L’organisation

Laurent Combalbert · Chapitre 14 sur 88

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L’organisation

Chapitre 15

 

Île Maurice, hôtel Labourdonnais. Septembre 2023

 

Sur la terrasse du centre d’affaires où se réunissent les participants à la réunion sur le climat, Pascal Argenton tente tant bien que mal de trouver un peu de fraîcheur. Sa chemise jaune pâle et ses manches relevées le font plus ressembler à un touriste qu’à un ministre de la Transition écologique. Même français. Avec son mètre soixante-quinze et ses cheveux courts poivre et sel, il est plutôt passe-partout. Peut-être aussi à cause des Ray-Ban qu’il porte sur le nez. À côté de lui, son clone. Ou presque. Même taille, même coupe de cheveux, même attitude faussement détendue pour laisser penser que tout est sous contrôle. Un ministre, son directeur de cabinet. Même promotion de l’ENA. Les deux hommes se connaissent depuis vingt ans, et Arthur a toujours été l’éminence grise de Pascal. Jusqu’au sommet.

Stan ne peut s’empêcher de les dévisager, de les scanner. Pour voir ce qui se cache derrière ces animaux à sang froid, cyniques, joueurs. Parfois jusqu’à l’absurde. Le négociateur voit que le ministre l’observe aussi à travers ses lunettes noires. Argenton l’apostrophe :

 

— Qu’est-ce que cela veut dire, tous vos tatouages sur les bras ?

Stan regarde ses avant-bras sur lesquels se dessinent des tatouages japonais. Les avant-bras, juste une partie du décor qui court sur la moitié de son corps.

— Une vieille histoire.

— Arthur, tu la connais ? demande le ministre en se tournant vers son dircab.

— Non. Je ne suis même pas sûr que sa femme la connaisse non plus. Si ? Elia sait ce que cela signifie ?

— Elia sait tout de moi. Mais elle ne dira rien.

Pascal Argenton se racle la gorge.

— Bon, on a encore dix minutes avant de retourner dans la salle. Stanislas, observez les réactions des uns et des autres autour de la table. J’ai besoin de savoir qui sait quoi et sur qui, et qui joue avec et contre qui. Et surtout qui pourrait jouer pour nous. Vladimir Oulianoff est la personne à convaincre, il est le conseiller du président russe, il peut défendre notre position.

— Pour bien négocier, il faut que je comprenne les enjeux des parties prenantes, répond Stan.

— Les gens avec qui nous négocions se connaissent presque tous. Depuis longtemps. Il y aura des représentants des banques les plus importantes dans le business du pétrole. Seront aussi présents les patrons des plus grosses compagnies pétrolières, dont Marc du Jonchay, le PDG d’Oct’Oil. Arthur m’a dit que c’était un de vos clients ?

— Arthur parle trop. Je ne communique jamais le nom de mes clients. Mais oui, je connais Jonchay.

— Bien, bien. Essayez de lui tirer les vers du nez sur la possibilité de nous soutenir dans l’importation de pétrole russe. Peut-être en le faisant transiter dans des dépôts d’Oct’Oil ?

— Pascal, je suis négociateur. Je ne suis pas là pour faire du renseignement. Surtout quand il s’agit de faire parler quelqu’un que je connais. Posez directement la question à Jonchay, il vous répondra avec sa franchise habituelle.

Le ministre marque un temps d’arrêt, comme s’il avait perçu que sa dernière remarque était déplacée. Sans rebondir, il poursuit :

— Depuis plusieurs mois, certaines des personnes qui seront autour de la table jouent un jeu dangereux. Peut-être toutes. Ce jeu, dont nous avons du mal à comprendre les rouages et les motivations, vise à faire monter le cours du baril. Ce n’est pas que pour l’argent. Tout cela fait monter la tension sociale en Europe, et on ne peut pas se le permettre.

 

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