Sharakhaï T5 : La Porte vers l'au-delà

Bradley P. Beaulieu · Chapitre 43 sur 72

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Sharakhaï T5 : La Porte vers l'au-delà

Chapitre 41

 

Les jours passaient tandis que les dix vaisseaux faisaient route vers Mazandir. Macide avait ordonné qu’on fasse un large détour pour éviter les flottes miréennes et malasaniennes qui avaient été repérées à l’est de Sharakhaï, mais le risque de croiser une de leurs patrouilles demeurait élevé. Et effectivement, après une semaine de voyage, Çeda aperçut une ligne de bâtiments qui ressemblaient à de lourds brise-dunes miréens. Ceux-ci ne les prirent pas en chasse et ils ne tardèrent pas à disparaître derrière l’horizon.

Lémi le Frêle continuait à enseigner le maniement de la lance à Aríz, et Emre s’aperçut que le jeune cheikh avait fait des progrès stupéfiants depuis leur dernière rencontre quelques mois plus tôt. Les deux hommes s’entraînaient avec des bâtons dont les extrémités étaient enveloppées de tissu. Au cours des premiers affrontements, Lémi dut contraindre le jeune cheikh à abandonner. Aríz était loin d’égaler son adversaire, mais il était clair qu’il avait hérité – entre autres – de la rapidité de son père. Il parait ou esquivait les attaques du colosse qui poussait parfois un grognement de dépit. Au cours du quatrième affrontement, il était capable de tenir le rythme de son adversaire. Au septième, il anticipait ses mouvements, au point que Lémi céda à la frustration et poussa un hurlement en enchaînant un déluge de coups. Aríz les bloqua ou les évita tous… à l’exception du dernier. L’impact fut si violent qu’il fut projeté en arrière et roula dans l’escalier du pont avant.

Lémi le Frêle haletait et le soleil brûlant faisait briller la pellicule de sueur sur son crâne rasé. Alors qu’il semblait sur le point de sauter en bas de l’escalier pour porter le coup de grâce, Aríz se redressa et sourit.

— Pas mal, Lem.

La confusion se peignit sur le visage du colosse, puis il sourit à son tour.

— Pas mal, pas mal… mais ma sœur est meilleure que toi.

— Il suffit ! s’écria Ali-Budrek.

Le sourire d’Aríz s’élargit.

— Pas mal, pas mal, mais ma mère te collerait une raclée avec un bandeau sur les yeux.

Il tendit la main et Lémi la saisit pour l’aider à se lever. Ali-Budrek fulminait. Les deux hommes éclatèrent de rire et celui de Lémi résonna comme les échos d’un coup de tonnerre.

Les morceaux d’écorce amère de Dardzada avaient atténué la douleur. L’apothicaire lui en avait donné un petit sac en lui disant d’en mettre un dans sa bouche dès qu’il sentirait la migraine se réveiller. Emre l’avait fait à trois reprises depuis et le traitement était efficace. Il fallait un certain temps pour que les effets se fassent sentir, et ils ne neutralisaient pas complètement la douleur, mais c’était néanmoins une bénédiction.

Çeda restait à bord de la Mariée Rouge pendant la journée, mais le soir, elle rejoignait Emre près du feu de camp pour parler et chanter. Emre surprit Sümeya qui les observait à plusieurs reprises. Quel genre de relation pouvait-il bien y avoir entre elle et Çeda ? Et quel genre de relation pouvait-il bien y avoir entre lui et Çeda ? Éprouvaient-ils encore quelque chose l’un pour l’autre ? Il chassa ces pensées avant qu’elles aient le temps de s’enraciner dans son esprit. N’avait-il pas demandé aux Fileuses du Destin de ramener Çeda dans sa vie ? Eh bien ! elles avaient exaucé son vœu et il aurait fallu être le dernier des imbéciles pour se plaindre.

Çeda dormait désormais dans la cabine d’Emre. La nuit qui avait suivi son rétablissement, ils avaient échangé leur premier baiser depuis une éternité. Emre aurait voulu aller plus loin, mais Çeda craignait que cela réveille sa migraine.

— Dardzada a dit que tu ne devais pas faire d’efforts.

