Quand je l’ai vue pour la dernière fois à l’appartement, ce n’était plus la femme que je connaissais.
Stan a les yeux dans le vide. La pièce est plongée dans l’obscurité, et seule la lueur du feu dans la cheminée découpe les traits de son visage fatigué. Nathalie poursuit :
— Lara t’a dit que Sofiane était impliqué ?
— Oui.
— Tu penses qu’il joue quel rôle ?
— Sofiane est un stratège. Il organise, il planifie. Il décide.
— Et ce n’est pas bon ?
— Il est fort. Certainement un des meilleurs agents que je connaisse. La suite, ça peut être n’importe quoi.
Stan s’est rapproché de l’âtre, pour remuer les bûches et relancer les flammes qui réchauffent doucement la vieille maison endormie. Sofiane impliqué dans tout cela. Il n’a rien vu venir.
— Elia a voulu faire payer à Oct’Oil la mort de ses parents. Mais cela va au-delà, j’en suis certain. Elle a dit qu’elle voulait faire une expérience, remettre les gens dans l’adversité.
— Elle veut faire s’effondrer le système, lâche Nath. Comme Joshua. Comme les Kuzuka.
Le téléphone de Stan sonne. Une série de bips, et une vibration. Un appel sur Signal.
— C’est François, mon ami du commandement des opérations spéciales, indique Stan pour rassurer Moïse.
Le négociateur décroche et met le téléphone sur haut-parleur.
— Salut François.
— Salut Stan. Tu es en sécurité ?
— Oui. Ne t’inquiète pas.
— J’ai vu les infos sur Argenton, on sait tous que ce sont des conneries, ce qu’ils ont dit sur toi.
— Je sais. Merci, vieux frère. Et toi, comment ça va ?
— Nous sommes sous pression, tu t’en doutes. Les autorités sont soit absentes, soit en panique. Ordre plus contrordre égale désordre. Tu sais de quoi je parle.
Stan sourit, il a tellement prononcé cette phrase.
— François, j’ai besoin de toi.
— Je me doute que si tu as activé nos vieux réseaux, ce n’est pas juste pour prendre des nouvelles.
— Ce qui se passe en France, le scandale Argenton, les fusillades avec la police, les attaques sur les navires d’Oct’Oil, tout ça est organisé.
— On s’en doute. Les services sont là-dessus. Toutes les unités du COS sont en alerte depuis que tout ça a débuté. Les autorités politiques ont été mises à l’abri, nous avons été alertés par plusieurs services européens que les groupes de protection ou de gardes du corps pourraient être infiltrés par des membres de l’organisation à la manœuvre dans tout ce bordel. Il y a eu une quinzaine d’assassinats de dirigeants en Europe depuis vingt-quatre heures.
Stan réfléchit. Intègre. Digère. Il reprend :
— Ma femme est impliquée, et un ami, Sofiane, ex-DGSI.
— Ça aussi, nous sommes au courant.
— François, il y a une grosse organisation derrière tout ça. Quelqu’un qui se fait appeler le Duc. Leur but est de déstabiliser le pays.
— Tu ne veux pas me rejoindre au CPCO pour qu’on te débriefe ? 1
— Non, impossible.
— Je m’arrange avec les flics, si tu veux.
— Ce n’est pas le problème. Lara est avec eux.
— Impliquée ?
— Infiltrée.
— Tu as infiltré ta fille ?
— Écoute, c’est plus compliqué que ça. Ce que je sais, c’est que leur attaque n’est pas terminée et je pense que le point de départ de l’attaque informatique est à Maurice. Lara y est actuellement, avec Elia et Sofiane. Tu peux monter une opération là-bas quand on aura identifié précisément le lieu ?
François laisse échapper un rire.
— Stan ! Les choses ont changé depuis que nous sautions des avions. Le COS peut monter des opérations secrètes, mais pas clandestines. Impossible de faire quoi que ce soit sans avoir le go des autorités et une bonne raison. Une très bonne raison. Et on ne l’aura jamais en nous fondant simplement sur les informations de ta fille.
— Tu ne penses pas que le chaos qui a lieu en France et en Europe en soit une ?
— Nous sommes mobilisés sur la projection intérieure des forces spéciales pour sécuriser les points névralgiques du pays.
Stan sent que François rumine.
— Stan, j’ai un détachement de commandos marine à La Réunion. Il doit y avoir quatre cent cinquante kilomètres côte à côte, soit deux cent
cinquante nautiques. C’est le rayon d’action max de nos ECUME . Si tu 2 veux, je les envoie récupérer Lara, ils peuvent être à Maurice dans cinq heures. C’est la seule chose que je peux faire. On a des émeutes aussi à La Réunion, je crains que d’ici à demain, les équipes soient mobilisées sur place et ne puissent plus bouger.
Nathalie, qui a écouté la conversation, fait un signe de la tête sans équivoque. Il faut sortir Lara de ce piège. Sans tarder. Et l’occasion est trop belle.
— Merci François, tu es un frère. Mais j’ai besoin de Lara là-bas. On n’a pas fait ça pour s’arrêter avant d’avoir tout tenté pour stopper ces dingues.
— Tu n’as pas changé, frérot. Fais attention à toi, je reste en stand-by pour la suite. Si besoin…
Stan lève les yeux vers Nathalie, comme pour attendre son approbation. Pour avaliser le risque qu’il vient de prendre. La psychologue sourit.
— Tu sais ce que tu fais, alors c’est la bonne décision.
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