Luc - P'tit coeur (French Edition)
Chapitre 48
Luc
À travers la fenêtre ouverte de la loge – une grande caravane de luxe, privilège des groupes de notre acabit –, j’entends vibrer à fond la musique électro-pop, limite disco, d’un jeune trio australien. Au-delà des palissades en bois qui préservent les backstages, les gens n’ont cure des nuages menaçants au-dessus de leur tête, présents dans le ciel depuis le matin. Ils rient, dansent, chantent à tout va. Parfaite ambiance de festival où le flamand se confond avec le français, quelques pointes d’allemand ou de néerlandais.
Le pouvoir de la musique, c’est exactement ça : rassembler les peuples, se moquer des origines, des courants de pensée. Simplement s’éclater tous ensemble au moment présent. Ne faire plus qu’un.
Certains artistes détestent les festivals. Parce que le son peut être moins bon, les problèmes techniques plus nombreux, les scènes plus petites, les décors moins imposants, les concerts moins longs ; moi, je m’en fous, je m’adapte toujours. Je connais ma chance et je la cultive. En plus, quelle évolution avec Dark Moon ! On a commencé sur les petites scènes en milieu d’après-midi quand les gens préfèrent boire l’apéro, en nous écoutant d’une seule oreille, en attendant les grosses têtes d’affiche, puis, à force de travail et d’acharnement, nous sommes devenus nous-mêmes ces fameuses têtes d’affiche.
Depuis plusieurs années maintenant, notre nom fait vendre les billets et côtoie ceux des plus grands. Voir « DARK MOON » écrit en gros fait toujours autant jubiler nos ego et nous rend fiers, mais on sait aussi ce qu’on doit au public, sans qui nous ne serions rien. À l’époque, devoir aller le chercher, le faire lever son cul pour danser avec nous et se rapprocher de la scène était un challenge stimulant qui nous a beaucoup appris. À force d’expériences, nous sommes tous les quatre devenus de vrais showmans qui nous comprenons au moindre clignement de cils.
Sur la scène de taille moyenne du Rock Werchter, Punk Destruction s’en est également bien sorti. Ma complicité avec Finn, très travaillée ces dernières semaines, s’est particulièrement bien sentie, même si dorénavant je sais qu’elle n’égalera jamais celle que j’ai avec Mike. D’ailleurs, tout le groupe va venir nous voir à vingt-trois heures sur la grande scène baptisée Main Stage, et j’espère qu’il n’en sortira que du positif.
La tension dans les coulisses est palpable, surtout du côté de Fred. Il n’oubliera pas facilement qu’ils ont voulu m’avoir rien que pour eux, mais Paul, son homologue chez Punk, a su d’une phrase apaiser ses dernières craintes. Ils ont trouvé un bassiste pour la rentrée, qui ne me vaut certes pas, mais qui saura leur apporter ce que Clive n’est plus en état de leur donner. Et rien ne m’empêchera de venir encore m’éclater avec eux quand j’irai à Dublin, ou de jouer les guests en concert. Ils ont conscience de ce que je leur ai offert, et je sais qu’ils ne l’oublieront jamais.
— Ça va ? Tu récupères, ma poule ?
Mike me tape sur l’épaule et prend place à mes côtés, une bouteille de jus de fruits en main. L’alcool, on le garde pour l’after.
— Ouais, je suis prêt. Je vous avais dit que je gérerais.
— Personne n’en a douté un instant, tu sais. Et des crises, on en vivra d’autres.
Il m’envoie un clin d’œil et avale une grande gorgée pendant que Dam enroule ses bras autour de moi.
— Je l’ai pas encore dit, mais t’étais au top, mon p’tit cœur, comme toujours. J’suis fier de toi.
Il se penche dans mon dos pour embrasser ma joue
— P’t-être parce que t’as pas vraiment suivi le concert ? ricané-je. Elle est passée où, Abby ?
— Aux toilettes avec Alice. Et je te signale que, même si c’est un week-end de retrouvailles, je sais toujours faire deux choses à la fois. Même plus !
Mike lui jette un regard goguenard.
— Précise pas, on veut rien savoir. Et cette nuit, je te préviens, moi, je veux dormir.