— Je n’en ferai pas. Je vais m’allonger et tu feras tout le travail.

Cette proposition lui avait valu une claque sur le ventre.

La nuit suivante, pourtant, ils ne s’arrêtèrent pas aux baisers. Çeda l’enjamba et ôta sa robe avec des gestes lents, la soulevant avec sensualité sur ses cuisses, son ventre contracté. Quand Emre voulut lui caresser la poitrine, elle jeta le vêtement sur le côté et plaqua les mains de son amant sur le matelas.

Elle se frotta contre lui, son corps glissant comme un navire sur une dune en pente douce. Emre était en érection depuis un moment et il eut soudain l’impression d’avoir un cabillot en bois entre les cuisses.

Il voulut la renverser sur la couchette, mais elle gloussa tout bas.

— Non, non, souffla-t-elle, sa bouche à quelques centimètres de la sienne. Tu dois obéir aux ordres.

Il sourit malgré lui.

— En effet, dit-il avant d’essayer de l’embrasser.

Elle se redressa sans lui en laisser le temps, puis s’assit et caressa la poitrine d’Emre. Ses doigts jouèrent avec ses poils avant de descendre vers son nombril – le jardin enchanté, ainsi qu’elle l’appelait. Emre ne put s’empêcher d’éclater de rire. Ses mains continuèrent à descendre, l’émoustillant, tournant autour de son membre, l’agaçant. Puis elle se souleva et le laissa glisser en elle dans un mouvement souple et tellement intense qu’il rejeta la tête en arrière en fermant les yeux.

Il essaya de la saisir par les hanches, mais elle le lui refusa également. Elle lui plaqua les poignets sur la paillasse et le chevaucha, doucement au départ, puis de plus en plus énergiquement. Elle se mit à haleter, le regard plongé dans celui de son amant, ses seins ondulant au rythme de ses va-et-vient.

Ce ne fut qu’au moment où il approchait de l’orgasme qu’elle lâcha ses poignets et esquissa un sourire malicieux.

— Je suppose qu’un peu d’exercice fera du bien à ton cœur, dit-elle.

Elle savait qu’il était sur le point de jouir et sa calme assurance le fit basculer dans l’orgasme. Elle le regarda en souriant, sans ralentir, spectatrice des affres de son plaisir qui, de ce seul fait, atteignit son apogée.

Alors que la vague refluait, une lueur sombre et intense passa dans les yeux de la jeune femme. Ses narines frémirent et elle accéléra le rythme. Le sexe d’Emre avait molli, mais la manière dont elle le regardait – dont elle le regardait entrer et sortir d’elle – l’excita tellement qu’il crut qu’il allait avoir un nouvel orgasme.

Puis elle poussa un petit cri, frissonna et s’abattit sur lui. Leurs corps trempés de sueur se rencontrèrent avec un bruit humide et elle lui mordit l’oreille tandis qu’elle ondulait contre lui en laissant échapper des gémissements de plaisir brefs et aigus.

Emre en voulait encore. Ses mains quittèrent les épaules de son amante pour glisser vers le creux de son dos, puis vers ses fesses rondes et ses cuisses musclées. Ils redescendirent ensemble de leurs sommets. Emre l’embrassa au-dessus d’un sein, savourant le goût de sa sueur et la texture de sa peau lisse sous ses doigts.

Ils restèrent l’un contre l’autre pendant un long moment, puis parlèrent à voix basse à propos de la vie à Sharakhaï, à propos de leur jeunesse. C’était un peu comme ces rares jours où on émergeait des brumes oniriques du sommeil avec une seule envie : rester couché et laisser le monde venir à soi.

Ils finirent par s’endormir et, cette fois-ci, ce fut Emre qui berça Çeda. Il sombra dans le sommeil, mais pas pour très longtemps. Depuis qu’il s’était échappé de sa tombe de sable, il ne pouvait pas dormir plus de quelques heures d’affilée, car la douleur en profitait pour s’installer. Cette nuit ne fit pas exception à la règle. Il se leva, enfila une tunique légère et un corsaire, puis sortit de la cabine.

