Luc - P'tit coeur (French Edition)

Katja Lasan · Chapitre 65 sur 68

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Luc - P'tit coeur (French Edition)

Un an et des brouettes plus tard

Un an et des brouettes

 

plus tard

 

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Luc

Solo de guitare endiablé et vibrations.

Bordel ! Faut vraiment que j’apprenne à éteindre mon téléphone la nuit. À côté de moi, Margot se retourne pour venir m’enlacer alors que je décroche, l’humeur mauvaise.

— Putain, Dam ! T’as vu l’heure ?

— J’te réveille ?

— Évidemment !

— Ah… Bon, ben, maintenant que t’as les yeux ouverts, faut que tu me fasses un dessin. Et attention ! Une œuvre d’art, hein !

Je m’étrangle.

— Pardon ? Il est quatre heures du mat !

— Ouais, enfin… attends… Ouais, non, tu vas pas avoir le temps, tu le feras dans l’avion.

— Dans le quoi ?

Abasourdi mais complètement réveillé à présent, je l’écoute avec attention, de plus en plus halluciné. Une fois qu’il a raccroché, je continue à contempler mon téléphone sans y croire.

— Il se fout de ma gueule. Il se fout vraiment de ma gueule…

— Hum… Il voulait quoi ?

Sa jambe toute chaude s’enroule autour de la mienne, sa main coquine autour de ma queue. Bien vite, ses caresses expertes éveillent mes sens et je bascule sur elle dans un baiser, avant de me laisser glisser entre ses cuisses en feu.

Plus d’un an… Plus d’an qu’elle m’aime pleinement, sans plus aucune retenue, chaque heure de chaque jour. Et plus d’un an que je lui rends cet amour sans faille, le cœur comblé dès que je me réveille à ses côtés. Tout me paraît si simple et facile aujourd’hui.

Mon Évidence.

Pourtant, après les tragiques événements de l’année dernière, rien n’était gagné d’avance. Il m’a fallu du temps, beaucoup, beaucoup de temps pour guérir de mes blessures, et encore aujourd’hui, si mon visage ressemble enfin à quelque chose, mes doigts, eux, n’ont toujours pas retrouvé l’entier de leur dextérité et les cauchemars hantent encore certaines de mes nuits. Mais je ne baisse pas les bras ; un jour, je retrouverai mon meilleur niveau à la basse et je pourrai de nouveau tenir trois heures de concert.

Le temps de ma convalescence, Serge voulait tout annuler, j’ai refusé. Pas question de rester alité et de dépérir comme un légume. De séances de kiné douloureuses en séances d’ergothérapie indispensables, je me suis battu jour après jour, et cela a payé. J’ai fini par pouvoir reprendre crayons et pinceaux, et surtout le chemin de la scène. La majeure partie des dates, bien sûr, ont dû être annulées mais, me retrouvant suffisamment entouré par mes potes et encouragé comme jamais par le public, nous avons décidé d’en maintenir certaines ; des concerts plus courts, plus espacés et dans des salles plus intimistes. Tout l’amour et les encouragements déversés par nos fans ont fini par me convaincre que je ne devais rien lâcher et m’accrocher d’autant plus.

Dans trois semaines, nous donnerons un concert hommage à l’Ekinox, qui rouvrira enfin ses portes après de longs travaux. Une salle flambant neuve où l’émotion risque de nouer quelques gorges et d’enflammer les cœurs. Avant qu’elle ne meure dans mes bras, j’avais fait une promesse à une femme, et je l’ai tenue. J’ai retrouvé sa fille, Jade, une ado à peine sortie de l’œuf. Ses larmes, quand je lui ai transmis les derniers mots d’amour de sa mère, ont été pour moi comme une libération. Bien plus qu’un survivant, j’étais tout simplement vivant, et je n’avais pas le droit de me plaindre. Au contraire. Transformer ce cauchemar en une force, un carburant de vie, voilà ce qu’il me restait à faire.

La musique est un cadeau, un partage, un art qui n’a que faire des genres, des couleurs de peau, des religions, des différences. Elle est un tourbillon passionnel qui nous emporte tous, unis dans ses mélodies, son rythme, son tempo. On chante les naissances, les victoires, les décès. On chante les combats, les larmes, les bonheurs. La musique est essentielle à nos vies, indispensable même. Plus que la réponse pacifiste aux tyrans, elle est symbole de liberté, celle que personne ne nous prendra jamais.

Mais la musique n’est pas la seule à m’avoir donné de la force. Avant les attentats, heureusement, j’avais déjà bien avancé sur mon projet pour la galerie Osmoz, intitulé sobrement : Skulls and Life. Des scènes de vie mettant en scène des squelettes dont la ressemblance avec les gens que j’aime ou admire n’est absolument pas fortuite.

Vers la fin du printemps, j’ai enfin pu exposer pour la première fois de ma vie, et mon tableau phare, un couple de squelettes souverain en train de s’étreindre – elle, une calavera aux cheveux sombres, longs et soyeux, lui, les cheveux clairs avec une couronne sur la tête –, a eu droit aux plus beaux compliments dans les magazines spécialisés et auprès de la critique. Ma plus belle reconnaissance, cependant, se trouve sur une photo prise en douce par Damien, le jour du vernissage : ma mère, un bras passé autour de mes hanches, qui lève sur moi un regard empli de fierté et d’amour.

