L’organisation
Chapitre 81
Île Maurice. 8 octobre 2023
La vibration se répète. Lara émerge du sommeil pâteux dans lequel elle est tombée, épuisée d’avoir pleuré, d’avoir maudit, d’avoir juré. La nuit est tombée sur Maurice et le bruit des insectes du soir accompagne la danse des geckos sur les murs de la chambre.
Son téléphone est éclairé, plusieurs notifications s’affichent. Dont une depuis Discord. Sans réfléchir, la jeune fille saisit l’appareil, le déverrouille et se connecte sur le serveur. Une simple question apparaît :
« Spano ? »
Impossible que ce soit son père. Il est mort. C’est un vieux message. Sûrement arrivé en retard. La tristesse ne l’a pas quittée, cette bouffée de chaleur fétide l’envahit encore. Elle a raté le dernier message de son père. Le dernier échange qu’elle aurait pu avoir avec lui. Peut-être qu’il voulait lui demander de l’aide ? Peut-être aurait-elle pu le sauver ? Lara jette son téléphone sur le lit. Inutile de se faire encore plus de mal. Putain de décalage horaire, de réseau pourri. Elle expire, se force à vider ses poumons. Elle ne parvient pas à se sortir ce dernier message de la tête. Il faut dormir. Pour ne pas devenir folle.
Elle reprend machinalement le téléphone. Elle regarde l’heure du message. Vingt-trois heures douze. Le message est tombé il y a quatre minutes. C’est un piège. Forcément. Quelqu’un essaie de l’identifier. Son père l’avait prévenue. Sofiane est malin, il essaie certainement de la pousser à la faute. Ne faire confiance à personne. Mais son cœur s’emballe. Sa respiration aussi. Garder un espoir, c’est une question de survie. Elle tape frénétiquement :
« Pourquoi Spano ? »
Pas de réponse. Évidemment. Et une vibration :
« La BD. »
Le cœur de Lara s’affole, sa tête va exploser. Encore une question :
« Quelle BD ? »
« Celle que je t’ai rapportée d’Argentine. »
Qui d’autre peut savoir ? Personne à part son père et elle ne sait qui est Spano et d’où vient ce surnom.
« Papa ? »
Les caractères se mélangent, Lara doit s’y reprendre à plusieurs reprises pour écrire correctement ce simple mot, sa vision se brouille. Et la réponse qui la libère :
« Oui, chérie. Je vais bien. »
Cette fois, les larmes sont chaudes. Brûlantes. Merveilleuses. Lara ne peut s’empêcher de pousser un cri, étouffé par son instinct, mais tellement bon. Elle prononce à voix basse :
— Papa…
Comme si Stan pouvait l’entendre. Mais il l’entend, c’est sûr. Lara sent d’un seul coup la chaleur de ses bras autour d’elle. Elle sent son odeur, son souffle contre la peau de sa joue. Elle n’a plus peur, il est revenu la protéger. Bientôt la chercher. Comme toujours.
« Elia m’a dit que tu avais été abattu par la police. »
« Désolé, il fallait brouiller les pistes. Mais je vais bien. »
« Je vais tuer cette pute. »
« Non. Tu ne vas tuer personne. J’ai besoin de toi. »
Lara entend la voix de son père prononcer cette phrase. Et insister :
« J’ai besoin que tu sois mes yeux et mes oreilles. J’ai besoin que tu sois posée. Forte. Comme tu as su l’être jusqu’à présent. »
Quelques secondes pour respirer bruyamment.
« Ok. Partie remise. »
« L’opération qu’Elia a montée ne s’est pas arrêtée. Il faut que je sache d’où les attaques informatiques sont lancées. Peut-être depuis Maurice. Il faut que tu l’apprennes rapidement. »
Lara doit garder son calme, se montrer plus maligne. Plus manipulatrice qu’Elia.
« Elle m’a dit qu’il allait y avoir une suite dans quelques jours. Je vais essayer d’en savoir plus. Sofiane est impliqué aussi. Je crois même que c’est lui qui dirige tout. »
« Sofiane ? »
« Oui. Il est ici. Julie aussi, et d’autres personnes. »
Quelques secondes de silence, avant un nouveau message de Stan.
« Sois prudente. Ils sont capables de tout. »
Il n’y aura pas de réponse. Lara s’est déjà déconnectée du serveur. Elle est en mission, désormais.
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