— Dormir ? Dommage, moi, j’avais un autre programme en tête, lui glisse Flavia tout en lui volant un baiser. Surtout que les enfants auront leur coin à eux…
Cette nuit, on pioncera à l’hôtel, on l’a bien mérité. Cette tournée européenne des festivals n’est pas juste une série de concerts durant les week-ends, il s’agit avant tout d’un véritable marathon promotionnel. La semaine, on s’avale des kilomètres de route en autocar, on jongle entre des séances de dédicaces dans diverses enseignes musicales, des passages en live dans les radios, des shootings, des interviews. Les journées commencent tôt et se terminent tard. Et entre toutes ces obligations, on répète comme on peut dans notre super palace à dix roues. Mais, cette ambiance, on l’aime, même si le rythme est tout bonnement épuisant et que Serge et ses équipes ont ménagé notre temps au mieux. Dès qu’on a un moment de repos, on en profite pour recharger les batteries ou faire un truc perso.
De mon côté, ces instants tranquilles me servent à dessiner des souvenirs de cet été, ceux qui me restent en tête, qui m’ont marqué et que j’aimerais beaucoup retranscrire sur des toiles en grand, une fois que je serai revenu chez moi et avant qu’on ne parte en tournée pour le nouvel album. Celle-ci s’annonce énorme et va durer de nombreux mois.
Mes yeux s’attardent sur Flavia et Mike, que Malone a rejoints en sautillant, sa petite main dans celle de Fred.
Coup au cœur.
Je pensais pas que l’absence de Margot et d’Arthur me pèserait vraiment. Avec notre agenda overbooké, je me disais que le temps passerait vite, que juin filerait sans que je m’en rende compte, mais force est d’admettre que je me suis trompé. Alice, Flavia et les mômes me rappellent chaque fois que je les ai laissés derrière sans réel remords, les sachant à l’abri et loin de la folie quotidienne qui nous entoure. Margot et moi, en quelques semaines, avons su instaurer un équilibre qui nous convient et, depuis qu’elle a annoncé à Arthur que, oui, nous sommes ensemble, le petit s’est un peu plus rapproché de moi encore. Parfois, quand j’y réfléchis, que je songe au passé et à mon propre vécu, cette responsabilité me fait flipper. Dam a raison. Si Margot et moi, ça foire, c’est Arthur qui le subira. Dans le fond, tout ne dépend que de moi.
Une subite envie de les entendre me prend. Je me lève, quitte notre loge et rejoins l’extérieur, mon téléphone en main. Aussitôt, les odeurs de bière, de sueur, de clope, de marijuana viennent inonder mes narines.
De parfaits effluves de festival…
Margot ne répond pas. Je peste, regarde l’heure. Encore deux heures à tuer et Arthur est sûrement déjà au lit. Nouvelle tentative, nouvel échec. J’aime pas les répondeurs, mais je fais l’effort de laisser un message. Si ça se trouve, elle est chez sa mère. Avec l’accord de Romy, Yamini a pu revenir vivre à Paris, et autant dire que les retrouvailles ont été hautement émotionnelles. En revanche, découvrir que j’étais revenu dans la vie de sa fille a paru lui faire nettement moins plaisir ; depuis, j’évite de la croiser. Ma mère, elle, semble penser que ça ne durera pas plus qu’autrefois, tandis que ma sœur m’a servi quasi le même discours que Damien. Ça fait toujours plaisir de se sentir soutenu…
Un bras autour de ma hanche me fait sursauter.
— Ça va ? T’as l’air tout choupi.
Flavia, Malone accroché à son jean, m’examine avec attention, tout comme Alice à ses côtés, Danny dans les bras. Derrière elles suivent mes potes ainsi que Bastien et Gilles, les deux gardes du corps. Mike berce Eva en lui faisant des papouilles alors que Dam embrasse Abby dans le creux du cou.
Putain ! Ce soir, je vais encore tenir la chandelle…
— Ouais, ça roule. J’arrive juste pas à… Margot répond pas. Elle doit être occupée.
