L’organisation

Laurent Combalbert · Chapitre 42 sur 88

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L’organisation

Chapitre 43

 

Paris. 7 octobre 2023

 

— Sur CNN ? Vous plaisantez ?

Si Marc du Jonchay n’était pas en train de parler avec Stanislas Monville, il aurait raccroché le téléphone et serait passé à autre chose.

— Marc, je sais que cela peut paraître étrange, mais c’est la vérité. Ils ont également reçu une photo sur laquelle vous apparaissez, avec Argenton, Adams et Oulianoff.

Debout dans son grand bureau, au quatre-vingt-sixième étage de l’une des plus hautes tours de la Défense, Jonchay fixe l’horizon. Plein est. Vers Paris. Le jour est levé depuis peu, et un soleil blafard baigne la capitale d’une lumière étrange, presque surréaliste. Devant lui, son toit-terrasse. Il a l’un des plus beaux bureaux des patrons du CAC40. Une vue à cent quatre-vingts degrés sur la région parisienne, au milieu de quelques plantes. Mais ni la météo ni le froid du matin ne se prêtent à une sortie sur la terrasse.

— Rassurez-moi, ce n’est pas illégal d’être pris en photo avec des acteurs du monde du pétrole, surtout quand on est l’un d’entre eux ?

— Non, bien sûr. Mais quand vous êtes tous dans la maison mauricienne d’un ministre français qui a été payée cash par une banque russe associée à ce même monde du pétrole, même si ce n’est pas illégal, il va falloir vous préparer à vous expliquer.

Un nouveau silence. Jonchay réfléchit. Un long soupir avant de reprendre.

— Stanislas, où êtes-vous, là ?

— À l’agence.

— Bon. Je peux passer vous voir ?

— Bien sûr. Mais vous ne préférez pas que je vienne ?

— Non. Je préfère vous voir dans un lieu plus discret.

— Comme vous voulez.

Jonchay n’en a pas terminé, Stan le sent. Son silence est plein. Plein de sens. Plein de quelque chose qui doit sortir.

— Stanislas, je crois que notre ami Argenton nous cache pas mal de choses. J’ai des informations qui me laissent penser qu’il manœuvre plus qu’il n’est victime. Laissez-moi trente minutes, je vous rejoins. Quelle est votre adresse ?

— Je vous l’envoie par SMS.

— Vous avez déjà entendu parler du Duc ?

— Une fois, oui. Pourquoi ?

— On verra ça tout à l’heure.

Marc du Jonchay raccroche son téléphone, et s’approche de la porte d’entrée de son bureau qu’il entrouvre pour s’adresser à son assistante.

— Estelle, appelez Robert, s’il vous plaît.

— Bien, monsieur.

— Et annulez tous mes rendez-vous de la matinée. Merci, Estelle.

Sans attendre de réponse, le patron d’Oct’Oil est déjà retourné dans son bureau pour enfiler sa veste et ranger les dossiers qui occupent une bonne partie de sa table de travail.

À peine une minute s’est écoulée depuis qu’il s’est adressé à sa secrétaire et quelqu’un frappe à la porte.

 

— Entrez !

Une armoire à glace pénètre dans le bureau. Costume bleu, chemise blanche, cheveux courts. Mâchoire carrée. Un sportif, ou du moins un ancien sportif, à en juger par ses tempes grisonnantes. Ancien des forces spéciales, il travaille depuis quelques années pour Oct’Oil. C’est le chauffeur de Jonchay, et il assure aussi sa protection, même si le PDG n’aime pas trop ça. L’homme referme la porte derrière lui.

— Robert, nous allons à Paris.

— Bien, monsieur. Déplacement imprévu ? Je ne l’ai pas au planning.

— Oui. Nous allons à l’agence de Stanislas Monville. J’ai cru comprendre que vous le connaissiez ?

— Nous nous sommes croisés dans une ancienne vie.

Jonchay fourre quelques documents qu’il vient de sortir de son coffre-fort dans son cartable, et s’approche de la porte pour sortir. Le chauffeur attrape le manteau de son patron et le tend vers lui pour qu’il puisse l’enfiler avant de descendre. Jonchay passe le bras droit dans la manche du manteau, mais son dos se heurte à une masse imposante. Avant qu’il n’ait pu réaliser, Robert enserre son cou de son bras droit. Marc du Jonchay est figé. Tétanisé par la surprise et par la force de son chauffeur. En un coup sec, l’ancien militaire brise la nuque de son patron, qui s’effondre de tout son poids sur la moquette épaisse. Presque sans bruit.

Robert tend l’oreille. Aucun bruit, personne n’a entendu. Il fait coulisser la baie vitrée du toit-terrasse. Le vent s’engouffre dans le bureau, emmenant avec lui les feuilles d’automne. Le froid est mordant, mais Robert ne sent rien, l’adrénaline fait son œuvre.

L’homme sort sur la terrasse, pour s’assurer qu’il n’y a personne. Vérification inutile, seul Jonchay a l’accès. Et il n’y a aucun vis-à-vis, la tour Oct’Oil est une des plus hautes du quartier. Robert retourne dans le bureau. Il saisit le corps par les aisselles, pour l’asseoir sur le sol. Une masse morte est toujours plus lourde qu’un corps en vie, mais le chauffeur n’en a cure. Il soulève Jonchay, et s’approche sans hésiter de la rambarde de la terrasse. Il hisse le corps à la hauteur de la paroi vitrée, puis le fait basculer dans le vide. Sans même regarder le cadavre chuter, Robert retourne dans le bureau. Il raccroche le manteau à la patère, saisit le cartable de Jonchay, le vide de ses documents qu’il cache dans son dos, à l’intérieur de son pantalon, sous sa veste. Puis, Robert se met à hurler :

— Non ! Non ! Monsieur ! Ne faites pas ça !

Il se précipite vers la terrasse, comme pour empêcher quelqu’un de sauter. Quelques secondes plus tard, Estelle, l’assistante, entre dans le bureau précipitamment. Elle court vers la terrasse, pour rejoindre le chauffeur.

— Qu’est-ce qui se passe ?

— Jonchay ! Il vient de se jeter dans le vide !

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