Luc - P'tit coeur (French Edition)

Katja Lasan · Chapitre 26 sur 68

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Luc - P'tit coeur (French Edition)

Chapitre 24

 

Damien

Bon, d’accord, je l’avoue, c’était pas très malin. La colère de Margot est légitime, mais aussi… Comment je pouvais deviner que je finirais par m’endormir contre le corps chaud d’Abby ? Elle m’a épuisé, j’y peux rien. Quand on se retrouve, j’oublie tout chaque fois. La distance qu’on s’impose ne fait qu’augmenter la force de nos sentiments, et nos retrouvailles sont toujours très… passionnelles.

Ouais, c’est le bon mot. Mais la passion, c’est dangereux.

Pour qu’elle dure, faut savoir l’entretenir. C’est ce que j’arrête pas de dire à Serge lorsqu’il râle parce que j’ai prévu un nouveau voyage à New York. Notre relation l’a toujours dépassé. Il est pas le seul, d’ailleurs. Beaucoup me prennent pour un fou mais, ça, j’en ai l’habitude depuis que je suis petit. Et puis, j’étais sûr que mon p’tit cœur saurait bien s’occuper du môme. Sûrement qu’il m’a détesté sur le moment mais, vu qu’il ne m’a pas appelé en hurlant au secours, tout a dû bien se passer. En tout cas, son immeuble n’a pas pris feu.

Margot descend de ma bécane quasi neuve, une Ducati 1299 Panigale S rouge flamboyant dont je ne suis pas peu fier, retire son casque, et ses yeux ulcérés me transpercent aussi fort qu’une volée de flèches. Ouch !

— Tu te fous complètement de moi aujourd’hui !

Elle a crié si fort que certains passants nous jettent des regards intrigués. Ouais, je l’ai vraiment mise en rogne.

— Ben quoi ? Il aurait très bien pu déménager. Et puis, reconnais qu’on a été plus vite que si t’avais dû prendre les transports. Je t’ai fait gagner au moins…

— La ferme !

Je soupire. Ça promet d’être plus compliqué que prévu. J’aime pas les conflits, ça rend tout le monde triste. Surtout, j’ai pas envie que Margot débarque chez Luc pleine de ressentiments et aussi tendue qu’un string sur une chips. Ensuite, la chips, elle éclate, cela fait des miettes et on râle encore plus. Après tout, il n’y est pour rien, lui.

— Ma jolie, sur le moment, j’ai cru que c’était mieux pour Arthur. Tu sais comment sont les aéroports… Et je te promets, je voulais revenir le chercher avant que tu rentres.

Ses lèvres tremblent.

— Je… Tout n’est pas entièrement ta faute. Je ne t’ai pas réellement… laissé le choix, reconnaît-elle dans un murmure qui semble lui faire mal. Ce type d’imprévu est rare et c’est la première fois que je n’ai trouvé personne d’autre. Je… Putain, j’ai vraiment un réseau de merde !

Sur ses joues, je distingue des traces de larmes, et de nouvelles brillent déjà au bord de ses yeux. Je fais un pas vers elle.

— Groscâlin ?

Même pas besoin d’insister. Elle tombe direct dans mes bras, m’étreint fort.

— Tout ne se résout pas toujours avec des groscâlins, tu sais ? hoquette-t-elle tout bas.

— Je sais, ma jolie. Mais ils savent au moins apaiser un peu nos âmes. Pardonne-moi. Si tu peux, un jour, pardonne-moi.

— Je te déteste.

Je souris en coin.

— Je le sais aussi. Moi, j’t’aime. Ça compense.

Elle ressert ses bras autour de moi, respire profondément. Une caresse dans ses cheveux, suivie d’un baiser, puis je glisse ma main dans la sienne.

— Allez, viens. Il t’attend sûrement.

Je l’entraîne vers le bâtiment ; dans l’ascenseur, elle recoiffe comme elle peut ses cheveux devant le miroir, puis je sonne chez Luc, avant de faire tourner ma clé dans la serrure.

— Holà ! C’est moi !

La voix de Robert Plant me répond et la guitare de Jimmy Page vient me donner des frissons. Cependant, si Luc a mis Led Zeppelin sur la platine, ce n’est certainement pas pour leur guitariste de génie, mais pour John Paul Jones, considéré par beaucoup comme le meilleur musicien en « lignes de basse », c’est-à-dire une mélodie jouée tout au long d’un morceau. Mais bon, ce détail, Luc l’a peut-être déjà expliqué, et après on va râler que je radote.

Il est assis sur son canapé, une bière devant lui avec du papier et des crayons. Comme prévu, il me jette lui aussi un drôle de regard que je ne parviens pas à définir. Je m’attendais à une lueur de reproche, mais c’est pas ça que je lis.