À l’intérieur du cercle de navires, les braises du feu de camp avaient été couvertes. Il les attisa du bout du pied et regarda les flammes se réveiller. La nuit était fraîche et il tendit les mains pour les réchauffer. Il sortit du cercle de navires et marcha pendant un moment. Tulathan dessinait une lame de faux inclinée juste au-dessus de l’horizon occidental, Rhia était un disque doré presque parfait sur la toile sombre et soyeuse des cieux. Les dunes étaient basses et irrégulières, le genre de terrain qui permettait aux navires de naviguer toutes voiles dehors, mais au prix de terribles vibrations qui, le soir venu, vous donnaient l’impression d’être un œuf battu prêt à être jeté dans une poêle brûlante.

Il se tourna pour regagner l’Amarante et entendit des voix. Le vent est prompt à vous jouer des tours dans le désert, alors il attendit en essayant de déterminer la direction d’où elles venaient. Il les entendit de nouveau et avança en se demandant qui d’autre que lui pouvait bien avoir des problèmes d’insomnie. Il aperçut deux silhouettes, la première grande, la seconde trapue.

Une voix rauque brisa le silence de la nuit. La voix de Sehid-Alaz, le Roi des asirim. À qui parlait-il à cette heure ?

Emre approcha à pas de loup. L’inconnu dit quelque chose à voix basse, puis Sehid-Alaz reprit la parole assez fort pour qu’Emre l’entende.

— Je sers avant tout les intérêts des asirim.

— Vous les servirez si vous faites ce que je vous demande.

Cette voix… Le simple fait de l’entendre réveilla la douleur à la base du crâne d’Emre. C’était celle de Hamid. Le hasard avait guidé ses pas jusqu’à leur campement.

Non, comprit-il. Pas le hasard. Rasime. C’est elle qui l’a conduit ici. Si Hamid s’était montré, il aurait été arrêté et condamné pour ses crimes, alors Rasime l’a fait monter discrètement à bord de son navire.

Ce n’était pas le moment de réfléchir à tout cela, car la douleur déferlait dans sa tête comme un torrent furieux.

— Macide est le sang de mon sang, dit Sehid-Alaz d’une voix rauque.

— Je suis le sang de votre sang, répliqua Hamid. Et quand Macide aura disparu, vous aurez encore des centaines de personnes à protéger.

Les dieux en furent témoins : Emre fit tout son possible pour écouter la suite, mais les mots se fondaient les uns dans les autres pour ne former qu’une litanie incompréhensible. Chaque son était un coup d’aiguille au dos de ses yeux. Il se prit la tête à deux mains et se massa les tempes en étouffant un gémissement. Que les Fileuses du Destin le maudissent ! il avait oublié de prendre les morceaux d’écorce que Dardzada lui avait donnés.

Il se tourna vers le cercle de navires. Il devait avertir les autres. Il devait leur dire que Hamid avait l’intention de renverser Macide.

Il marcha aussi silencieusement que possible – il était mort si Hamid découvrait sa présence –, puis céda à la panique et pressa le pas. La douleur explosa de nouveau dans sa tête. Il se sentit tomber, s’entendit gémir, mais n’y prêta pas attention.

Les hommes du désert parlaient parfois des météorites qui s’abattaient sur les montagnes de Taloran à la fin de l’automne. Elles s’écrasaient sur les pentes dans une explosion de lumière et de colère célestes, éclairant les cieux vers lesquels se dressaient les sombres silhouettes des pics. Puis retentissaient des fracas de fin du monde.

C’était à peu près ce qui se passait dans la tête d’Emre. Il était la cible d’un essaim de météorites. Un spectacle aveuglant. Le sifflement gagna en intensité et le dévora. Le monde disparut dans les ténèbres.

Hamid avait attendu que tout le monde dorme. Comme les deux nuits précédentes, deux gardes étaient postés sur le pont de l’Amarante, mais ils ne prêtaient aucune attention aux personnes qui se levaient pour aller satisfaire un besoin naturel ou qui, comme Emre, ne trouvaient pas le sommeil et décidaient d’aller se promener. Ils étaient concentrés sur les menaces extérieures et Hamid n’avait donc eu aucun mal à descendre du ketch de Rasime. Il avait salué un garde de la main et avait quitté le cercle de navires pour s’enfoncer dans le désert.

