Luc - P'tit coeur (French Edition)

Katja Lasan · Chapitre 7 sur 68

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Luc - P'tit coeur (French Edition)

Chapitre 5

 

 

Luc

— Tu déjeunes avec moi à midi ?

Je détaille les jambes interminables de Vivian pendant qu’elle prépare nos cafés, le dos tourné et sa longue chemise transparente pour tout vêtement. Pourquoi insiste-t-elle chaque fois pour qu’on se retrouve durant la journée ? Depuis le temps, elle devrait avoir compris que je n’en ai pas envie.

— Non. J’ai déjà un truc.

Elle se retourne, pose une tasse fumante devant moi et me scrute avec attention.

— Et quel est ce truc, cette fois ? finit-elle par demander face à mon silence prolongé.

— Je dois voir ma frangine.

Son café en main, elle continue à m’observer, à l’affût d’un éventuel mensonge. Finalement, son nez se retrousse, comme elle le fait dès qu’elle est contrariée.

— Tu lui passeras le bonjour. Au moins une qui m’apprécie…

Et c’est reparti… Mais, en effet, elle n’a pas tort. L’animosité des autres à son égard n’est pas due à nos douze ans d’écart ; son âge, ils s’en foutent. Le problème de Vivian est sa suffisance. Cette femme a réussi à la seule force de son ambition, et aujourd’hui elle pèse des millions. Rédactrice en chef emblématique de l’iconique magazine de mode Soul, Vivian a su se hisser au sommet et n’est pas prête à céder sa place. Influente, carnassière, elle peut d’un seul tweet faire sauter une carrière ou, au contraire, offrir l’or du monde à qui saura le mériter – selon son propre jugement –, et elle aime le faire savoir. Beaucoup tremblent devant elle et lui baisent les pieds ; Dark Moon, jamais.

Elle et moi, ça n’aurait dû durer que le temps d’une soirée, quelques jours après la tournée américaine, mais l’attraction des corps a été la plus forte et on a remis le couvert, encore et encore. Belle, sans complexes, les dents longues, Vivian fait tourner les têtes et peut se vanter d’avoir qui elle souhaite entre ses draps ; pourtant, depuis notre première fois, c’est toujours vers moi qu’elle revient, et jour après jour elle tente de s’incruster davantage.

« Quand elle t’aura sucé jusqu’à la corde, elle passera à un autre joujou. J’espère juste que t’y laisseras pas des plumes », m’avait prévenu Dam.

Mais il se trompe, j’ai rien d’un jouet. Ou si tel est le cas, cela vaut autant pour elle que pour moi.

— Et un resto ? me relance-t-elle. Disons… demain soir ? C’est moi qui t’invite.

— En quel honneur ?

Le sourire féroce, elle se penche vers moi, m’offrant une pleine vue sur le bombé affolant de ses seins.

— Le plaisir. Juste le plaisir. Comme tu sais si bien me le donner.

Elle bascule encore, jusqu’à lécher mes lèvres de sa langue joueuse, et glisse sa main à l’intérieur de mon boxer. Il m’en faut pas plus. Je dévoile sa poitrine, prends l’un de ses voluptueux mamelons en bouche, déguste son téton dressé et dur, caresse son cul bien ferme, son sexe chaud, pendant qu’elle sort le mien et commence à me branler. Au moment où je l’attire sur moi, la sonnette de l’appart retentit.

— On s’en fout, baise-moi, souffle-t-elle en s’emparant pleinement de ma bouche.

Mais, alors que je l’empale sur ma queue dans un gémissement de plaisir, j’entends un vague bruit de clé et la porte s’ouvrir au loin.

— Holà ! C’est moi !

Aussitôt, le corps de Vivian se crispe, ses yeux deviennent orage.

— C’est une blague ?

Elle a à peine le temps de rabaisser la chemise et de sauter sur ses pieds que Dam débarque, la bouche en cœur.

