Luc - P'tit coeur (French Edition)

Katja Lasan · Chapitre 61 sur 68

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Luc - P'tit coeur (French Edition)

Chapitre 59

 

Damien

Des voix étouffées s’invitent dans mon songe. Je les connais, je crois, mais je comprends pas ce qu’elles disent. Et puis, y a déjà trop de bruit, trop de gens. Ils s’affolent, commencent à courir. Ils hurlent. Tout devient rouge. Et moi aussi je hurle, je hurle, je HUUURLE !

— Dam !

— Chéri !

Le torse en sueur sous mon tee-shirt, j’ouvre les yeux et me redresse. Deux ou trois clignements de cils et je constate que la foule terrorisée a disparu. À la place, les figures inquiètes d’Abby, de ma mère, de Fred et de Mike.

— Merde, ma poule, ça va ?

La main chaude de Mickaël sur mon épaule finit de me ramener à la réalité.

— Je… ouais… je crois.

— Sweet…

Abby m’enlace, m’embrasse, j’enfouis mon visage dans son cou. Dire que j’aurais pu la perdre ! Tuée par balle ou piétinée. Mon corps a ramassé pour deux, mais je m’en fous. Elle est là, au creux de mes bras, moi dans les siens, alors tout va bien, à part ce nœud trop serré qui m’étreint le bide. Un pressentiment. Une urgence.

Je regarde mes potes.

— Vous êtes là depuis longtemps ?

— Non. On s’est arrêtés manger un morceau avant d’arriver, me répond Fred, et on vous a apporté des chocolats.

— Oh ! Vous avez pensé à moi… Vous m’aimez !

— Ouais, mais tu laisses l’autre boîte entière pour ton p’tit cœur, hein, chacun la sienne. Elsa passera vous voir en fin de journée et les filles sont dans le TGV avec les petits, on ira les récupérer t’à l’heure.

S’ils ont envie de me faire encore chialer, ils ont trouvé le bon moyen. Tous ces gestes et ces messages d’amour depuis que je me suis réveillé au milieu de la nuit aux soins intensifs, j’en reviens toujours pas. Mon téléphone arrête pas de vibrer, ça vient de partout et ça me touche comme jamais.

— Vous avez vu Luc ?

— Non, pas encore.

— C’est notre faute, sourit ma mère. On les a accaparés, les pauvres.

— Toujours un plaisir, Clarisse, réplique Mike avec un clin d’œil qui la ferait presque rougir.

— Hé ! C’est ma mère, là !

Il s’esclaffe et m’ébouriffe les cheveux.

— Nous aussi, on t’aime, fils trop protecteur.

Je lève mon majeur en guise de réponse. Je suis pas trop protecteur, on l’est jamais assez. La preuve avec Margot…

Mon nœud se comprime.

Un deuxième baiser à Abby, puis je descends du lit.

— On va le voir ?

— Ouais, on te suit, acquiesce Fred en récupérant la deuxième boîte de chocolats.

Dans mon état normal, j’aurais déjà ouvert la mienne et commencé à déguster chaque sorte, avant d’essayer de les convaincre de me faire goûter ceux de Luc pour vérifier qu’il s’agit bien des mêmes. Mais je suis pas dans mon état normal, et puis j’aime pas ce nœud qui s’en va pas.

— Damien ! Tes béquilles…

Ah ! Les mamans !

— Ouais, plus tard !

Je sors et tourne à droite alors que mon prénom résonne une seconde fois et que ces satanées béquilles apparaissent sous mon nez, tendues par Mike.

— Allez, déconne pas, merde. Une lésion des ligaments, c’est à prendre au sérieux.

Je soupire, les récupère et passe devant. Je frappe un coup à la porte de Luc. Pas de réponse. J’ouvre et reste figé.

— Euh… il est passé où, le lit ? s’étonne Fred face à la chambre vide.

— Putain de…

Mike désigne le sol. Le téléphone est par terre, l’appli musique allumée, le verre de protection brisé.

— LUC !

— P’TIT CŒUR !

Comme des cons, on attend une réponse qui, clairement, n’arrivera jamais.

— Qu’est-ce que vous faites ?

Derrière nous, Karim l’infirmier nous toise l’un après l’autre, le front plissé, puis son regard passe par-dessus nos épaules. À son tour, il ouvre une bouche effarée.

— Mais… comment… Qu’est-ce que…

— LUC !

Je tire la porte de la petite salle d’eau. Que dalle, évidemment. Dans mon crâne trop fragile encore, tout s’embrouille, devient noir. Au loin, j’entends la voix cassée de Fred s’alarmer.

— Vous avez vu personne entrer ? Personne sortir ? Putain, mais on parle d’un lit avec un mec d’un mètre quatre-vingt-treize dessus ! Bordel ! Il peut pas se volatiliser comme ça !

L’infirmier bafouille une réponse que je parviens pas à comprendre. Autour de moi, tout se met à tourner.

— Dam !

Avant que je ne bascule, Mike me rattrape de justesse et m’oblige à m’asseoir sur une chaise. L’infirmier disparaît pour revenir aussi vite avec un verre d’eau et du sucre qu’il mélange.

— Buvez.

Pour une fois, j’obéis comme un automate, même si l’eau sucrée me donne envie de dégueuler. Luc… putain… Où est Luc ?

Je dévisage mes potes, sûrement aussi blêmes que moi.

Respire, Dam… Réfléchis !

— J’ai… Il faut que j’appelle… Fred, donne-moi son téléphone.

Il s’exécute et, les doigts tremblants, je vais direct sur l’étoile des favoris. Bingo !

Une sonnerie, deux sonneries…

Allez, bordel ! Réponds, ma jolie !

Trois sonneries… Qua…

— Allô ? Mon amour ?

 

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