Touché en plein cœur, je l’ai fait encadrer et l’ai posée dans mon atelier. J’ai d’ailleurs l’impression que jamais ma mère n’aura cherché à être aussi présente dans ma vie que durant cette année et, même si je l’ai envoyé bouler un certain nombre de fois, sa prévenance peu ordinaire ne m’a pas laissé indifférent. Peut-être est-elle due également à l’arrivée de la petite Mathilde, la fille de ma sœur. En moins d’une seconde, ce bébé a su transformer ma mère en vraie mamie gâteau et moi, en tonton gaga. Je me demande si mon frère ne va pas tarder à nous annoncer un truc, lui aussi. Je le trouve étrangement heureux depuis quelques jours…

La seule dont je n’ai plus de nouvelles depuis longtemps est Vivian. Nommée rédactrice en chef du Soul américain, elle est partie vivre aux États-Unis – grand bien lui fasse –, et je ne connais plus d’elle que ce que je peux voir dans la presse.

Après mon passage à tabac, je ne l’ai revue qu’une fois, à l’hôpital, lorsqu’elle est venue me remercier du fait qu’elle a été sauvée par un petit groupe armé du RAID. Ce jour-là, plus que piteuse et au bord des larmes, elle m’a présenté ses excuses pour tout, mais je suis resté de marbre. Pour une simple gifle, elle m’a vendu, mis en péril ma vie et celle d’Arthur, et j’ignore si je pourrai lui pardonner un jour. Bien sûr, sa peur de mourir sous la main de ce taré était parfaitement légitime, je peux aisément la comprendre, mais je pensais que son amour pour moi valait au moins un peu de résistance. Je n’ai même pas eu le temps de la chasser de ma chambre, Margot s’en est chargée pour moi en la fichant dehors sans ménagement, lui ordonnant de ne jamais chercher à me revoir et de changer direct de trottoir si elle devait un jour nous croiser.

— Luc… mmm… encore…

Sous mes assauts, le corps de Margot se crispe, ses ongles se plantent dans mon dos, son vagin se resserre sur ma queue et je jouis en même temps qu’elle crie à nouveau mon prénom.

Pendant quelques secondes, on retient notre souffle, à l’écoute du silence dans l’appartement. Ça va, a priori, on n’a pas réveillé Arthur.

Elle se cale contre moi, les doigts occupés à caresser mon torse.

— Alors, il voulait quoi ?

— Hein ? Qui ? Oh, merde !

Cette femme, d’un simple baiser, me fait vraiment tout oublier. Je me redresse, récupère mon téléphone, vérifie l’heure, allume la lampe de chevet.

— Je te raconterai dans l’avion, faut qu’on fasse nos bagages et qu’on bouge. Et surtout, prends des vêtements chauds.

Yeux plissés, elle s’assoit sur le lit et, pendant un bref instant, j’hésite à envoyer chier Dam et ses idées à la con pour me consacrer uniquement à lécher et exciter ces deux affolants tétons en train de me faire de l’œil.

— Dans le… Mais… qu’est-ce qu’il a encore fait ?

Finalement, quand on retrouve Clarisse, Elsa, Serge et Benji, le tatoueur préféré de Dam et mon ancien mentor, à l’aéroport du Bourget, encore à moitié endormis eux aussi, je décide de garder la surprise pour moi. Si Dam ne leur a rien dit, alors je ne dirai rien non plus.

Ce week-end, Margot, Arthur et moi sommes montés à Paris, dans mon appart, mais, depuis le début de l’été, notre résidence principale se trouve en Suisse, pas très loin de chez Mike.

Eh ouais ! Seuls les crétins ne changent jamais d’avis. Pour Arthur, un grand jardin avec vue sur les Alpes m’est apparu comme nettement plus sympa qu’un appart au dernier étage dans une ville étouffée par les mauvaises odeurs et la pollution.

Par amour, on est quand même capable de pas mal de choses…

Et puis, bien sûr, cette maison n’est pas une simple maison. De très grande dimension, elle cache en réalité deux habitations indépendantes qu’on a fait relier l’une à l’autre grâce à une porte entre les deux cuisines. Ainsi, nous avons notre espace propre, et Damien, le sien – avec Abby lorsqu’elle le rejoint. Il ne pouvait en être autrement, et Margot, dans le fond, adore râler dès qu’il débarque pour dévaliser notre frigo à l’improviste.

La mort de Dabo a fait accélérer beaucoup de choses. Comment Romy s’est-elle débrouillée auprès de sa hiérarchie pour justifier tout ce qu’elle leur avait dissimulé ? Je l’ignore, ça lui appartient. Tout ce que j’ai retenu, c’est que Margot Chevallier est revenue à la vie en seulement quelques jours. Aujourd’hui, elle enseigne le français à Lausanne à des réfugiés, et ce nouveau job la passionne. Romy et elle ont gardé contact et, dès que leurs agendas le permettent, elles se retrouvent à Paris pour un café ou un repas à l’appart. Moi aussi, je lui dois beaucoup. Ma vie, en fait, car la balle qui a envoyé ce taré dans l’au-delà provenait de son flingue à elle.

Arthur, lui, a été très courageux. Malgré quelques mauvais rêves récurrents, beaucoup de questions et l’effroi de me voir quasi défiguré et les mains plâtrées, il a su m’apporter plein de soleil, et je sais que ses groscâlins, conjugués à ceux de sa mère et de mes amis – Dam en tête, évidemment –, n’ont pas été pour rien dans mon processus de guérison. Pour l’heure, emmitouflé dans une couverture, il dort dans mes bras, indifférent à tout le ramdam autour de lui.

On monte dans un petit avion privé, piloté ni plus ni moins que par Anat. À son sourire, je devine qu’elle est au courant, tout comme moi, de ce que Damien mijote, et cela semble rendre Elsa plus grincheuse encore.

— On peut au moins savoir vers où l’on s’envole ? Et j’espère pour lui qu’on va pas se cailler les miches !

 

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