— Oui, elle te rappellera, t’inquiète pas, me sourit Flavia avant de m’embrasser à son tour et de baisser le menton vers son fils. Tu dis bonne nuit à tonton ? On va les coucher et on revient.
Enfants de la balle, les petits ont vite pris le pli de dormir avec nous dans les cabines moyennement confortables de l’autocar ou de partager parfois une chambre à l’hôtel, surveillés par une nounou que les filles ont spécifiquement sélectionnée pour cette tournée, et, pour une fois, Serge n’a pas eu son mot à dire.
Je soulève Malone pour un câlin, embrasse Eva et Danny et regarde la petite troupe se faufiler parmi le staff et les artistes.
— On va faire un tour ? propose Damien.
La nuit commence enfin à tomber, les lumières du festival se sont allumées et celles des téléphones portables scintillent devant les trois scènes actuellement occupées – sur quatre –, mais suffisamment éloignées les unes des autres pour que les sons ne se percutent pas. Un peu dans l’ombre, on reste à distance prudente de la foule groupée en masse devant chacune, mais ça ne nous empêche pas de profiter de la musique et d’éviter de penser que, dans moins d’une heure et demie maintenant, ce sera à nous d’assurer.
— Alors, les branleurs, vous prenez des leçons ?
D’un même mouvement, on pivote tous vers cette voix sortie de nulle part qui, direct, nous crispe de partout.
— Ben, quoi ? Vous avez perdu votre langue ? C’est con, Pelletier, on pourra pas entendre ta voix éraillée ce soir.
Le sourire carnassier aux lèvres, David Costa, la belle gueule des Yellow Men – et chanteur de seconde zone pour ceux qui ont de l’oreille –, apparaît entre ses deux acolytes aussi bodybuildés que Popeye après sa boîte d’épinards.
Fred a déjà serré ses poings et ses deux gorilles se rabattent devant nous en protection.
— C’est bon, les mecs, dégagez ! leur ordonne Bastien. Pour les esclandres, allez voir ailleurs.
Costa relève le menton avec un petit air supérieur qu’on lui ferait ravaler bien profond et jette, le ton sarcastique :
— Vous savez même plus vous défendre tout seuls ? Vous avez besoin de vos gros toutous en permanence ? Waouf !
Un rire acerbe s’échappe de Fred.
— Ils sont la preuve de notre réussite, blaireau. Vous, c’est sûr, vous avez rien à craindre, on vous reconnaît jamais.
La pique fait mouche. À leur tour, les trois abrutis perdent leur sourire et ferment leurs poings, les muscles tendus sous leur tee-shirt trop stretch.
Autour de nous, certains se sont détournés de la scène pour mieux nous observer.
— T’as avalé un clown, Pelletier ? grince Costa. Prends encore des cours, ça amuse que ta bande de dégénérés.
— Oh, ma grande… J’t’ai vexé ? Mais y a que la vérité qui blesse, à ce qui paraît.
Chacun tente un pas vers l’autre, mais Bastien tend une main vers Costa, sans laisser le champ libre à Fred pour avancer davantage.
— C’est quoi votre problème ? lance Mike. Vous faites chier les autres parce que vous avez pas eu votre accès VIP pour la grande scène demain soir ? Mais quand on joue du sirop pour gonzesses, on a que ce qu’on mérite : les scènes de seconde catégorie.
— J’t’emmerde, Leroy !
Avant que Mickaël ne réplique à l’insulte, Abby pose sa main sur son bras.
— Laisse tomber, ils sont trop cons. Ça vaut pas la peine.
Le corps de Mike se détend.
— Ouais, t’as sûrement raison.
— Oh ? Ben, alors ? Tu te fais dicter ta conduite par la meuf de ton pote ? Elles vous tiennent vraiment la queue en laisse, vos gonzesses. Remarque, ça fait peut-être gagner du temps quand elles vous sucent.
— Ferme ta gueule, connard !
Plus rapide que Bastien et Gilles, Damien s’est jeté sur le côté, droit sur Costa. D’un mouvement tout aussi vif, je parviens à le bloquer juste avant que son poing n’aille défigurer la tronche de l’autre poivron, et l’oblige à reculer.
Avec Dam, je suis toujours le plus prompt à réagir dans la seconde. Je le connais par cœur.
