L’organisation
Chapitre 8
Paris, hôpital Necker. Mars 2023
Elia est assise sur le banc du vestiaire, au milieu des odeurs d’hôpital. Les yeux dans le vague, dans la presque pénombre de la pièce. Il est un peu plus de six heures du matin, mais elle n’a pas eu le courage d’enlever sa blouse de bloc après l’opération. Cinq heures pour opérer en urgence. Cinq heures à observer sa collègue chirurgienne mener à bien une greffe pulmonaire sur son petit patient. Hakim. Sept ans. Beau comme un cœur, mais des poumons qui ne fonctionnent pas. Ou pas bien. Espérons que la greffe réglera le problème et qu’Elia n’entendra plus de sifflement à chaque inspiration du petit garçon.
La porte du vestiaire s’entrouvre, laissant pénétrer un peu de la lumière du couloir. Cendrine, la chirurgienne qui a greffé l’enfant, entre à son tour dans la pièce.
— Qu’est-ce que tu fais encore là ? demande-t-elle doucement, comme si elle s’adressait à quelqu’un d’endormi.
— Rien. Je souffle un peu.
En jetant un œil sur sa montre, Elia s’aperçoit que cela fait plus d’une heure qu’elle est assise sur ce banc inconfortable. Cendrine continue :
— Stan n’est pas là ?
— Non, il est en mission.
— C’est ça d’être mariée avec un négociateur de crise. Il y a toujours quelqu’un à sauver. Vous êtes un peu pareils, tous les deux.
— Je crois que je le voyais plus quand il était dans la police que depuis qu’il a monté sa boîte.
— La rançon du succès. Il est où ?
— Je ne sais pas. Il ne dit rien de ses missions. Je crois qu’il est à Paris, mais je l’ai entendu parler d’un truc en Afrique.
— Moi, ça m’emmerderait que mon mec se barre sans que je sache où il est. Je le harcèlerais jusqu’à ce qu’il me le dise.
— Et du coup, tu n’as plus de mec.
— Ouais. C’est peut-être pour ça.
Tout en parlant, Cendrine a jeté sa blouse opératoire sur le sol et a ouvert son vestiaire pour prendre un paquet de cigarettes et un briquet. En quelques secondes, elle tire sur sa première bouffée de tabac.
— Tu sais que c’est interdit de cloper dans l’hôpital ?
— Oui. Mais je m’en fous. Faut bien mourir de quelque chose. Cette semaine, j’ai perdu une patiente qui ne buvait pas, ne fumait pas, mangeait bio. Et pourtant, elle est morte d’un cancer et on n’a rien pu faire.
— Du coup, tu traites le mal par le mal.
— Ouais. Rien à foutre de la mort, conclut Cendrine en tirant sur sa cigarette.
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