Luc - P'tit coeur (French Edition)
Chapitre 65
Luc
— Tu m’en veux ?
Dam me rejoint sur la terrasse du resto où a lieu le repas de fête. Ce mariage était peut-être un coup de tête, mais on peut pas dire qu’il a improvisé sans sérieux. Le début de la maturité ?
J’écrase ma clope, accepte la bière qu’il me tend et trinque contre la sienne.
— Pourquoi je t’en voudrais ? Pour le réveil au milieu de la nuit ?
— Nan… Pour ça.
Il lève son annulaire devant mon nez.
— Un tatouage d’orfèvre, constaté-je. Ça va ? Pas trop mal ?
— J’ai l’habitude. J’espère surtout que ça s’effacera pas.
Je détaille les autres sur ses doigts. Chez certaines personnes, effectivement, les tatouages ne tiennent pas et de nombreux tatoueurs refusent même de graver sur cette partie du corps.
— Alors ? Tu m’en veux ?
Je secoue la tête.
— Bien sûr que non.
— Tant mieux, parce que, toi et moi, c’est à la vie à la mort, j’te rappelle. Et tu resteras toujours mon p’tit cœur d’amour.
On se sourit.
— Toujours ?
— Toujours.
Il se penche vers moi, pose ses lèvres sur ma bouche et du bout de sa langue vient caresser la mienne. Ce genre de baiser, y a que nous deux pour le comprendre.
— Je t’aime, mon p’tit cœur.
— Je sais. Moi aussi, je t’aime.
On finit nos bières en regardant la neige tomber. Il est un peu plus de midi, et dans deux heures déjà, ici, au nord du monde, le soleil va tirer sa révérence.
— On leur manque, tu crois ?
— Ouais, évidemment. Allez, viens.
Je passe mon bras autour de ses épaules et nous rejoignons la salle du resto, privatisée pour nous. Au centre, les enfants dansent joyeusement en compagnie d’Elsa et d’Anat, et même Eva et Danny se dandinent en rigolant, tenus par les mains par leurs pères.
— Luc ! Regarde ! C’est Malone, il m’a appris ! m’interpelle Arthur.
Très fier et concentré, il tente deux pas de danse qui ne ressemblent pas à grand-chose, mais ça suffit à me donner le sourire. Le bonheur, faut jamais le chercher très loin.
Dam me tape sur l’épaule, embrasse ma joue et file rejoindre sa chère et tendre Américaine pour l’inviter sur la piste.
— Eh bien, qui l’aurait cru ? s’exclame Serge en m’offrant une nouvelle bière.
— Oh, tu sais, si t’espérais le contraire, ce mariage ne changera pas leur manière de vivre.
— Tu me fais peur. Tu crois ?
Je m’esclaffe.
— Elle, là-bas, lui, près de moi. Mais ce tatouage leur rappellera maintenant qu’ils s’appartiennent vraiment.
Serge soupire.
— Tu veux dire qu’ils vont encore m’en faire voir des vertes et des pas mûres ?
— Ouais, et des très colorées.
Après un deuxième soupir, lui aussi me tape l’épaule et retourne à son assiette, alors qu’Arthur court vers moi. J’ouvre mes bras et le fais s’envoler.
— Encore !
Il rit à gorge déployée, puis je le ramène contre mon cœur avant qu’il ne dégobille tout son déjeuner.
— T’as vu ma danse ?
— Bien sûr. Mais… tu devrais demander au magicien, il t’apprendra aussi de sacrés pas.
— C’est vrai ?
— Oui, vas-y…
Après un baiser un peu baveux, il s’élance vers Damien.
— Tu n’as pas honte ? Gâcher la danse du marié…
Les bras de Margot m’enlacent par-derrière et son souffle chaud vient étreindre mon cou, à m’en donner des frissons.
— Qui a dit que le mariage, c’était facile ?
