Luc - P'tit coeur (French Edition)
Chapitre 42
Luc
— J’ai couché avec Margot.
Le bus VW fait une embardée. Dam pousse un juron et vire à droite, le pied à fond sur le frein.
— Tu fous quoi, bordel ? m’alarmé-je alors que des coups de klaxon furieux se perdent dans le lointain.
— Toi, tu fous quoi ? Putain, tu plaisantes ? Et tu me balances ça maintenant, alors que t’avais une heure dans l’avion pour me le dire ?
Il tire le frein à main et se tourne vers moi, complètement indifférent de s’être arrêté sur la bande d’arrêt d’urgence.
— Faudrait savoir… Tu me reprochais notre séparation, et, maintenant, tu gueules parce que je me suis remis avec ?
Ces derniers mots ont jailli tout seuls, et bien sûr :
— Remis avec ? Ça veut dire quoi ? Que vous êtes réellement repartis pour un tour ?
— J’en sais rien. On n’a pas vraiment pris le temps d’en parler.
Il ricane.
— Quoi ? me renfrogné-je. C’est vrai. J’ai fini par m’endormir, elle sûrement aussi mais, quand j’ai rouvert les yeux, elle était plus là. Elle m’avait juste laissé un mot.
— Un adieu ? Une déclaration ?
Je soupire et regarde par la vitre.
— Non. Juste un… merci.
— Pouah ! Je sais pas si c’est mieux.
— Y avait un smiley à côté.
— C’est vrai, ça change tout, s’esclaffe-t-il, plein d’ironie. C’était quand ? Comment ?
— Hier. Chez moi. Et pour plus de détails, va te faire foutre.
Bien entendu, c’était la phrase à ne pas dire.
— Oh ! Allez, mon p’tit cœur, fais pas ta prude. Raconte.
Après une courte hésitation qui le fait insister davantage, je finis par lui narrer l’arrivée impromptue de Margot, la tragique fin confirmée de l’autre enculé et les conséquences positives qui devraient bel et bien découler de sa mort. Ça laisse tellement Dam sans voix qu’il ne pense même pas à m’interrompre ni à se plaindre de ne pas avoir eu la nouvelle en premier.
— Donc, en gros, vous avez fêté ça, quoi ?
Je souris en coin.
— En gros… ouais. Et en attendant, tu fermes ta gueule et t’en parles à personne. On reprend la route avant que les flics débarquent ?
Un peu plus de trois quarts d’heure plus tard, on arrive chez Fred (et Alice) avec tout notre matos et nos valises. Les répétitions nous bouffent les journées ; durant ces semaines intenses, mieux vaut dormir directement sur place.
— Hé ! Voilà les plus beaux ! s’exclame Alice.
— Tonton Dam ! Tonton Luc !
Malone nous saute dans les bras, enfin, dans ceux de Damien d’abord, plus proches.
— C’est toi, le plus beau, remarque ce dernier en l’embrassant. Après moi bien sûr.
Le rire enfantin de Malone s’envole avec le sien, puis il me fait un câlin aussi et on va saluer les autres, assis sur la terrasse à profiter du soleil matinal et de la vue sur le lac. On a bien calculé notre coup, c’est pile l’heure de l’apéro.
— Vous allez bien ? s’enquiert Flavia pendant que Fred nous offre deux bières fraîches.
Son attention se porte surtout sur Damien, tout le monde sait qu’Abby rentrait à New York aujourd’hui.
— Luc a remis le couvert avec Margot.
Je recrache ma bière et lui jette un regard de mort. Il se fout de ma gueule ? Putain ! Je l’étrangle avec mes cordes ou les siennes ?
Aussitôt, tous les yeux se braquent sur moi, dans un silence de plomb.
— Alors, t’as vraiment largué ton fruit sec ? s’étonne Fred en premier.
Le « alors » et le « vraiment » ne peuvent signifier qu’une chose : Damien a déjà parlé. D’ailleurs, à mon regard de tueur, il hausse les épaules, l’air de confirmer d’un « ben, ouais » évident, que j’entends par télépathie.
— Je l’ai pas… Vous savez très bien qu’elle et moi, c’était pas…
Mais, à leur mine sceptique, je comprends que, quoi que je dise, mes justifications ne serviront à rien. La colère s’infiltre en moi, à me tordre l’estomac. Je me tourne pleinement vers Dam.
— Je t’avais dit de fermer ta gueule ! C’est quoi ton problème ? Tu vas plus baiser jusqu’à cet été, alors tu te venges sur les autres ?
— Hep ! Y a des oreilles sensibles ici ! gronde Flavia, un coup de tête en direction de Malone.
Trop tard. Dam fulmine déjà.
— Y a des tas de manières de baiser, si tu le savais pas. Gérard et moi, on gère, donc, tes sales piques, garde-les pour toi. Et puis, pourquoi ils sauraient pas ? Toute façon, ils l’auraient appris d’une manière ou d’une autre. Margot se confie aussi à Elsa, si t’avais pas encore compris. Et Elsa, d’après toi, elle se confie à qui ?
À lui et à…
Mon visage dévie directement sur Fred, qui lève sa bière vers moi en approbation.
— Bon, vous deux, intervient en douceur Alice, vous n’allez pas vous engueuler pour de bonnes nouvelles, non ?
— Surtout que la semaine ne fait que commencer, souligne Mike dans un rire. Elle risque d’être longue…
Son clin d’œil vers moi me tire un soupir mi-agacé, mi-résolu. Lui, il sait toujours désamorcer les tensions d’une phrase juste.
— Il a foutrement raison, confirme Fred. Alors, un groscâlin et on passe à la suite ? On a du taf, les mecs.
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