Luc - P'tit coeur (French Edition)
Chapitre 20
Luc
Caché tel un joyau dans son écrin au sein du triangle d’or, quartier ultrachic et haut de gamme de la capitale, l’appartement de luxe de Vivian domine l’avenue Montaigne, soi-disant l’une des plus belles du monde avec les Champs. Tellement luxueux d’ailleurs que, dans cet immeuble aux appartements hors norme, point d’Interphone en guise de sonnette, mais un Digicode d’abord, suivi d’un gardien habillé comme le voiturier d’un palace. Par chance, celui de ce soir me connaît et ne se formalise pas de ma présence à cette heure déjà tardive. C’est donc sans un mot inutile que je prends l’ascenseur, dont les portes dorées s’ouvrent dans le salon de Vivian.
Vêtue d’un ensemble de nuit diablement sexy en soie et dentelle couleur rubis, celle-ci m’accueille depuis son canapé, l’air ravi.
— Quelle appétissante vision ! Toi ici…
Je savais qu’elle ne dormait pas. Depuis la cour, j’avais repéré la lumière feutrée. Sur sa table basse gigogne parfaitement ronde, avec dorures et verre trempé, j’aperçois le prochain numéro de Soul, un échantillon test avant la mise sous presse définitive. Des Post-it arc-en-ciel ressortent de partout et je devine qu’à l’intérieur Vivian a annoté quasiment chaque page.
Dans son métier, cette femme est comme moi : exigeante et pointilleuse à l’extrême. La différence, c’est qu’elle ne l’est pas uniquement avec le magazine et ses collaborateurs. Vivian connaît sa valeur et ne se formalise pas avec ceux qu’elle estime indignes d’elle. Son perpétuel sang-froid – que seul Damien parvient à fendre bien plus que la moyenne – et ses allures de reine, elle les travaille depuis des années, ils sont aujourd’hui comme une seconde peau qu’elle a beaucoup de mal à retirer. Mais cela lui arrive quand toutes les lumières s’éteignent et qu’il ne reste plus qu’elle et moi. Elle me permet alors de franchir l’ultime barrière interdite pour tous les autres, où je la découvre sans fard, tel qu’elle est vraiment. Une femme cultivée, amoureuse de la beauté, des arts et du vieux blues. Son image de connasse prétentieuse aux dents longues, celle que mes potes lui connaissent et dont elle ne parvient pas à se départir en leur présence, n’est pas celle que j’avais aperçue en premier. Certes, son maquillage stylé et ses fringues sans pli juraient dans le décor du pub irlandais, mais au diable ses habituelles bonnes manières et son air arrogant. Elle s’était montrée tout de suite ouverte, joueuse, blagueuse, sachant me draguer avec une subtilité follement attirante.
On peut lui reprocher beaucoup de choses, et sûrement est-ce sa faute. Si elle faisait plus souvent tomber le masque, les gens verraient qui elle est vraiment, mais elle ne peut se le permettre. Jamais. Car, dans ce milieu de requins où la moindre erreur peut faire chuter les plus grands, un seul faux pas de sa part, et personne lui accorderait une seconde chance.
Accro à la mode depuis son enfance, fille d’un dentiste de quartier et d’une petite secrétaire de l’hôtel de ville de Dublin, Vivian s’est hissée seule jusqu’au sommet, sans rien devoir à personne. Ses pions, elle a toujours su les placer avec stratégie et elle sélectionne avec soin ses fréquentations. D’ailleurs, elle est connue pour n’être sortie qu’avec des hommes plus âgés, des hommes de pouvoir, bien sûr, qui lui assuraient une bonne place au sein des dîners mondains et autres soirées branchées de la jet-set. Moi, plus jeune de douze ans, je reste l’exception, et notre duo étrangement assorti a souvent droit à sa une sur Internet ou dans la presse people.
Ce que les nombreux détracteurs de Vivian ont tendance à oublier, c’est que, si elle avait été un homme, ils seraient sans doute les premiers à applaudir son ambition et son implacable réussite. Prédatrice, elle domine son monde avec férocité mais, une fois la porte d’entrée fermée à double tour, dans l’intimité de ses draps en satin, c’est moi qui la domine. Si les gens savaient à quel point elle aime se montrer soumise et à quel point elle mouille dès que je lui ordonne de me sucer, cela ferait longtemps qu’ils cesseraient de trembler dès qu’elle apparaît.
« Peut-être qu’elle te baise comme une déesse, mais n’oublie jamais qu’aucun de ses gestes, aucun de ses mots, aucun de ses compliments n’est gratuit. Elle place ses pions et tu es son roi, mais dans une partie d’échecs, p’tit cœur, l’unique pièce maîtresse du jeu reste la dame. », m’avait averti Damien lors de notre dernier week-end dans le Finistère.
Je le sais, oui. Et non, je n’oublie pas.
J’avance dans le salon, tandis qu’elle se lève pour venir à ma rencontre. Depuis notre altercation au resto, c’est la première fois qu’on se revoit et, putain ! rien qu’à la regarder se déhancher dans sa nuisette, la manche de son peignoir à moitié sous son épaule, la chaleur se répand direct dans mon boxer. Les filles de la bande ont raison : on ne réfléchit vraiment qu’avec notre queue !
— Salut. J’ai vu de la lumière, alors…
— Alors, tu es monté.
