Luc - P'tit coeur (French Edition)

Katja Lasan · Chapitre 32 sur 68

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Luc - P'tit coeur (French Edition)

Chapitre 30

 

 

Luc

— Peut-être que tu te sens simplement redevable envers elle.

Je jette un œil interloqué à Mike.

— Redevable de quoi ?

— De ce que tu lui as fait. Et maintenant, ce que t’as appris en ajoute à ta culpabilité.

— Ma culpabilité ? Tu te fous de moi ?

D’un même mouvement, on regarde par-delà la vitre de la régie. De l’autre côté, Damien surveille Arthur et Malone, debout sur des chaises devant le micro, Margot à côté d’eux. Leurs petites voix chantonnent une comptine qu’on enregistre sur la bande pendant que l’ingé son s’accorde une pause méritée. Fred est sorti prendre l’air en compagnie d’Alice, de Danny, de Flavia et d’Eva, et, à son grand mécontentement, de Serge.

Jamais j’aurais pensé que Margot finirait par venir. J’étais même pas sûr d’avoir de nouveau de ses nouvelles, mais… surprise ! Comme je l’avais imaginé, Arthur, d’abord timide, a très vite été intéressé par la grande table de mixage du studio et, aidé par Malone, il a rapidement pris ses aises et posé plein de questions.

Mike ne sait pas tout, Dam et moi ne sommes pas entrés dans les détails, mais il en connaît suffisamment à présent pour se montrer objectif, comme toujours.

— Tu l’as trompée, tu l’as blessée, elle t’a largué du jour au lendemain.

— C’était une décision commune, grogné-je.

— Ouais, mais radicale. Si la rupture s’était faite plus en douceur, peut-être qu’elle n’aurait pas déménagé à Lyon et ne serait jamais partie bosser dans l’humanitaire. Peut-être même qu’avec le temps vous seriez devenus amis.

Nouveau coup d’œil oblique. Je ne suis jamais resté ami avec une ex. Quand je les croise, on se salue de loin et ça suffit. Parfois, il m’arrive éventuellement de remettre le couvert pour une nuit, mais jamais plus.

— Tu fais toujours tes cauchemars ? Celui avec le monstre, là…

— La sorte de Démogorgon ? Ouais. Pas toutes les nuits, mais… ouais.

— Et Vivian ? Elle est au courant ?

— De mes cauchemars ?

— Non, de Margot.

Je hausse les épaules.

— Pourquoi je lui en parlerais ? Ça la regarde pas. Toute manière, elle a la tête à la Fashion Week, elle s’en fout de ma vie pour le moment.

Pur mensonge.

Revenue de Milan deux jours plus tôt, elle a passé la nuit avec moi avant sa dernière ligne droite parisienne, et elle ne s’est pas contentée de vouer une attention particulière juste à ma queue. Elle voulait tout savoir de moi. Si j’avais avancé mes dessins, commencé mes démarches auprès des galeries, travaillé la musique de Punk à côté des séances en studio avec Dark Moon, revu ma sœur, appelé ma mère… Un peu plus, et elle m’aurait aussi demandé si j’avais pas chié jaune.

— Si tu le dis… sourit mon pote en douce. Mais fais attention. Les gonzesses, tu sais…

Il n’en précise pas plus, préférant se pencher vers le micro de la table de mix pour leur proposer de nous rejoindre.

Dam entoure Margot d’un bras protecteur pendant que Malone court retrouver les genoux de son père et que, contre toute attente, Arthur s’installe sur les miens. Mike enclenche alors un bouton, et les voix des enfants s’élèvent autour de nous. Ça les fait rire, encore plus lorsque Mike les remet en boucle avec des effets de voix spéciaux.

— C’est zoli ? demande Arthur, sa petite tête crépue tournée vers moi.

— Pour une première, ouais, c’est pas mal.

D’un regard, Dam, Mike et moi comprenons que nous venons d’avoir la même idée. Aussitôt, Mickaël tire son téléphone de sa poche.

— Ma poule ? Ramène ton cul, on a une nouvelle proposition à te faire…

Dans le fond, rien d’original à mettre des voix d’enfants sur certains morceaux, mais elles peuvent apporter une atmosphère particulière, en l’occurrence quelque chose d’un peu… angoissant. Et pas la peine d’avoir une chorale, on peut faire tant de choses de nos jours avec les ordinateurs et une table de mixage. Quelque part, cela en devient inquiétant, à se demander même si bientôt les gens n’auront plus besoin de s’y connaître en musique pour enregistrer une chanson.

Dès que Fred arrive, la discussion se fait passionnée, les idées fusent plus vite que la lumière et cela finit en débat houleux avec Serge quand on décide de reprendre entièrement l’intro de l’album.

— Non mais, je dois vous rappeler combien coûte la location d’un studio ?

— Promis, cette phrase, on la fera graver en épitaphe sur ta tombe, soupire Fred. Bon… Faut leur écrire des paroles alors… Enfin, si vous êtes d’accord ?

Il jette un œil aux deux bambins, puis aux mamans. Margot nous zieute avec des yeux ronds.

— Euh… Vous êtes vraiment sûrs ?

— Non, mais, si on teste pas, on saura jamais, rigole Dam. Et si t’es pas d’accord, y a pas de problème.

Cependant, devant l’enthousiasme d’Arthur, elle accepte et, une heure plus tard, Donavan les enregistre sous nos oreilles attentives. Margot fixe son fils avec tendresse, et je donnerais cher pour savoir ce qui lui traverse l’esprit à cet instant. Encore plus lorsqu’elle tourne subitement sa tête vers moi et qu’elle perd quelques secondes à m’observer, un sourire léger aux lèvres.

Dans ma poche, ça vibre, et la réalité vient me rattraper dans son filet froid dès que la voix de Finn, le batteur de Punk, résonne à mon oreille avec son accent irlandais à couper au couteau.

— Hey ! Sup mate ? On a un petit changement ici. Quand tu viens pour le Saint Patrick’s Day, finally, t’es OK pour un enregistrement ?

 

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