— Lâche-moi !
Il se débat comme un fauve, mais je tiens ferme.
— Pourquoi tu t’énerves ? remarqué-je assez fort en plantant mon regard sur Bérald, le petit blond peroxydé tout carré à côté de Costa. Quand un groupe travaille avec un bassiste qui sait jouer qu’un seul accord, pas besoin de chercher la merde, ils en fabriquent tout seuls.
En plus, il ne s’agit même pas d’un mensonge. Bérald est davantage connu pour ses excès en tout genre que pour ses performances musicales.
— C’est de moi que tu parles, là ? s’écrie-t-il, aussi tendu qu’une corde, le visage enragé. Tu t’es entendu jouer, toi, Gauthier ?
— Ouais, je trouve même que j’ai une certaine classe dont tu devrais t’inspirer.
— Enfoiré d’mes couilles !
D’un bond, Bérald se jette vers moi, mais Bastien le bloque d’une prise bien ajustée tandis que Fred s’avance vers lui, les yeux sombres, menaçants.
— Toi, t’avise pas de toucher à mon pote, j’ai besoin de tout son génie ce soir.
— And us, in two weeks !
Cinq ombres se faufilent parmi nous, les bras croisés sur la poitrine. Les membres de Punk Destruction, visages fermés, toisent les Yellow Men avec une envie d’en découdre aussi grande que la nôtre.
— Ne faites pas de conneries, nous prévient Bastien tout bas, nous sentant sur le fil du rasoir et sachant très bien que Gilles et lui ne suffiraient plus en cas de bagarre.
Mais ni ce trio ni nous ne sommes assez cons pour ajouter de l’huile sur le feu. En plus, y a trop de monde et des vidéos de merde doivent déjà circuler.
— Qu’est-ce qui se passe ici ?
La carrure imposante de Serge apparaît à son tour. Dans ses costards bien coupés, il fait toujours son petit effet, genre le Parrain qui débarque et qui ferme le clapet de tous d’un seul regard furibond.
— Trois connards qui se sont perdus en route, jette Fred.
— Connard toi-même, p’tite b…
— Ça suffit ! Fred, recule !
Bastien l’oblige à obéir à Serge pendant que Gilles nous tire en arrière, Dam et moi.
— Vous, vous dégagez de là, ordonne encore Serge aux trois branlos. Je vais appeler votre manager, qu’il vous tienne à l’œil pour le reste de la soirée. N’essayez même pas de vous approcher de la grande scène à partir de maintenant. Et vous (il se tourne vers nous, toujours aussi furax), vous allez vous calmer en loge. Pas la peine de foirer votre presta pour ces trois imbéciles.
— C’est eux qui…
— Je veux rien savoir, Damien ! Non mais, vous avez quel âge ? Vous êtes pires que vos gosses !
— Ah bah, ça nous concerne pas alors, p’tit cœur et moi…
— Damien !
Indifférent, il se marre tout seul, tout en passant un bras autour de la taille d’Abby, alors qu’au loin on entend Costa brailler :
— J’ai pas dit mon dernier mot, Pelletier !
Fred se retourne, les deux majeurs levés.
— Dommage ! Ta mauvaise voix de castra a besoin de repos, Davidenko ! Penses-y si tu veux pouvoir chanter ta daube demain.
— Fred ! Mais ça suffit, oui ! Toi aussi, va reposer ta voix ! Dans une heure t’es sur scène, je te rappelle !
Fred, Mike et Costa se sont connus au lycée et n’ont jamais pu se blairer. Notre animosité commune fait souvent le bonheur des fouille-merde, qui adorent parler de nous en première page ou sur Internet.
Avant de rejoindre les backstages, on se prête quelques minutes au jeu des photos, histoire de faire râler un peu plus Serge, puis Bastien disperse les curieux. Étonnamment, cette altercation semble avoir brisé la glace avec Punk et, sous mes yeux ébahis, Fred invite les Irlandais à se joindre à nous dans la caravane. Pour le repos, Serge repassera…
Lorsque Alice et Flavia reviennent vers nous quelques minutes avant qu’on ne gagne la scène, je me souviens de ce que je tentais de faire avant qu’elles ne partent. Je reprends mon téléphone. Aucun appel en absence, aucun message.