D’une main, je l’attire devant moi pour goûter ses lèvres, tandis que la voix de David Gray s’élève autour de nous, comme un clin d’œil à ce que je m’apprête à lui dire.
Le plus naturellement du monde, au son lent de This Year’s Love, j’entoure sa taille et commence à la faire danser. De toutes aujourd’hui, elle est la plus belle. Son port de reine, ses longs cheveux, ses grands yeux noirs dans lesquels se reflètent les lumières de la salle, comme des paillettes d’étoiles, sa robe-pull couleur lie-de-vin qui fait si bien ressortir sa peau de
miel, le pendentif doré à son cou, une bague de Claddagh1que je lui ai offerte quelques semaines plus tôt, qu’elle préfère porter parfois au plus près de son cœur… Oui, en cet instant, elle est définitivement la plus belle.
— Pourquoi tu me regardes comme ça ? me sourit-elle.
— Comment comme ça ?
— Comme ça… avec amour.
— Parce que… je pense de plus en plus à quelque chose ces derniers temps.
Elle hausse un sourcil.
— Oui ?
Dans ma poitrine, mon cœur commence à battre un peu plus fort.
— Aujourd’hui, Dam a sûrement pris la décision la plus sérieuse de sa vie. Et si j’en prenais une, moi aussi ?
Elle ne dit rien, se contente de m’observer avec intensité. Dans sa jolie tête, ça doit carburer sec. Par-dessus la musique, j’entends le rire d’Arthur. Avec Malone, ils font danser son Bourriquet.
Je le dévisage une longue minute, les oreilles pleines des paroles de la chanson.
— Tu sais à quel point Arthur compte pour moi…
Sa main se perd dans mes cheveux.
— Et à quel point tu comptes pour lui.
Je hoche la tête.
— Alors… si je l’adoptais ?
La bouche ouverte, elle s’arrête de danser, me détaille avec force, prise entre stupeur, doute et ravissement.
— Tu es… sérieux ?
Nouvel acquiescement, et des larmes reviennent border ses yeux. À son tour, elle regarde son fils.
— Il… L’autre jour, il m’a dit quelque chose dont je ne t’ai pas parlé, parce que j’ai eu peur que ça t’effraie, mais… il m’a demandé s’il pourrait un jour t’appeler « papa ».
Oui, ça m’effraie mais, aujourd’hui, je suis prêt. En plus, ce qu’elle vient de m’avouer fait gonfler mon cœur d’une joie et d’un amour sans nom, confirmant ma décision.
Du bout des doigts, j’attrape son menton et plonge dans son regard émerveillé et amoureux.
— Je te l’ai dit. Vous êtes ma vie. Vous l’avez transformée, embellie. Il me manquait quelque chose et vous l’avez comblé. Il m’en a fallu du chemin, mais…
Elle pose son index sur mes lèvres.
— Moi aussi, il m’en a fallu, mais cela valait la peine d’attendre.
Son beau sourire s’infiltre loin, jusqu’au plus profond de moi. Il irradie mon sang, mon âme, gorge mon cœur d’une émotion si forte que j’en chialerais, tant ces mots que je ressens et que je prononce sonnent vrai.
— Je t’aime, Margot. Putain, oui, je t’aime.
Et avant qu’elle ne surprenne mes larmes de bonheur, je l’étreins plus fort et plaque ma bouche sur la sienne. Dans ce baiser vorace, je lui offre tout. Mon amour, mes doutes, mes angoisses, mes promesses.
Oui, on en a fait du chemin, et ce n’est pas terminé, parce que l’amour est un jardin sans fin, fragile, exigeant, rock’n’roll. Mais le rock, ça me connaît, alors je devrais pouvoir gérer. Aujourd’hui, demain… Oui, c’est elle que je veux, pour toujours, à jamais.
Elle, Arthur… et un Bourriquet.
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1 Note de Damien : La bague de Claddagh est associée à la fidélité, à l’amour et au romantisme
dans la culture irlandaise.
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