Elle s’empare de mon casque, le pose sur une commode, puis, lentement, yeux noyés dans les miens, elle dégrafe mon cuir et fait glisser sa main en toute innocence jusqu’aux boutons de mon jean. La pression adroite de sa paume ne fait qu’augmenter mon excitation mais, avant de me laisser aller à mes fantasmes, faut d’abord qu’on remette les pendules à l’heure.
— T’es sûre que je dérange pas ? demandé-je en jetant un œil vers les tables gigognes.
Sa main remonte et elle finit de retirer mon blouson qu’elle va poser sur le bord de son canapé en cuir sombre.
— Non, au contraire, c’est drôle, car j’étais justement en train de penser à toi.
Je me rapproche, me penche dans son dos et dépose un baiser dans le creux de son oreille, un point qui l’excite toujours terriblement. D’ailleurs, sous la soie, je devine son frémissement et vois par-dessus son épaule ses tétons se mettre à pointer.
— Vraiment ?
Je ne peux retenir mon envie de les pincer et laisse mes doigts se faufiler sous le tissu. Ses seins sont lourds et fermes, j’aime les prendre pleinement, les presser, les malaxer, tout en jouant de mes pouces sur ses pointes dures qui n’attendent plus que d’être aspirées entre mes lèvres.
Son souffle devient tout de suite plus haletant tandis que son corps, déjà sous mon emprise, s’adosse contre le mien.
— Oui… J’ai une… proposition à te faire…
Ma bouche contre son cou, je mordille sa chair tendre en même temps que je retire ma main droite de son sein. Sans perdre une seconde, celle-ci va caresser ses courbes par-dessus la soie, puis s’attarde sur ses cuisses, avant de dévier légèrement pour remonter vers son sexe déjà bouillant et humide. Je souris. Pas de sous-vêtement...
— Mmm… Luc…
Mon index se perd sur son clitoris gonflé alors que mon autre main pince et tire sur son téton gauche, à lui arracher un nouveau petit gémissement sensuel.
— Tu disais ? Quelle proposition ?
La voix entrecoupée de gloussements de plaisir, ses doigts posés contre mon jean, elle tente de m’expliquer que le mannequin masculin prévu des pages trente à trente-quatre de la collection Dolce et Gabbana pour le numéro de septembre ne lui convient pas du tout.
— Trop gamin… il manque de charisme. Il faut… oh, my God… mmmm… refaire la séance photo. Moi, dans ces vêtements… mmm… continue… c’est toi que je vois. Que toi. Tu leur apporterais… charme et rock...
Mon majeur s’introduit en elle. Elle pousse un petit cri.
— Tu referais entièrement la séance ? m’étonné-je.
— On a encore le temps… et le budget… Ils doivent déjà… revoir tellement de… Oh oui, Luc… comme ça… encore… tellement de choses…
J’enfonce deux autres doigts dans sa chatte qui n’en peut plus alors que, sous mon boxer, ma queue commence à être bien trop comprimée. Mais, avant que Vivian ne jouisse, un brin pervers, je retire mes doigts, les porte à ma bouche et recule d’un pas. Mmmm… odeur forte et savoureuse, quant au goût… absolument divin.
— Appelle Serge, vois avec lui.
Déphasée, au bord du supplice, Vivian pivote vers moi et me contemple avec une fureur à la hauteur de son excitation.
— Espèce de salopard, me laisse pas comme ça ! Tu n’as pas le droit !
Tout son corps embrasé m’appelle avec vigueur, sa peau s’est couverte d’une fine couche de sueur, et, dans mon jean, ma queue gorgée de sang pulse aussi fort que les battements dans ma poitrine.
— Tu m’as fait mal, Vivian. Vraiment. Je pensais que tu me connaissais mieux que ça.
— Je t’ai demandé pardon. J’ai été trop loin, je le sais, j’ai compris. Mais c’est parce que je crois en ton talent et que l’occasion était trop belle.
L’air sévère, je hoche la tête.
— N’essaie plus de gérer mes affaires. Jamais.
Dans un petit mouvement fier du menton, histoire de ne pas perdre la face, elle redresse le buste mais, au fond de ses billes d’ambre plongées dans les miennes, c’est bien le repentir que je lis.
— Jamais, promis.
Alors, d’un pas, je reviens vers elle pour faire tomber au sol son peignoir et sa nuisette d’un geste expert de la main. Nu devant mes yeux qui le dégustent, le corps sculpté de Vivian se pare de chair de poule, faisant de nouveau se dresser ses onctueux tétons. Mais, avant de les prendre en bouche pour finir ce que j’avais si bien commencé, je me déshabille à mon tour et referme mes doigts sur mon sexe tendu, trop heureux d’être enfin libéré de sa prison de tissu.
— Tu veux te faire pardonner ?
Elle acquiesce en silence. Ce silence dans lequel pèse déjà toute sa soumission. Cette nuit, pour m’aider à oublier, elle exaucera tous mes vœux et c’est le corps vidé, au propre comme au figuré, que je m’endormirai, l’esprit apaisé.
Avec un léger ricanement, je me penche vers elle et, d’un coup de langue sensuel, lèche ses lèvres tendres qui, bientôt, m’enverront au septième ciel.
— Alors, suce-moi fort, Vivian, et sans en perdre une goutte.
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