— Ah, merde. Je dérange ?

— À ton avis ? crache-t-elle, la grimace mauvaise aux lèvres. Apprends au moins à attendre qu’on te dise d’entrer.

— Pourquoi ?

— Parce que ce n’est pas chez toi !

Un sourire narquois s’affiche sur le visage de mon pote.

— Chez toi non plus, je te signale, Mrs Wallace. Je peux me faire un kawa ? Vous avez vu ce temps de merde ? Ah ! Paname m’avait manqué !

Furibonde, Vivian se tourne vers moi, l’air de dire : « Qu’est-ce que tu attends pour réagir ? »

— Tu m’en refais un aussi ? Le mien est froid.

Un peu plus, et elle s’étranglerait. Ou elle m’étranglerait d’abord.

— Je vois… Vous savez quoi ? Allez vous faire foutre, tous les deux ! Et toi (elle pointe Dam d’un index menaçant), arrête de m’appeler Mrs Wallace !

— Tu préfères Yzma ? Je peux aussi, mais le perso est nettement moins flatteur.

— Pauvre con !

Dam a pourtant raison. Avec ses cheveux au brun très profond, ultralisses, brillants et coupés dans un carré droit parfait, elle affiche une ressemblance certaine avec Uma Thurman dans Pulp Fiction.

Elle tourne les talons pour disparaître vers l’escalier de mon duplex. Trois secondes plus tard, la porte de ma chambre claque avec violence.

— Quelle furie ! C’est quoi son problème encore ?

— Tu lui as fait manquer un orgasme. Et je vais devoir me branler tout seul, maintenant.

— Ah…

Il pose un nouveau café devant moi et, le sien en main, s’écrie :

— Chérie, faut pas te gêner pour prendre ton pied devant moi, tu sais ? Avec p’tit cœur, j’en ai vu d’autres !

La porte de ma chambre se rouvre, bruits de pas furieux dans l’escalier, puis Vivian réapparaît devant nous, impeccablement habillée et toujours aussi enragée.

— J’ai dit : va te faire foutre !

— Moi, je veux bien mais, lui, il veut jamais avec moi. Il sait pas ce qu’il loupe.

Bien sûr, cela ne fait sourire que nous. Vivian, elle, le foudroie d’un tel regard meurtrier que n’importe qui d’autre aurait baissé les yeux illico. Pas Dam, évidemment.

— Quoi ? Tu doutes de mes performances ? Fais gaffe, quand même, chérie. Faire la gueule accentue les rides. Demande à Yzma.

Elle récupère son manteau haute couture et son sac à main, avant de se tourner une dernière fois vers moi.

— Demain soir, sans abruti dans les pattes.

Cette fois, elle claque la porte si fort que les murs en tremblent.

— C’est moi, l’abruti ? se marre Dam. Elle me vexerait presque, la Mia Wallace. Le niveau de ses insultes est en baisse. Bon… Si on apportait les croissants à Mike ? Je suis sûr qu’on lui manque de si bon matin. Ou à Fred… Ouais, c’est mieux Fred, non ? Faut pas rester sur des rancœurs, trop mauvais pour la tension.

— Si tu veux. Dis, c’est qui Yzma ?

Il éclate de rire avant d’allumer son portable. Une brève recherche sur Google et il me plante une moche de dessin animé sous les yeux.

— La tarée dans Kuzco. Tu connais pas ? Oh ! Mais c’est délire, ce film ! Et Yzma, elle est exceptionnelle… Exceptionnellement laide surtout. Mais ça groove ! « Y a des despotes, des dictateurs, politiciens, manipulateurs ; y

a des aristos à la cervelle d’oiseau 1… »

Et il se trémousse en rythme en allant se préparer un deuxième café, l’esprit déjà tourné ailleurs.

1 Un monde parfait, Michel Costa (adaptation française), Kuzco, l’empereur mégalo, novembre

2000, Walt Disney Records.

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