Près de vingt-trois heures, elle fout quoi ?
L’inquiétude au bide, je retente un appel, mais tombe de nouveau sur sa putain de messagerie. Laisser un autre vocal ne me paraît pas très utile. Je peste, range mon portable dans ma poche, grimpe les marches arrière de la grande scène. Dans les coulisses, le staff s’affaire déjà à brancher boîtiers et oreillettes à mes potes, outils indispensables pour un bon retour de son. Les balances, on les a faites durant la matinée. Les ingés son du festival et notre équipe technique se sont occupés ce soir de vérifier que tout était encore en ordre et de faire éventuellement quelques petits ajustements lors du changement de scène. Depuis le temps qu’on bosse ensemble, on a une pleine confiance en notre staff personnel, et si on ressent une quelconque gêne durant notre jeu, on a des codes pour se comprendre.
Devant la grande scène, une véritable marée humaine nous attend. Le public tape déjà des mains et s’égosille, promesse de grand spectacle ! L’important pour nous, festival ou pas, est d’offrir un vrai show à ceux qui ont payé pour nous voir ; Serge tente toujours de négocier deux heures complètes de concert, alors que d’autres groupes de renom se contentent d’une heure trente, ou même moins. Ce soir, ce sera donc concert jusqu’à une heure du mat. On est les derniers de la journée, après on participera à l’after dans les backstages, avant de rejoindre l’hôtel et de dormir comme des masses jusqu’au début de l’après-midi.
En tout cas, moi.
Pendant qu’on s’occupe de m’équiper, je fais craquer mes doigts et repasse notre setlist dans ma tête. Les intros de nombreux morceaux reposent sur moi et on a beau avoir la liste des chansons sous les yeux, scotchée par terre, on n’est jamais à l’abri d’une erreur.
Un souffle sur ma nuque… Je frissonne et me retourne. Rien. Rien d’autre que le staff qui s’agite et s’envoie les dernières consignes, et mes potes qui sautillent sur place, les visages concentrés. D’un coup d’œil avisé, je détaille chaque recoin sombre. Rien non plus.
— P’tit cœur ! Tu viens ?
Dans ma poitrine, mon pouls commence à battre plus vite. Je croise le regard de Damien, heureux mais surtout impatient. Je retire mon élastique, le range dans ma poche, secoue mes cheveux, rejoins mes potes déjà en cercle. Notre rituel avant chaque concert. Nous fermons les yeux, calons nos respirations dans un même souffle, unissons nos mains.
— Yeapah ! C’est parti !
Un dernier baiser à leurs femmes pendant que le Monsieur Loyal de la grande scène nous annonce sous un tonnerre d’applaudissements qui fait trembler la plaine flamande. À mon tour, je saute sur place, tente de me sortir Margot de la tête en pensant plutôt au premier morceau bien metal qui ouvrira le show. Peine perdue.
Elle va bien ! Arrête de flipper !
Je laisse mes potes passer devant moi. À peine sont-ils apparus que la foule hurle, déjà en extase, prête à s’éclater avec nous durant les deux heures à suivre. Faut que je me concentre, bordel ! Je dois décevoir personne !
Dans ma poche, ça vibre.
Aujourd’hui 23 h 00
Salut, toi… T’es particulièrement beau ce soir.
Mon cœur fait une embardée. Je jette un œil dans mon dos. Flavia, Alice, Abby me sourient de toutes leurs dents et, à côté d’elles… Margot me salue !
Comment elle… ?
— Luc ! Sur scène ! Grouille, bon Dieu !
À l’appel sec de Serge, elle hoche la tête dans un signe d’encouragement et m’adresse un baiser volant en murmurant du bout des lèvres :
— T’es le meilleur.
Je ne l’entends pas, elle le dit trop bas, mais je le sais et, putain ! ça me réchauffe de partout et m’envoie une étrange secousse pleine d’adrénaline.
Alors, enfin, je bouge mon cul et saute sur la scène. Ce soir, oh oui ! je vais tout déchirer !
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