Luc - P'tit coeur (French Edition)

Katja Lasan · Chapitre 6 sur 68

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Luc - P'tit coeur (French Edition)

Chapitre 4

 

 

Luc

Le silence, enfin.

Après des journées pareilles, je le bénis, ce silence ami. Pendant de longues minutes, je reste vautré sur le canapé, la clope au bec, un verre de whisky en main et le regard fixé sur l’écran noir de la télé. J’y vois des personnages s’animer, des couleurs, des souvenirs, ceux d’hier et d’aujourd’hui, se mélanger, se superposer et finir par se confondre au son sauvagement destroy de Battle Beast.

Je me retrouve sur une plage, à moitié nu, le vent cinglant faisant s’écraser autour de moi des vagues hautes comme les falaises. Je cherche Dam, je hurle son nom, seul l’écho de ma voix me répond. Je titube pour avancer mais, à chaque nouveau pas, le phare s’éloigne toujours un peu plus. Il se trouble, se met à trembler, à se fissurer ; soudain, dans un bruit de tonnerre, il explose pour laisser place à une hydre au rire de hyène et à la double-face aussi cauchemardesque que le Démogorgon de Stranger Things.

Je veux faire demi-tour, m’enfuir. Impossible. J’ai beau les soulever, mes jambes n’obéissent plus. Devant moi, le monstre étend ses deux longs cous dans ma direction, ses gueules grandes ouvertes, prêtes à me déchiqueter, tandis que Noora Louhimo s’époumone au loin sous le rock déjanté de ses complices.

— Tu es à moi… rien qu’à moi, siffle l’immonde créature, tel un vieux tourne-disque rayé. Mon… Luc…

Entre ses centaines de dents acérées, je vois le fond de ses gorges, noir comme les ténèbres. Deux puits sans fin d’où sort brusquement la musique. Solo de guitare, puissance du clavier et de la batterie, qui suivent le rythme effréné de la basse d’Eero Sipilä.

— À moi !

Une chaleur monte de ses entrailles. Son ventre se gonfle, rougeoyant.

— LUC !

La voix de Dam me fait tourner la tête. Sa silhouette apparaît, lointaine et floue. Il court, mais ne se rapproche pas, crie de plus en plus fort, les bras tendus. Je les tends moi aussi, incapable d’émettre un son. Je sais très bien qu’il ne me rejoindra pas. La créature diabolique ne le lui permettra pas. D’ailleurs, ses gorges se sont enflammées, brasier luminescent qui grimpe… grimpe… et jaillit tout à coup.

Bruit de verre brisé. Brûlure sur ma main. Je me redresse, en sueur.

Le mégot est tombé sur ma peau et le whisky s’étale à mes pieds, entre les morceaux éparpillés.

— Merde !

J’ai à peine le temps de nettoyer mes conneries que mon téléphone se met à vibrer.

Aujourd’hui 23 h 06

Bonsoir, bel homme. J’ai enfin terminé mes dossiers. Une nuit à deux te

tente ?

Le souvenir du goût de la chatte de Vivian envahit aussitôt mes papilles. Sans parler de celui de la chaleur de sa langue sur ma queue. J’en ai baisé, des femmes, mais il est vrai que le corps de Vivian exerce sur moi une attraction que j’ai du mal à m’expliquer. Sa taille marquée à la Dita Von Teese, ses seins volumineux sous ses chemises au décolleté explicitement provocateur, ses onctueux tétons roses, sa bouche divine, ses jambes fuselées, son parfum délicat…

J’hésite.

Aujourd’hui 23 h 09

Non, pas cette nuit.

Dans l’attente d’une éventuelle réponse, je passe les autres messages en revue. Ma sœur, elle peut attendre demain. Damien, trois appels en absence et deux SMS.

— Pourquoi je dois te rappeler ? demandé-je dès qu’il décroche.

— Ah ! T’es vivant ! J’allais partir chez toi.

Je lève les yeux au plafond.

— On s’est quittés y a une heure, Dam. Qu’est-ce qui se passe ?

— J’ai eu une angoisse. Un truc qui m’a pris au cœur d’un coup, tu sais, comme un mauvais pressentiment. Pourquoi t’as pas décroché ?

Rappel de mon cauchemar. Nausée. Je lui raconte mon rêve.

— Ah ! Je savais qu’il se passait quelque chose !

— C’était juste un mauvais songe, rien d’autre.

— Ouais, ben… n’empêche… je l’ai senti. Tu veux que je vienne ?

— Non. Mais si, toi, t’as besoin de venir…

Je le connais par cœur, je sais deviner à la moindre intonation ses angoisses cachées. Damien n’aime pas être seul, surtout pas après une soirée où, Fred et moi, nous nous sommes quittés tendus. Il a besoin de sécurité, d’un cadre clair et précis. La faille la plus infime peut grandement le perturber.

— Non, finit-il par répondre. Je dois appeler Abby, elle termine son taf dans cinq minutes.

Bien, ça m’évitera d’avoir à m’en faire pour lui.

Après l’avoir salué, je raccroche et rouvre ma messagerie. Vivian m’a envoyé un texto avec une pièce jointe. Photo d’elle en guêpière, la main dans son string.

Aujourd’hui 23 h 12

Sûr de toi ?

Putain ! Me rendre dingo, elle sait faire.

J’ajoute cette photo aux autres, dans le dossier spécial « Vivian », puis m’allonge sur le canapé, la main sur ma queue, les yeux hypnotisés par les divers clichés plus excitants les uns que les autres.

À chaque mouvement, j’imagine ses doigts à la place des miens, mon sexe se glisser entre ses seins généreux. J’accentue mes pressions, me mets à gémir. J’en peux plus, faut que je jouisse, que je me libère de toute la crasse de cette fin de journée. M’évader juste quelques secondes dans un shoot de plaisir, me sentir vibrer dans un râle de délivrance.

Je me branle plus fort, plus vite… encore… encore… Mon corps se tend, mes lèvres s’entrouvrent, mes doigts prennent une photo et tapent rapidement un texto.

Aujourd’hui 23 h 21

Ramène ton joli cul fissa. J’ai envie de toi…

 

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