Luc - P'tit coeur (French Edition)

Katja Lasan · Chapitre 9 sur 68

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Luc - P'tit coeur (French Edition)

Chapitre 7

 

Luc

— Et donc ? Vous allez faire quoi ?

Anna porte la tasse de thé à ses lèvres, avant de croquer avec gourmandise dans son éclair au chocolat. Moi, je touille mon second café, l’esprit tourné vers Dark Moon. Je vois assez rarement ma sœur mais, quand on est ensemble, on prend le temps. On s’était un peu perdus de vue à une époque ; Anna étant trop proche de ma mère, je l’avais effacée de mon paysage, même si cet éloignement volontaire me faisait du mal. Il aura fallu le décès de Babou pour nous réconcilier.

— On se donne le temps. Quelques jours. Fred s’est un peu calmé, il a reconnu qu’il fallait pas trop attendre, prendre le train en marche. Et puis, Danny est tout petit. Ici ou ailleurs, le temps de l’enregistrement, ça lui change rien, à lui. Tant qu’il a à bouffer et qu’on lui change ses couches…

Elle hausse un sourcil scandalisé.

— Tu es si froid, des fois, mon frère. Un bébé, c’est tellement plus que ça. Et ils grandissent si vite que… je peux comprendre Fred.

Sa voix se brise légèrement et je me sens vraiment con. Avec Sohan, son mec – son mari plutôt, depuis quatre ans –, ils essaient en vain de devenir parents. Cependant, les échecs des FIV commencent à leur peser sacrément sur le moral, à tel point qu’elle songe depuis peu à l’adoption, bien que le parcours du combattant l’effraie au plus haut point.

— Scuse-moi, mais… y a pas que lui, putain. Nous aussi on a des vies.

— Je sais. D’ailleurs, comment va Vivian ?

Soupir.

— Elle va. Je dois manger avec elle au resto demain soir. Et je lui ai dit qu’on bouffait ensemble ce midi, au cas où tu la croiserais au détour d’une rue.

Midi ou dix-huit heures, dans le fond, ce n’était qu’un demi-mensonge. Surtout que le siège de e Soul se trouve dans le très chic VIII

arrondissement, à quelques pâtés d’immeubles seulement de la boîte de comm’ d’Anna. Paris n’est pas si grand, ce n’est qu’une illusion.

— Vous allez où ?

— Aucune idée, c’est elle qui invite. Donc, sûrement un endroit où l’on ne passera pas inaperçus.

Vivian aime trop la lumière des projecteurs. Surtout lorsqu’elle est pendue à mon bras.

Ou toi au sien…

D’un coup de tête agacé, je chasse la voix de Dam et finis ce qui reste de mon café. Dans le fond, je sais parfaitement que mes beaux discours ne sont aussi qu’une illusion. Si ce n’était réellement qu’une question de sexe, Vivian ne dormirait pas autant avec moi, elle ne me laisserait pas autant de messages futiles et ne m’inviterait pas au resto. En fait, rien n’est vraiment clair dans cette relation. Il faudra peut-être qu’on y mette un nom un jour, mais ça veut dire devoir parler, se dévoiler. Pas sûr qu’elle et moi en ayons envie. Souvent, je me dis que c’est juste un passage de notre vie. Qu’on se sert l’un de l’autre pour poser nos pions et que ça passera comme c’est venu. Une sorte de sexfriends avec un petit truc en plus, qui ne fera souffrir personne le jour où cela se terminera.

— Si ça t’intéresse, maman va bien aussi.

Vivian dégage aussitôt de mes pensées pour laisser place au visage de ma mère. Si ma sœur est celle qui lui ressemble le plus, mon frère et moi avons également hérité de son physique longiligne et de ses cheveux châtain clair. Pour les yeux, en revanche, Babou m’a légué le bleu-vert des siens.

— Hum ? Ah… ouais. OK.

Au tour d’Anna de soupirer.

— Tu ne l’as pas appelée pour le Nouvel An…

— J’y ai pas pensé. En plus, elle m’a téléphoné, elle, alors pourquoi elle me le reproche ?

— Parce que c’est toujours elle qui t’appelle…

Malgré moi, ma main enserre la tasse un peu trop fort et je plante deux billes énervées dans celles légèrement trop parlantes de ma frangine. À tous les coups, elle a juste voulu me voir pour faire passer le message ! Putain ! J’en ai marre qu’on me prenne pour un con.

— Et pourquoi, à ton avis ? Ça se termine toujours par les mêmes conneries. Un jour, faudra peut-être qu’elle comprenne que je n’ai plus seize ans et que je gère parfaitement ma carrière. Le paternel me fout bien la paix, lui. Qu’elle fasse pareil !

Ses doigts fins enlacent les miens.

— Tu sais pourquoi. Elle aime gérer les choses et, avec toi, tout lui a échappé. Elle t’aime, Luc, elle ne sait simplement pas comment te le dire. Et comme toutes les mamans, elle a peur qu’il t’arrive quelque chose.

Je croirais entendre Clarisse…

— Quand elle cessera de me juger et de juger Dam, grondé-je, peut-être que, ouais, ce jour-là, je prendrai à mon tour le téléphone.

Elle n’insiste pas. Je retire ma main, jette un billet sur la table.

— C’est pour moi, frangine. Passe le bonjour à Sohan de ma part.

— Luc…

Mais j’ai déjà récupéré l’étui de ma basse fétiche à mes pieds. Je me penche vers Anna, pose un baiser léger sur ses cheveux méchés et me barre sans me retourner, une boule d’aigreur au fond de la gorge.

 

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