— T’avais éteint ton portable ? me demande-t-il avec calme.

C’est vrai, il a également essayé de me joindre une fois, j’ai vu, après le SMS de Margot.

— Nan, je me suis endormi, et disons que… Tadaaam ! Un peu grillés…

Je me décale pour laisser apparaître Margot. Aussitôt, mon p’tit cœur perd légèrement des couleurs.

— Euh… Salut… toi…

— Salut. Où est Arthur ?

Pouah ! Plus glacial que sa voix, j’appelle ça un iceberg. Mais Luc ne se laisse pas décontenancer par cette entrée en matière quelque peu frigorifique. Tout aussi froidement, il réplique :

— Là-haut. Chambre d’amis. Il dort.

Un petit rire nerveux s’échappe de Margot.

— Il dort ? Bien sûr, fiche-toi de moi, toi aussi.

Mon pote fronce les yeux, mouvement typique de quand il dit la vérité et qu’on ne le croit pas.

— Pourquoi je me ficherais de toi ? Si tu me crois pas, va voir.

Pas la peine de le lui répéter. Elle file à l’étage pour en redescendre seulement quelques secondes plus tard, des couleurs en moins.

— Comment tu as fait ? interroge-t-elle, estomaquée.

Luc hausse les épaules.

— J’ai rien fait. Il était fatigué, alors je lui ai proposé de se reposer un peu.

— Il ne parvient jamais à s’endormir ailleurs que dans son lit. Même à la crèche, il ne lâche jamais rien, même lorsqu’il est épuisé.

— Tu vois ? souris-je. L’assistant du magicien sait y faire aussi. Je t’avais dit que ça craignait rien.

Aux éclairs qui me foudroient, je comprends qu’il vaut mieux ne pas en rajouter une couche. Même pas une toute fine.

— Bon, ben, si tout va bien, j’ose vous laisser ? Non, parce que j’en connais une autre qui doit être en train de ruminer…

Sans déc ! En fait, je suis pas sûr d’avoir envie de rentrer tout de suite. Abby va probablement me faire la gueule, et pas dit que Gérard ait droit à un troisième round. Va falloir ramer un peu. Ou, si je lui rapporte un café caramel du Bucks avec de la chantilly, peut-être qu’elle consentira à m’écouter sans me fusiller de ses belles opales. Ouais, je vais faire ça. Mais avant…

— Promis, je lui dirai rien, m’exclamé-je à l’attention de Margot. Pas plus que Luc n’en sait !

Son front se plisse.

— Tu m’as dit que tu ne lui avais parlé que d’Arthur.

— Et c’est vrai ! Hein, p’tit cœur ? J’ai peut-être juste ajouté que… le père était… décédé et que… t’étais plus maîtresse d’école, mais je te jure que c’est tout !

Ses yeux partent vers le plafond dans un énorme soupir exaspéré. Ouais, je sais, on ne me refera pas. Pourtant, même si sa colère dépasse sûrement la hauteur de la tour Eiffel, elle ne refuse pas mon groscâlin.

— Je te déteste vraiment, gronde-t-elle contre mon cou.

— Je sais, ma jolie. J’ai le droit de garder ton numéro ?

— Tu ne l’effaceras jamais, de toute manière.

— Évidemment. Tu m’aimes quand même un peu ?

Elle recule le buste pour mieux plonger dans mon regard.

— Excuse-moi auprès d’Abby. Ce n’était pas terrible non plus comme retrouvailles. Et je t’en veux. Beaucoup. Mais… (Nouveau soupir.) Allez, fiche le camp.

Mon cœur se réchauffe. Elle est trop en rogne pour l’avouer mais, oui, elle m’aime. Un peu.

Un ultime groscâlin pour la route, un autre à Luc qui, malgré son silence, n’a pas manqué une miette de cet échange, puis je ferme la porte de l’appart en me demandant tout de même si j’ai bien fait de les laisser seuls. Non, parce que la dernière fois qu’ils ont été ici ensemble, cela c’est particulièrement mal fini.

J’hésite, prêt à coller mon oreille contre le battant, mais mon téléphone en décide autrement. Et comme j’ai déjà aussi manqué un appel de ma mère cet après-midi, je ne peux que lui répondre, sinon elle s’inquiétera. Alors, après un dernier regard vers la porte, je prends le chemin des escaliers, mon portable contre mon oreille et ma tête fredonnant pour elle-même Whole Lotta Love, l’un des meilleurs morceaux de Led Zeppelin, de ceux qui donnent juste envie de faire l’amour.

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