Luc - P'tit coeur (French Edition)

Katja Lasan · Chapitre 14 sur 68

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Luc - P'tit coeur (French Edition)

Chapitre 12

 

 

Margot

Encore une journée à courir après le temps et à finir sur les rotules. Mais, au moins, ce soir, pas de dossier en retard à compléter ni de permanence téléphonique à tenir. Mon esprit est libre ! Ou presque…

Fourbue, je tire le bas de mon canapé convertible que je recouvre d’un drap et d’une couette. Plus qu’à attendre le livreur avec mes nouilles chinoises, et je pourrai me laisser aller devant un bon film. Film devant lequel je finirai sans doute par m’assoupir, comme trop souvent. Pour l’instant, néanmoins, c’est la radio qui fonctionne et, dès les premières notes de la nouvelle mélodie, celles d’un violon, un frisson me parcourt. Absolutio, l’un des derniers morceaux phares de Dark Moon, tiré de leur album éponyme. Se rajoute en fond une ligne de basse, à peine perceptible d’abord, comme le bruit d’un cœur qui petit à petit s’ouvre à la vie.

Non mais ! Si même la radio s’y met…

Dire que je suis encore sous le choc d’hier serait un euphémisme. Avant même de me retourner, je savais que c’était lui. Avec le temps, les voix s’oublient, mais comment oublier celle de Luc, alors qu’il fait les chœurs sur leurs chansons et que ces fameuses chansons sont diffusées bien trop souvent ? Ne plus écouter la radio ? Ne mettre que Nostalgie ou Radio Classique, ou d’autres CD ?

Pendant plus de six ans, j’avais pu l’oublier, les oublier – ou me faire croire que j’y arrivais. En Centrafrique ou au Niger, on ne peut pas dire que les radios se battaient pour les diffuser, et cela était absolument parfait pour aider à la guérison de mon cœur.

Avec Luc, ce triste matin de juin neuf ans plus tôt, je n’ai pas perdu uniquement mon premier véritable amour. J’ai perdu une famille, mon meilleur ami, mes meilleures amies. Jamais je n’ai pu reconstruire quelque chose d’aussi fort, refaire partie d’une vraie bande. Et ça, bien trop souvent, cela me manque et continue de creuser un vide quelque part en moi, même après toutes ces années. J’ai parfaitement conscience que revenir en Île-de-France n’était pas la plus géniale des idées, mais la bande n’y vit plus à plein temps désormais, hormis Elsa sans doute. La probabilité de tomber un jour sur l’un ou l’autre était quand même sacrément faible. Et puis, Paris, c’est chez moi. J’avais besoin d’une attache, de repères, malgré le danger encouru et les mises en garde de Romy. Pour fuir l’autre taré, j’ai tout abandonné au Niger, déménagé plusieurs fois, changé de travail, de vie, de nom. Je ne suis plus qu’une anonyme parmi les anonymes parisiens.

Alors, hier soir, bien sûr, dans ma tête et dans mon cœur, le raz de marée a été d’une violence folle. Un tremblement de terre émotionnel de niveau 9 sur l’échelle de Richter, avant la déferlante d’un tsunami qui n’a cessé de me ballotter durant toute la nuit, et même la journée. Surtout ce matin, avec l’appel au garagiste. Luc avait raison : il s’agissait bien d’un problème de bougies.

Pendant que le mec les changeait sur place, je n’arrêtais pas de regarder la rue des Martyrs, comme s’il allait surgir tout à coup. Mais pourquoi serait-il venu après la façon dont je me suis comportée ? Plus froide que ça, tu meurs ! Ces stupides magazines féminins ne cessent de rabâcher que le jour où l’on revoit un ex pour la première fois (particulièrement ceux qui nous ont fait vivre une séparation douloureuse), il faut être absolument fabuleuse, sûre de soi et lui faire croire qu’on n’a jamais été aussi heureuse dans notre vie. Pures fadaises ! Quand on tombe sur son ex, ce n’est JAMAIS le jour où nous sommes les plus fabuleuses, mais toujours celui où l’on ne ressemble à rien, engoncées dans notre grosse doudoune sans forme, les cheveux en nid d’oiseau et les yeux trop cernés. Alors que lui… Je ferme les paupières, me laisse partir en arrière contre le moelleux de mon oreiller.

Lui, il était parfaitement fabuleux.

Toujours aussi grand et svelte, toujours aussi beau. Ses cheveux attachés en un man bun négligé lui conféraient un air particulièrement viril et sexy, renforcé par une barbe sculptée que je ne lui ai jamais connue. Les années lui vont bien. Ou était-ce un effet de son blouson de cuir doublé et de son jean moulant ses fesses si délicieusement tentatrices ?

Margot, reprends-toi, tu es ridicule. Et arrête de t’appeler Margot !

DRING !

D’un battement de cils, je m’oblige à chasser Luc de mon esprit et vais rejoindre l’Interphone à ma porte d’entrée.

— Oui ?

— Livraison des Quatre Trèfles ! grésille une voix masculine à l’accent asiatique que je connais bien.

Toan est mon livreur préféré. Il ne râle jamais pour monter à mon étage et il a toujours un mot gentil. D’un coup d’œil avisé, je vérifie que mon jogging d’une « sexytude » niveau grand-mère est bien ajusté et attache à la va-vite mes cheveux avec une pince qui traîne. Quand je mange avec des baguettes, mieux vaut éviter d’avoir la chevelure qui se balade.

Un coup contre ma porte, et mes papilles se mettent aussitôt à saliver, mon ventre, à grogner. Même au travers du battant, je peux déjà sentir la bonne odeur de nouilles sautées au poulet. Mais, lorsque j’ouvre avec un grand sourire, la monnaie en main pour le pourboire, mon sang se fige, mes veines se glacent, mon cœur s’arrête.

Celle-ci, je ne l’avais pas vue venir !

 

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