Luc - P'tit coeur (French Edition)

Katja Lasan · Chapitre 47 sur 68

Pages du PDF

Luc - P'tit coeur (French Edition)

Chapitre 45

 

 

Luc

— Rassure-moi, vous avez pas baisé dans mon plumard ?

Amusé, je lève le menton vers Dam, resté debout contre sa porte à contempler sa couette d’un œil soupçonneux.

— Si je te dis « oui », tu réponds quoi ?

— Change les draps !

J’éclate de rire.

— Change-les-toi, ouais. Tu t’es branlé combien de fois depuis lundi ?

— Plus que toi, me défie-t-il dans un sourire. Mais ils sont propres, monsieur mauvaise langue. Inès m’en a filé des nouveaux ce matin.

Inès, la fidèle femme de ménage de Fred – et maintenant d’Alice – depuis des années.

— Alors, s’ils sont propres…

Je me déshabille et me glisse sous les draps au parfum frais – et effectivement propres.

— Ça te fait pas bizarre ? Elle, de l’autre côté du mur, toi, ici ?

Je hausse les épaules. C’est vrai que ça fait un peu colonie de vacances mais, vu l’heure plus que tardive, on a déjà bien profité de la soirée. Si Arthur se réveille tôt, Margot risque d’avoir du mal à garder les yeux ouverts. Lui faire l’amour, oui, assurément, ça m’a traversé l’esprit plus d’une fois, mais, à part sur Wilson, le vieux canapé dans la salle de musique, ou dans le minibus, je voyais pas où assouvir mes fantasmes. Et Wilson, Alice et Fred l’ont tellement employé que ça fait des mois que les ressorts ne tiennent plus rien et nous pètent le cul. On aurait pu s’abandonner à notre désir sous la douche, seulement, à cette heure-ci, tout le monde l’entendrait, je veux éviter à Margot d’avoir à rougir demain matin.

En revanche, j’espère pouvoir compter sur les potes ce week-end pour gérer les mômes et nous offrir quelques heures pour nous retrouver vraiment. C’est par petites touches qu’on parviendra pleinement à reconstruire quelque chose, j’en suis sûr. Faut juste me laisser du temps… et de l’espace.

— Non mais… qu’est-ce que tu fous ?

Damien tourne son cou vers moi pendant que mes yeux disent bonjour à son cul.

— Ben quoi ? Je dors à poil, moi.

— Remets ce boxer, putain ! Moi aussi, je dors à poil mais, là, tu fais comme moi, tu fais une exception.

— Oh ! Arrête, bichette ! Comme si t’avais jamais vu ni touché Gérard ! Tu vas le vexer et, la nuit, il a besoin de prendre l’air.

Je lève les yeux vers le plafond pendant qu’il se faufile sous la couette après avoir éteint. On reste de longues secondes dans le silence, à l’écoute de la respiration de l’autre.

— Tu te rends compte qu’en cinq minutes tu m’as adressé plus la parole que durant toute cette semaine ? finis-je par remarquer.

— C’est ta faute.

— Ma faute ?

Je me relève sur un coude et devine sa silhouette couchée sur le dos.

— Tu plaisantes ? Je t’avais demandé de rien dire et toi, la première chose que tu sors, c’est que j’ai remis le couvert avec Margot. Putain ! Pourquoi t’as fait ça ?

— Parce que c’était une vérité qui allait vite se savoir et que je refuse que tu lui refasses du mal.

— Elle a trente et une piges, Dam, plus vingt. Elle est assez grande pour se gérer toute seule. Et en quoi le dire empêcherait-il quoi que ce soit ?

Il rallume sans prévenir et m’envoie un regard éloquent qui vient me gifler aussi fort que la lumière.

— Elle est pas seule. Y a un môme dans l’histoire. Vouloir Margot, c’est également vouloir Arthur… et Bourriquet. C’est pas un jeu, Luc, pas cette fois.

Merde. Quand il me donne du « Luc », c’est qu’il est vraiment en colère contre moi.

— Donc, t’as pas confiance en moi ?

— Avec les gonzesses, non, j’ai pas confiance. Je dois te rappeler que…

Oh, putain ! Il va pas me ressortir les vieilles casseroles ? Pas lui ?

— T’es une oie blanche, toi, peut-être ? le coupé-je, acerbe. Moi aussi, je peux te rappeler que…

— Je te parle pas de l’époque où l’on avait seize ou vingt ans. Pour Margot, je te demande juste de bien réfléchir, et pas avec ta queue.

— Parce que, toi, avec les femmes, t’as déjà réfléchi avec autre chose ?

— Ouais, vas-y, fais exprès de pas comprendre…

Il se recouche sur le dos, yeux grands ouverts, les doigts martelant la couette dans un rythme nerveux. Je fais pareil.

— Ça va, j’suis désolé, soupiré-je après une longue, très longue minute. Même énervé, j’aurais pas dû te dire ça… par rapport à cet été, tout ça. C’était con.

Il soupire lui aussi, le regard toujours fixé droit devant lui.

— Pas con, Luc. Méchant.

— Ouais… méchant… J’suis désolé. Mais…

— Je sais. J’aurais dû fermer ma gueule. Tu préfères que je remette mon calbar ?

Je secoue la tête et lâche un sourire.

— Nan, j’ai pas envie que Gérard m’en veuille.

— Même s’il te fait un groscâlin ?

— Ouais, toute façon, avec ou sans, il bandera quand même.

À son tour, Dam éclate de rire.

— T’as toujours été à son goût, p’tit cœur, j’y peux rien. Groscâlin ?

Avant que je ne réponde, il est déjà contre moi et, quelques secondes plus tard, on replonge dans le noir.

— Dam…

— Hum ?

— Avec Margot, je sais tout ce que ça représente. Et c’est pas ma queue qui pense pour moi. Avec Vivian, toutes les autres, oui, c’était qu’une question de sexe, mais là… là, c’est autre chose. Elle a changé… Elle est… Je crois que j’ai besoin d’arrêter mes conneries, d’avoir quelqu’un qui sait me comprendre et me montrer une autre réalité. Et puis… Arthur… Je sais pas ce qu’il m’a fait, ce môme, mais… c’est un tout, je sais que c’est un tout. Je te l’avais dit, si on devait se retrouver, on se retrouverait. Alors, s’il te plaît, fais-moi confiance. Si, toi, tu le fais pas, qui le fera ?

OceanofPDF.com