Il avait envisagé de monter à bord de l’Amarante pendant que les gardes faisaient leur ronde et de tuer Emre pendant son sommeil, mais Çeda dormait désormais dans sa cabine. Cette salope avait suivi l’entraînement des Vierges du Sabre et elle connaissait leurs maudits sortilèges. L’idée de se débarrasser de ces deux gêneurs était tentante, mais mieux valait attendre qu’Emre s’éloigne des navires pour lui régler son compte. Celui de Çeda viendrait plus tard.

Rasime s’était opposée à son plan.

— Tu as une mission à remplir, avait-elle insisté. Tu dois parler à Sehid-Alaz. Le reste peut attendre.

Hamid avait ruminé sa colère en silence pendant des jours en se répétant qu’elle avait raison. Tout le monde savait que Sehid-Alaz faisait de longues promenades dans la vallée, mais il n’était pas sorti des cales de l’Amarante depuis leur départ. Pas plus de jour que de nuit. Il n’allait même pas s’asseoir autour des feux de camp le soir.

Hamid envisageait de monter à bord de l’Amarante quand il avait aperçu le Roi des asirim qui descendait la passerelle et s’éloignait dans le désert. Il l’avait suivi à distance. Il avait fait le moins de bruit possible, mais l’asir avait senti sa présence. Il l’avait attendu, l’observant avec les deux puits de ténèbres qu’étaient ses yeux tandis que les lunes faisaient scintiller sa peau noircie.

— Ton cœur et ton esprit rôdent autour de moi depuis des jours, avait-il déclaré. J’en ai assez. Dis-moi ce que tu veux.

— Je m’appelle Hamid Malahin’ava…

— Tu es celui qui a attaqué un membre de cette tribu. Et maintenant, tu viens me voir en quête de réconfort.

— Dans une certaine mesure.

Sehid-Alaz avait tiré son sabre, Baiser de la Nuit, le shamshir à deux mains qui avait jadis appartenu au Roi Husamettín. La lame siffla comme un essaim de frelons furieux autour d’un intrus, puis émit un vrombissement sourd.

— Dis-moi quel genre de réconfort tu cherches ou disparais.

Hamid avait tendu les mains devant lui pour demander un peu de patience.

— Je dois d’abord vous raconter certaines choses. À propos du marché qui doit être passé à Mazandir. À propos des hommes avec qui il doit être passé.

— Ce ne sont pas des hommes. C’est la reine de Qaimir.

— Mais elle va le faire au nom des Rois de Sharakhaï.

— Peut-être, mais de Rois, ils n’ont que le nom. Ce ne sont que les rejetons de leurs pères.

Il parlait d’une voix lasse, comme s’il priait pour que l’ultime tempête arrive et l’emporte une fois pour toutes. Il semblait regretter de ne pas avoir pu se venger de ceux qui l’avaient enchaîné, lui et son peuple.

— Et si je vous disais que ce marché n’implique pas seulement la reine de Qaimir, mais les anciens Rois de Sharakhaï ?

Sehid-Alaz le regarda en silence. Baiser de la Nuit vrombit.

— Tu mens.

— Je le sais. Je les ai vus. De mes propres yeux.

— Tu mens.

— Ils étaient quatre. Husamettín, le Roi des Lames, portait un sabre d’ébène. Je l’ai vu s’entraîner et adopter des gardes qui ressemblaient beaucoup à celles que vous avez l’habitude de pratiquer. Ihsan parlait. Les gens qui racontent qu’il a perdu sa langue sont des menteurs, ou bien les élixirs l’ont guéri une fois de plus. Cahil se pavanait avec son marteau d’armes doré. Zeheb n’est plus que l’ombre de celui qu’il a été. On l’appelait le Roi baveux à Sharakhaï, mais je ne l’ai pas trouvé si fou que cela.

Les mâchoires de Sehid-Alaz s’étaient contractées et avaient sailli comme celles d’un pitre funeste, comme s’il faisait de son mieux pour ne pas croire ce qu’il entendait.

