L’organisation

Laurent Combalbert · Chapitre 1 sur 88

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L’organisation

Chapitre 2

 

 

Asnières. Septembre 2021

 

Le froid du béton. Tranchant. Perfide. France ne connaît que trop ces réveils. Les pieds gelés. L’âcreté du vomi dans la bouche. La sensation humide de ses cheveux collés sur son front. La moiteur de son corps malgré le froid. Et le dégoût. De son corps. D’elle tout entière.

La pièce est éclairée, mais la lumière n’est pas désagréable. Pas question d’empêcher celui qui s’y trouve de dormir, au contraire. Cette cellule est le lieu du retour au calme. Du retour à la vraie vie. Du retour à l’enfer de la réalité, parfois.

France s’est déjà retrouvée en cellule de dégrisement. Vieille mauvaise habitude. Mais la question qu’elle se pose en ce moment est celle du lieu. Où est-elle ? Commissariat de police ? Gendarmerie ? Comme souvent, elle n’a aucun souvenir de ce qui s’est passé. Pas encore. Elle ne regrette pas encore d’avoir bu. Trop bu. Trop vite. Des alcools trop forts. De la vodka cette fois. Parce qu’il faut que ce soit de plus en plus fort. Pour oublier.

La femme jette un regard rapide autour d’elle. Première bonne nouvelle, elle est seule. Les fois où elle a été enfermée avec les clochards de la nuit se sont rarement terminées dans le calme. Seconde bonne nouvelle, la cellule est propre. Elle n’est pas chez les sauvages. Mais la question reste en suspens. Police ou gendarmerie ?

 

Un bruit de clé dans la serrure. On dirait que la réponse à l’interrogation de France n’est plus qu’une question de secondes. La lourde porte de la cellule de dégrisement s’ouvre en grinçant, et un jeune homme apparaît. Chemise bleue. Galons de gardien de la paix sur les épaules. C’est la police. L’homme entre dans la pièce.

— C’est bon, vous êtes réveillée ?

France lève la tête vers le fonctionnaire. Elle grimace, en confirmant d’un signe de tête. Le flic poursuit :

— Désolé, on ne savait pas que vous étiez de la maison, capitaine. Quand on a fouillé vos vêtements, il n’y avait pas de carte de police. C’est quand on a passé votre nom au fichier qu’on a vu. Mais c’était après le signalement au procureur, alors…

— Alors, je vais avoir des ennuis, lâche France dans un souffle. Ce ne sera pas la première fois.

 

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