Luc - P'tit coeur (French Edition)

Katja Lasan · Chapitre 45 sur 68

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Luc - P'tit coeur (French Edition)

Chapitre 43

 

 

Luc

Jambes allongées sur un gros rocher à peu près plat, la clope au bec, je pose mon téléphone à côté de moi et lève la tête vers le soleil, yeux fermés. Après quatre jours de répètes intensives, mes doigts me remercient pour cet instant de pause bienvenue. Une heure de plus et je pouvais ajouter un nouveau pansement. La corne dure sur mes phalanges ne fait pas tout. Le roulis du lac, chant discret, m’apaise. Autour de moi, le calme règne, mais ce n’est que relatif ; dans ma tête, y a trop de bruit.

Je la pensais sortie de ma vie, mais Vivian vient de m’appeler, elle a encore des affaires chez moi. Et c’était sûrement davantage une excuse pour me parler, qu’une volonté de récupérer trois strings et une brosse à dents. Elle devra prendre son mal en patience, Paris ne me verra pas tout de suite. Ces prochaines semaines, ma vie sera ici, et des week-ends à Dublin.

Dam, lui, au désespoir d’Alice, me fait bel et bien la gueule. C’est à peine s’il m’a adressé la parole depuis dimanche. Je crois que mes mots l’ont blessé. Dans un autre contexte, un autre moment, ça lui serait largement passé au-dessus, mais il était fragile. Il gère très bien l’absence d’Abby, mais les séparations le touchent toujours un peu, même s’il n’en montre plus rien depuis longtemps. Va falloir que je m’excuse, parce que cette tension se ressent dans notre jeu. Fred et Mike nous ont déjà fait des remarques, et j’ai horreur de ça.

D’un mouvement sec, je fais craquer ma nuque, écrase mon mégot, puis récupère mon téléphone. Machinalement, je le fais jongler entre mes doigts, l’esprit tourné vers le week-end passé. J’ai dit à Vivian que je ne souhaitais pas m’investir dans une relation et à Dam que je m’étais mis avec Margot. Dans le genre mec qui ne sait pas ce qu’il veut, je me pose là. Avant que cette dernière ne revienne dans ma vie, oui, tout était à peu près clair dans ma tête. Mais depuis… En plus, j’ai aucune nouvelle d’elle depuis notre nuit.

— Je peux me joindre à toi ?

Je sursaute. Sous ses lunettes de soleil, Flavia me sourit. J’acquiesce, avant de me décaler pour lui laisser une place. Elle s’installe et prend la même position que moi quelques minutes auparavant : bras derrière le dos, la face au soleil. Une image parfaite à coucher sur le papier.

— Quel beau mois d’avril ! murmure-t-elle. Et quel silence ! Ça fait du bien.

— Ouais. Ils font la sieste ?

— Eva, oui. Malone raconte des histoires à Danny. Ils sont choux.

Elle tire son téléphone de sa poche arrière et me montre la vidéo ayant sacralisé l’instant. Les mômes sont allongés par terre. Malone, sur le ventre, fait tourner les pages d’un livre et Danny, sur le dos, joue à attraper ses petits pieds nus. Pourquoi, en voyant ça, je commence à penser à Arthur ? Et en plus, avec un sourire à la con…

D’un clignement de cils, je tente de chasser l’image, mais Flavia enfonce le clou.

— Tu as eu des nouvelles ?

Je pourrais jouer à celui qui ne comprend pas à qui elle fait référence, mais ce serait juste pour gagner quelques secondes. Je lui rends son portable en secouant la tête.

— Non. Silence radio.

— Et toi ? Tu lui en as donné ?

— Euh… ben…

Après un soupir, elle retire ses lunettes pour me fixer d’un regard condescendant, typique de la gent féminine quand on a fait une connerie.

— Quoi ? bougonné-je, aussitôt sur la défensive.

— Si tu ne lui en as pas donné, pourquoi elle t’en donnerait ?