Hamid lui avait tendu un rouleau de tissu jaune qui semblait gris à la lumière des lunes.

— J’ai volé ceci. C’est un bout du turban de Cahil. Je l’ai coupé pendant qu’il se baignait dans un ruisseau de montagne.

L’ancien Roi l’avait pris, porté à son nez et senti. Puis il était resté silencieux, le visage sombre.

Hamid avait compris que cette absence de réaction était de bon augure.

— Quatre Rois, poursuivit-il. Quatre Rois à bord du vaisseau qui accompagnait celui de Çeda. Vous savez aussi bien que moi qu’elle est la favorite de Macide. Je ne serais pas surpris d’apprendre qu’elle lui a apporté les conditions des Rois avant la rencontre avec Meryam. Si votre rôle consiste à servir, qui servez-vous ?

— Je sers le cheikh de la treizième tribu, avait répondu Sehid-Alaz sans enthousiasme.

— Et si ce titre échoit à un autre ?

— Seul un imbécile peut croire que je lèverai la main contre Macide, le sang de mon sang.

— Vous n’aurez même pas à lever le petit doigt. Je m’en chargerai. J’ai seulement besoin de votre soutien quand un ordre nouveau se mettra en place.

— Je sers avant tout les intérêts des asirim.

— Vous les servirez si vous faites ce que je vous demande.

— Macide est le sang de mon sang, dit Sehid-Alaz d’une voix rauque.

— Je suis le sang de votre sang, répliqua Hamid. Et quand Macide aura disparu, vous aurez encore des centaines de personnes à protéger.

Pendant un long moment, Hamid n’avait rien entendu d’autre que le souffle rauque de Sehid-Alaz. Le froid de la nuit s’était infiltré jusque dans ses os et il s’était soudain demandé s’il n’avait pas commis une terrible erreur.

Puis le Roi des asirim avait repris la parole.

— Qui prendrait sa place ?

Hamid avait alors compris qu’il avait remporté la partie. Qu’ils aient quarante ou quatre cents ans, le cœur des hommes reste le même. Faites-leur croire que leur honneur est menacé, et ils se battront pour le protéger.

— Moi. Je suis prêt à donner aux Rois la leçon qu’ils méritent. À eux et à tous ceux qui rêvent de s’asseoir sur leurs trônes à Sharakhaï.

À cet instant, Hamid avait entendu un gémissement quelque part sur sa droite. Il avait aperçu une silhouette, quelqu’un qui s’éloignait en titubant, la tête entre les mains. Un garde, peut-être ? Puis l’inconnu s’était effondré et il avait reconnu Emre – il était tombé de la même manière au cours de leur duel.

Il avait dégainé son couteau et s’était avancé pour lui trancher la gorge, mais Sehid-Alaz l’avait saisi par le poignet et l’avait tiré en arrière avec une force surprenante.

— Tu ne veux plus qu’il soit jugé ?

— Il a été jugé. Il y a eu un duel judiciaire. Et il a perdu !

Sehid-Alaz avait fait un geste en direction du corps immobile.

— Je n’ai pas l’impression qu’il ait perdu.

— Seulement parce qu’un taureau monté sur deux pattes s’est mêlé de ce qui ne le regardait pas.

— Hé ! avait crié quelqu’un.

C’était le garde cette fois-ci. Il arrivait à petits pas, une torche à la main.

— Qui est là ?

Hamid avait contrôlé le bourdonnement qui résonnait dans sa tête pendant des jours, mais tandis que l’homme approchait, il l’avait senti gonfler comme un torrent de printemps.

Que les dieux maudissent Emre et tout ce qu’il a touché !

Il ne pouvait pas l’assassiner sous les yeux du garde, et il ne pouvait pas s’attarder plus longtemps.

— Réfléchissez à ce que je vous ai dit, avait-il déclaré avant de se fondre dans les ténèbres.

Sehid-Alaz n’avait pas réagi. Un moment plus tard, Hamid l’avait vu se baisser, et prendre Emre dans ses bras. Il l’avait emporté vers le cercle de navires tandis que le garde éclairait le chemin en brandissant sa torche.

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