— Ben… euh…

Deuxième soupir, agrémenté d’un petit sourire empathique que je lui préfère. Elle se rapproche et enroule un bras autour de mes épaules.

— Cours numéro… On en est à combien déjà ? Peu importe. Nouveau cours et astuce sur la mécanique des femmes. Toute cette situation doit être aussi compliquée à gérer pour Margot que pour toi. Mais tu l’as blessée par le passé, ça fait des années que tu butines de femme en femme, et avec Vivian, à ce que j’ai compris à demi-mot, rien n’est encore vraiment limpide. J’ai juste ?

— Euh… ouais.

— Alors, pourquoi elle t’appellerait la première ? Celui qui doit faire ses preuves, caro mio, c’est toi. Tu la désires ? Elle, uniquement elle ? Montre-le-lui. Tu veux réellement larguer Vivian ? Sois clair et fais tes choix. Assume ce que tu ressens là.

Sa main se pose sur mon cœur.

— Margot n’attend pas que tu lui dises que tu l’aimes ni une grande déclaration. Elle a juste besoin d’être rassurée et de voir qu’enfin elle peut te faire confiance. Quatre jours de silence, Luc… On dit que le chiffre idéal, c’est trois. T’es déjà en retard de vingt-quatre heures.

Comment elle peut savoir ce que Margot… ? Putain ! Y a pas qu’avec Fred et Damien qu’Elsa parle…

Ma famille de sang se complaît dans les silences, ma famille de cœur, elle, jacasse trop !

— En même temps… on va être absents quelque temps, elle le sait, alors pourquoi…

— Tu te fiches de moi ? Tu crois qu’une relation se construit dans le silence ? « Loin des yeux, loin du cœur », ça te parle ? À ton avis, si Damien et Abby ne se téléphonaient pas tous les jours, ils en seraient encore là ? L’amour est un jardin ; comme le bonheur, il se cultive.

Je sais très bien que, dans le fond, elle a raison. J’allume une nouvelle clope et perds mon regard sur les montagnes à l’horizon. Elle pose sa tête sur mon épaule.

— Tu n’as même pas tiqué au mot amour, l’entends-je sourire. Je sais qu’il est beaucoup trop tôt et que tu as bien des choses à penser, mais je sais aussi que ton cœur sait. Laisse-le te parler, à l’occasion.

— Paraît qu’Elsa vient le week-end prochain ?

Elle rigole.

Pour changer de sujet quand il dérange, j’ai toujours été le roi. Elle n’en fait pas cas.

— Oui, avec Anat. D’ailleurs… pourquoi tu n’inviterais pas Margot et Arthur ? Ça leur ferait peut-être du bien, et Malone serait content de voir son nouveau copain.

La fumée passe de travers.

— Tu plaisantes ? Et… même… ils dormiraient où ? Et puis, Fred et Alice…

— Oh, je suis sûre qu’Alice n’y verra aucun inconvénient. (Traduction : elles en ont déjà parlé. Putain ! Les gonzesses !) Et pour dormir… Damien se fera sûrement un plaisir de partager son lit avec toi si tu leur laisses ta chambre. Cela vous permettra de vous réconcilier. Je n’aime pas vous voir comme ça. Vous faire la tête vous rend tout Calimero, et ça ne vous va pas.

Pour ça aussi, elle a raison.

— Vous avez fini de jouer les entremetteuses ? On n’en a pas besoin.

— Entremetteuses ? Oh, non. Juste les petites fées de l’ombre qui vous aiment et veillent sur vous au quotidien.

Dans une nouvelle étreinte empreinte de tout l’amour amical qu’elle me porte, elle pose ses lèvres sur ma joue. Un baiser long, sonore, tout chaud.

— Réfléchis-y, conclut-elle avant de se relever. Mais ne tarde pas trop non plus, caro mio, le temps file vite et tu es déjà en retard. Et après tout, hormis obtenir un éventuel « non » en réponse, qu’as-tu de plus à perdre ?

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